La dif­fi­cile équa­tion « ours-éle­veurs »

Le Télégramme - Lannion - Paimpol - - LE FAIT DU JOUR -

Illus­tra­tion du dif­fi­cile com­pro­mis entre bio­di­ver­si­té et ac­ti­vi­té hu­maine, la vo­lon­té de Ni­co­las Hu­lot de ré­in­tro­duire deux ours a pro­vo­qué une cris­pa­tion im­mé­diate dans les Py­ré­nées car plan­ti­grades et éle­veurs ont du mal à co­ha­bi­ter. Com­ment pré­ser­ver l’ours brun py­ré­néen, la vie des bre­bis, et la paix des al­pages ? C’est l’équa­tion à ré­soudre pour Ni­co­las Hu­lot, at­ten­du dans les Py­ré­nées pour ren­con­trer par­ti­sans et op­po­sants de la ré­in­tro­duc­tion. En at­ten­dant, le pré­fet des Py­ré­néesAt­lan­tiques, man­da­té par le mi­nistre, mène jus­qu’à mi-juin une concer­ta­tion de ter­rain. Le 30 avril, une vi­ru­lente ma­ni­fes­ta­tion a ras­sem­blé, à Pau,plus de 1 200 op­po­sants à la me­sure : ber­gers, éle­veurs, chasseurs, élus. Dont une bonne par­tie ve­nus des Py­ré­nées cen­trales, d’Ariège no­tam­ment, où le

« conflit ours » est saillant de­puis des an­nées.

Qui veut la peau de l’ours ? Beau­coup de monde dans les Py­ré­nées cen­trales, où sont re­cen­sés la ma­jo­ri­té de la qua­ran­taine de plan­ti­grades du mas­sif, et l’es­sen­tiel des dé­gâts : 700 ani­maux

« vic­times »,rien qu’en Ariège, en 2017, se­lon un dé­compte of­fi­ciel. Mais dans les Py­ré­nées-Atlantiques, où a prio­ri ne vivent que deux ours mâles de­puis la mort des fe­melles « Claude » et « Can­nelle » tuées par des chasseurs -, « ce­la fait trois ans que l’on n’a plus en­ten­du par­ler de dé­gâts ef­fec­ti­ve­ment liés à l’ours », rap­pelle le pré­fet, Gil­bert Payet.

Pour l’État, l’en­jeu est la sur­vie de l’ours dans les Py­ré­nées, « der­nier ter­ri­toire en France où il est pré­sent », épi­logue d’un dé­clin de­puis les 150 spé­ci­mens du dé­but du XXe siècle. L’État n’ou­blie pas qu’il s’est fait condam­ner, en sep­tembre en­core, au tri­bu­nal ad­mi­nis­tra­tif, pour « ca­rence » à son obli­ga­tion d’as­su­rer la via­bi­li­té de l’es­pèce. L’ob­jec­tif du Plan ours 20182028, si­gné par Ni­co­las Hu­lot dé­but mai, est d’« as­su­rer la pé­ren­ni­té de la po­pu­la­tion sur le long terme ».

Des ours slo­vènes

Pour les par­ti­sans de l’ours, lan­cer deux fe­melles en Haut-Béarn n’est pas une « ré­in­tro­duc­tion », mais une

« ré­pa­ra­tion » de celles tuées en 1994 et 2004. Les op­po­sants ba­laient l’ar­gu­ment bio­di­ver­si­té : « Il n’y a plus d’ours py­ré­néen de­puis Can­nelle. Si on in­tro­duit des ours slo­vènes, ce ne se­ra pas l’ours py­ré­néen...»

« De­puis tou­jours, il y a eu co­ha­bi­ta­tion entre l’ours et le ber­ger », es­time de son cô­té Me Jean-Fran­çois Blan­co, élu ré­gio­nal EELV. Mais « avec quel type d’éle­vage ? In­ten­sif, avec des trou­peaux lais­sés dans la mon­tagne, vi­si­tés de temps à autre par l’éle­veur ? Ou bien pas­to­ra­lisme, comme ici, avec ber­ger sur site qui sur­veille ses bre­bis, les rentre le soir avec le chien ? Ce qui li­mite consi­dé­ra­ble­ment le risque d’at­taque. »

De­puis 15-20 ans, « les men­ta­li­tés ont évo­lué, la bio­di­ver­si­té a avan­cé dans les es­prits », as­sure Me Blan­co. Qui re­lève que plu­sieurs com­munes ont élu des maires pro-ours.

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