Eu­rope. Alain Ca­dec, « po­li­tic ad­dict »

Le Télégramme - Landerneau - Lesneven - - REPÈRES - Florence Au­tret

Quand il ne pré­side pas le conseil gé­né­ral des Côtes-d’Ar­mor, le dé­pu­té eu­ro­péen Les Républicains fait la loi sur la pêche au Par­le­ment eu­ro­péen. Ren­contre avec l’un des rares Fran­çais à avoir réus­si à se faire une place au som­met à Bruxelles. De notre cor­res­pon­dante à Bruxelles. Mer­cre­di or­di­naire au Par­le­ment eu­ro­péen. Alain Ca­dec re­çoit au trei­zième étage du siège bruxel­lois, avec vue im­pre­nable sur les éter­nels écha­fau­dages du pa­lais de justice de la ca­pi­tale belge. Le Brio­chin est ar­ri­vé, quelques heures plus tôt, à pied de son hô­tel, un quatre-étoiles chic et dis­cret, à quelques rues de là. C’est son se­cond chez lui, trois jours par se­maine, trois ou quatre se­maines par mois. Une fois de plus, il y est tom­bé nez-à-nez au pe­tit-dé­jeu­ner avec une vieille connais­sance : Jo­seph Daul, le pré­sident du Par­ti po­pu­laire eu­ro­péen, l’homme qui chu­chote à l’oreille d’An­ge­la Mer­kel, Vik­tor Or­ban, Se­bas­tian Kurz ou en­core Laurent Wau­quiez pour ten­ter de faire te­nir en­semble la grande fa­mille du centre-droit eu­ro­péen dont Les Républicains font par­tie.

Il y a neuf ans, l’an­cien agent d’as­su­rance n’était qu’ad­joint au maire de Saint-Brieuc et conseiller gé­né­ral des Côtes-d’Ar­mor. Puis est ve­nu un pre­mier man­dat eu­ro­péen en 2009. Au­jourd’hui, à 65 ans, il ne cache pas son plai­sir d’être à Bruxelles « Mon­sieur le pré­sident » de la Com­mis­sion pêche (27 dé­pu­tés ve­nant de tous ho­ri­zons et de tous par­tis)… tout en ayant réus­si, en 2015, à de­ve­nir le pre­mier des 54 conseillers dé­par­te­men­taux des Côtes-d’Ar­mor. Pour me­ner ces deux man­dats de front, « le se­cret, c’est d’être bien en­tou­ré », dit-il. Le ca­rac­tère y est sans doute aus­si pour quelque chose.

« Il sait me­ner les ba­tailles »

« La Com­mis­sion pêche, il la tient », ex­plique la dé­pu­tée PPE Eli­za­beth Mo­rin-Char­tier qui le connaît bien pour avoir fait cam­pagne avec lui dans l’Ouest. De­puis peu en rup­ture de ban avec LR, celle qui vient de conclure avec suc­cès la ré­forme de la di­rec­tive sur les tra­vailleurs dé­ta­chés as­sure : « Il sait me­ner les ba­tailles quand il faut, c’est émi­nem­ment res­pec­table ».

« Cou­pée des réa­li­tés »

Cette an­née, son fait d’armes a été l’in­ter­dic­tion de la pêche élec­trique, une tech­nique dé­jà uti­li­sée par les pê­che­ries néer­lan­daises. Pour une fois, il a agi contre l’avis d’une par­tie de son propre groupe po­li­tique et avec l’ap­pui des « amis des pois­sons ». Claire Nou­vian, la fon­da­trice de l’ONG Bloom, s’en ré­jouit mais soup­çonne un cal­cul. « Mer­ci les élec­tions eu­ro­péennes », ex­plique l’ac­ti­viste. Ses re­la­tions avec l’élu bre­ton sont hou­leuses. « Tu m’as bien fait ch… », s’est-elle en­ten­due dire un jour où elle le re­croi­sait pour la pre­mière fois deux se­maines après une en­gueu­lade mé­mo­rable. « Il n’a au­cun res­pect pour les codes, c’est une bête po­li­tique, un bos­seur », dit-elle, tout en l’ac­cu­sant d’être en gé­né­ral « dans la main des pê­cheurs in­dus­triels », contre les ar­ti­sans. Lui as­sure ai­mer tra­vailler avec elle, parce qu’elle lui tient tête.

Son com­bat du mo­ment se nomme « 48e pa­ral­lèle ». Tra­ver­sant la Bre­tagne d’Est en Ouest, ce­lui­ci dé­li­mite de­puis des lustres les zones de pêche aux­quelles sont at­tri­bués les fa­meux « TAC » (To­taux ad­mis­sibles de cap­tures). Ce dé­cou­page avan­tage les pê­che­ries du Sud par rap­port à celles du Nord. Contre l’avis d’une Com­mis­sion eu­ro­péenne qu’il juge « ex­perte mais cou­pée des réa­li­tés », Alain Ca­dec veut ab­so­lu­ment faire « sau­ter » cette fron­tière vir­tuelle. Créer des plans de pêche uniques en At­lan­tique Nord pour les 37 es­pèces concer­nées, comme le bar, la sole ou les lan­gous­tines, avant la date of­fi­cielle du Brexit, le 29 mars 2019, per­met­trait de mieux né­go­cier l’ac­cès aux res­sources bri­tan­niques, une fois que les An­glais se se­ront af­fran­chis des règles eu­ro­péennes. « J’en ai par­lé avec Mi­chel », pré­cise-t-il en par­lant du né­go­cia­teur du Brexit, Mi­chel Bar­nier. Il y a dix ans, alors qu’il était pré­sident de la dé­lé­ga­tion PPE fran­çaise au Par­le­ment, le Sa­voyard lui avait pro­po­sé d’être pro­pul­sé vice-pré­sident de la Com­mis­sion pêche au len­de­main de son élec­tion. Le 11 juillet, un pre­mier dé­bat en Com­mis­sion au­ra per­mis de se faire une idée de l’état des forces sur le « rap­port Ca­dec ». Le vote n’au­ra lieu qu’à l’au­tomne. D’ici là, l’élu pren­dra ses « pre­mières va­cances en fa­mille de­puis dix ans », en Corse, et à sa fa­çon. Il a dé­jà pré­vu de rendre vi­site à Bas­tia à Gé­rard Ro­mi­ti, l’an­cien lea­der na­tio­na­liste de­ve­nu pré­sident du Co­mi­té na­tio­nal des pêches, « un type bien », ain­si qu’à Xa­vier Ber­trand, « un ami, même s’il n’est plus dans le par­ti ». Le pré­sident du Conseil ré­gio­nal des Hauts-de-France pos­sède une mai­son à l’Île-Rousse, où ils pour­ront par­ler des pê­cheurs du port de Bou­logne, entre autres choses. Il a pour­tant dé­jà peur de s’en­nuyer. « J’ai pris un billet AR pour ma femme et mes en­fants, mais, pour moi, seule­ment un al­ler. Je veux pou­voir ren­trer quand je veux », dit-il.

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