L’AR­TISTE SE JETTE À L’EAU

Le Télégramme - Lannion - Paimpol - - LANNION TRÉGOR - Alexandre Pons@PonsAlx

De­puis jeu­di, le châ­teau de Ker­ni­non ac­cueille l’oeuvre de l’ar­tiste Na­ta­cha Pa­not, in­ti­tu­lée

« A day Off ». Ins­tal­lée par l’ar­tiste dans le rou­toir, der­rière les écu­ries, la créa­tion est com­po­sée d’une table où sont po­sés 364 verres et une as­siette. Une al­lé­go­rie d’un al­coo­lisme mo­derne, d’une seule jour­née pas­sée à man­ger et du reste de l’an­née à boire.

De­puis jeu­di, l’ar­tiste sculp­teur Na­ta­cha Pa­not a ins­tal­lé sa nou­velle oeuvre in­ti­tu­lée

« A day Off » dans le rou­toir du châ­teau de Ker­ni­non, à Plou­lec’h. La créa­tion, une table sur la­quelle re­posent une as­siette et des verres, traite de l’idée de l’al­coo­lisme au­jourd’hui. Elle est vi­sible tous les jours pen­dant un an.

De loin, la pho­to­gra­phie est in­tri­gante, sai­sis­sante même. 364 verres et une as­siette re­po­sant sur un ta­pis vert, le so­leil se re­flé­tant sur les glaces. Il faut alors s’ap­pro­cher pour se rendre compte que l’on n’a pas af­faire à un ga­zon digne d’un green de golf mais à un rou­toir rem­pli de len­tilles d’eau. C’est dans cet espace, qui ser­vait au­tre­fois à rouir le lin, que Na­ta­cha Pa­not a ins­tal­lé sa nou­velle oeuvre in­ti­tu­lée « A day Off », avec la bien­veillance de la châ­te­laine de Ker­ni­non, Ma­rie-Ca­ro­line de Bé­li­zal. L’ar­tiste n’en est pas à la pre­mière créa­tion de ce type. C’est en Nou­vel­leZé­lande, où elle a vé­cu six ans après ses études à New York, qu’elle crée une pla­te­forme flot­tante sur la mer.

La suite se dé­roule, plu­sieurs an­nées plus tard, en 2017, au châ­teau de Ker­duel, à Pleu­meur-Bo­dou. En ré­si­dence pen­dant un mois, elle in­ves­tit l’orée des bois bor­dant les arbres avec une ins­tal­la­tion pé­renne de trois tables.

« Au­jourd’hui, on ne boit pas on mange »

C’est lors de cette ex­po­si­tion qu’elle en­tend « par­ler pour la pre­mière fois du châ­teau de Ker­ni­non » et de son plan d’eau. « J’ai pris contact avec Ma­rie-Ca­ro­line et je me suis ren­due sur place. Quand j’ai vu le rou­toir, je me suis dit : " Ça, c’est pour moi " ».

Une an­née du­rant, Na­ta­cha Pa­not tra­vaille donc sur cette troi­sième pièce d’ex­té­rieur. Au­jourd’hui, elle connaît par coeur sa créa­tion. « Une table en chêne avec du contre­pla­qué afin de faire des trous, 364 verres des an­nées 1940-1950 et une as­siette. Le tout te­nu par des bouts », dé­taille-t-elle. Der­rière cet em­pi­le­ment de vais­selle, une idée, celle de par­ler d’al­coo­lisme.

« Au­jourd’hui, on ne boit pas, on mange. Une seule jour­née ». Un

« day off » dans une an­née à en­chaî­ner les verres.

« C’est très dan­ge­reux ici, il ne faut pas y al­ler »

Jeu­di, pour ins­tal­ler l’oeuvre, il a fal­lu mettre la main à la pâte, ou plu­tôt les pieds dans la vase. Et on a connu si­tua­tion plus se­reine pour mettre une table. Même si le rou­toir a été construit de mains d’hommes, dal­lé et em­pier­ré, des an­nées au­pa­ra­vant, l’exer­cice n’est, en ef­fet, pas fa­cile. Re­cou­verte de len­tilles d’eau, l’éten­due est in­son­dable. Gare aux trous, aux branches et… aux ra­gon­dins. « J’ai eu la trouille d’y al­ler au dé­but. La moi­tié du corps dans l’eau, je ne tou­chais pas le fond. Sur­tout qu’un vieux mon­sieur qui mar­chait à cô­té m’a sor­ti : " C’est très dan­ge­reux ici, il ne faut pas y al­ler " », ra­conte Na­ta­cha Pa­not.

Fi­na­le­ment, c’est équi­pée d’une com­bi­nai­son que l’ar­tiste a plon­gé dans le grand bain vert. Deux heures plus tard, elle en res­sort, « fri­go­ri­fiée », mais son oeuvre mise en place. De ses mou­ve­ments dans l’eau, il ne reste plus rien, les plantes ayant éli­mi­né tout pas­sage. Tout comme pour sa table, qu’on ne ver­ra plus à la fin, es­père-t-elle. « Que les len­tilles d’eau se re­ferment sur elle comme une plaie ».

« Quand j’ai vu le rou­toir, je me suis dit : " Ça, c’est pour moi " ». Na­ta­cha Pa­not, ar­tiste sculp­teur

Un an maxi­mum à Ker­ni­non

Comme pour les tables de Ker­duel, « A day Off » res­te­ra un an dans le rou­toir de Ker­ni­non, « à moins qu’il y ait un ac­qué­reur ». Si­non, Na­ta­cha Pa­not cher­che­ra un autre rou­toir pour ins­tal­ler sa table. En at­ten­dant, elle conti­nue­ra à tra­vailler sur ses autres sculp­tures d’ar­gile, de plâtre ou de cire et à ré­flé­chir à sa pro­chaine table.

▼ Pra­tique

L’oeuvre est vi­sible tous les jours au châ­teau de Ker­ni­non, à Plou­lec’h.

L’ins­tal­la­tion de l’oeuvre sur le­te­le­gramme.fr

L’oeuvre de Na­ta­cha Pa­not est ins­tal­lée dans le rou­toir du châ­teau de Ker­ni­non de­puis jeu­di. Au fil des jours, seuls les verres et l’as­siette res­te­ront vi­sibles, la table étant pro­gres­si­ve­ment et na­tu­rel­le­ment re­cou­verte de len­tilles d’eau.

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