Le monde sur une pou­drière dix ans après

A-t-on ti­ré les le­çons, dix ans après la faillite de la banque new-yor­kaise Leh­man Bro­thers qui en­traî­na le monde dans une grave crise éco­no­mique ? Rien n’est moins sûr…

Le Télégramme - Lannion - Paimpol - - LA UNE - Vu par Hen­ry Lau­ret

Le diag­nos­tic, il y a dix ans, est tom­bé aus­si bru­ta­le­ment que la banque. L’ago­nie de Leh­man Bro­thers est le fait de l’hy­per-en­det­te­ment, de l’in­vrai­sem­blable né­gli­gence des au­to­ri­tés de ré­gu­la­tion et de la cu­pi­di­té de la fi­nance an­glo-amé­ri­caine. De quoi faire re­tour­ner dans leur tombe Adam Smith et John May­nard Keynes, hé­rauts, en leur siècle, du li­bé­ra­lisme éco­no­mique. Quelques mois plus tôt, la faillite de la banque Bear Stearn avait son­né comme un pre­mier coup de se­monce. Ga­vé de plu­sieurs cen­taines de mil­liards de pa­piers « pour­ris » (type sub­primes) qui do­paient ar­ti­fi­ciel­le­ment le mar­ché im­mo­bi­lier amé­ri­cain, Wall Street ve­nait de com­prendre que le ver était dans le fruit. Que le sys­tème ban­caire me­na­çait de crou­ler. Et quand, à son tour, la banque d’af­faires Leh­man Bro­thers a été tou­chée, le châ­teau de cartes fi­nan­cier a failli s’ef­fon­drer. Leh­man était l’un des pi­liers de l’édi­fice. Fal­lait-il le sau­ver à l’aide d’ar­gent pu­blic ? L’ad­mi­nis­tra­tion Bush a pré­fé­ré in­jec­ter 700 mil- liards pour se por­ter au se­cours des banques hy­po­thé­caires se­mi-pu­bliques, Fred­dy Mac et Fanny Mae. Pou­vait-on, en ce mois de sep­tembre 2008, s’évi­ter les affres d’un krach type 1929, ou pire ? La Mai­son Blanche, en­core elle, a pré­fé­ré la grande les­sive au ra­chat/sau­ve­tage de Leh­man par un groupe pri­vé, en l’oc­cur­rence le groupe Bar­clay.

Opé­ra­tion sau­ve­tage des banques

Dé­fla­gra­tion pla­né­taire en marche. Les faillites se suc­cèdent. Les gou­ver­nants du monde en­tier sont at­ter­rés. L’épargne des ci­toyens est me­na­cée de fondre comme neige au so­leil. Il de­vient clair que la ré­ponse ne peut plus être éco­no­mique. Qu’elle ne se­ra que po­li­tique. Mon­tée à la hâte, la spec­ta­cu­laire grand-messe du G20 per­met d’en­voyer un grand si­gnal de mo­bi­li­sa­tion gé­né­rale : il s’agit de ré­in­jec­ter de la confiance et de la so­li­da­ri­té. Il s’agit sur­tout de sau­ver les banques. C’est le choix qui s’im­pose aux États. Ce se­ra le rôle des grandes banques cen­trales, BCE, FED, Banque du Ja­pon, Banque d’An­gle­terre qui vont se co­or­don­ner pour tor­piller la spé­cu­la­tion. Agis­sant comme prê­teurs en der­nier res­sort, elles font tom­ber les taux d’in­té­rêt et chauf­fer la planche à billets, des an­nées, du­rant pour sou­te­nir l’ac­ti­vi­té. Évi­ter une gi­gan­tesque dé­pres­sion in­ter­na­tio­nale. Créer les condi­tions d’une re­lance. Re­pris par les États, le pas­sif des banques au­ra ac­cru de près de 30 % en moyenne l’en­det­te­ment pu­blic des pays riches.

En­det­te­ment : la pou­drière

Les le­çons de la crise Leh­man ont-elles été ti­rées ? En Eu­rope, oui, pour l’es­sen­tiel. Ne se­rait-ce que parce que les ra­tios de pru­dence im­po­sés par Bruxelles aux banques et aux as­su­reurs ont conso­li­dé la sé­cu­ri­té du sys­tème fi­nan­cier. Aux États-Unis, la ré­gu­la­tion a été mi­ni­male, mal­gré les pro­messes de l’ad­mi­nis­tra­tion Oba­ma. Les craintes qui res­sur­gissent au­jourd’hui sont d’abord nour­ries par une ex­plo­sion cu­mu­lée de l’en­det­te­ment pu­blic et pri­vé dans de nom­breux pays. Le monde danse tou­jours sur la pou­drière. L’en­det­te­ment glo­bal at­teint 250 000 mil­liards de dol­lars, bien au-de­là donc de ce qu’il était en 2008.

Au pre­mier rang du pal­ma­rès des py­ro­manes, fi­gurent les États-Unis, où l’équipe Trump creuse les dé­fi­cits pour sou­te­nir une po­li­tique for­te­ment ex­pan­sion­niste. La Chine, le Ja­pon, l’Ita­lie, l’Es­pagne, la France sont dans des si­tua­tions contras­tées mais pas plus ras­su­rantes. L’eu­ro peut à nou­veau trem­bler. L’Ar­gen­tine vient de faire dé­faut. Près de nous, le Brexit fait pla­ner une sourde me­nace. Le na­tio­na­lisme éco­no­mique et les guerres ta­ri­faires de Do­nald Trump, la fin du mul­ti­la­té­ra­lisme, la fin de l’OMC, sont au­tant de sources d’in­quié­tude. Pour beau­coup, un nou­veau choc nous est pro­mis. Quand ? Com­ment ? Seule cer­ti­tude, il se­rait bien pire, s’alarment les grandes or­ga­ni­sa­tions mon­diales, FMI, OCDE, Onu, Banque Mon­diale…

Pho­to Jo­na­than Bra­dy/MaxPPP

Plu­sieurs ras­sem­ble­ments dans le monde ont mar­qué, sa­me­di, le dixième an­ni­ver­saire de la faillite de Leh­man Bro­thers. Ci-des­sus, au Royaume-Uni, les ma­ni­fes­tants ap­pe­lant à une ré­forme ban­caire de­vant le Royal Ex­change, pre­mière bourse de com­merce de la Ci­té de Londres.

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