ÉVA­LUA­TIONS : CE QUI CHANGE

Le Télégramme - Lannion - Paimpol - - LA UNE -

C’est la ren­trée aus­si pour les éva­lua­tions na­tio­nales qui doivent per­mettre à l’en­sei­gnant d’iden­ti­fier les ac­quis et les fai­blesses de cha­cun de ses élèves afin de s’y adap­ter. Elles concernent dé­sor­mais les élèves en classe de CP, CE1, sixième et se­conde. Les deux pre­miers ni­veaux ouvrent le bal ce mois-ci.

C’est l’une des nou­veau­tés de la ren­trée : l’éva­lua­tion de tous les élèves de plu­sieurs ni­veaux, une, voire deux fois par an. Un dis­po­si­tif qui vise à ai­der les élèves, se­lon le mi­nistre de l’Édu­ca­tion, Jean-Mi­chel Blan­quer, mais qui laisse les en­sei­gnants du­bi­ta­tifs. > Des éva­lua­tions na­tio­nales, où et quand ?

Les élèves de CP pas­se­ront des tests de fran­çais (deux séances de 20 mi­nutes) et de ma­thé­ma­tiques (une séance de 20 mi­nutes) dans la se­conde moi­tié de sep­tembre, puis en dé­but d’an­née ca­len­daire, afin de don­ner « des in­di­ca­tions claires au pro­fes­seur » sur les ac­quis, no­tam­ment en flui­di­té de lec­ture, se­lon le mi­nis­tère. Même dis­po­si­tif pour tous les CE1, mais avec des tests seu­le­ment en sep­tembre. Dans la plu­part des éta­blis­se­ments, les en­fants ré­pon­dront sur un ca­hier. Pour leur part, tous les élèves de classe de sixième pas­se­ront des éva­lua­tions en ligne, en oc­tobre. Pour ces éco­liers et ces col­lé­giens, les pa­rents bé­né­fi­cie­ront d’« un re­tour in­di­vi­dua­li­sé » de la part des pro­fes­seurs. Les ly­céens de se­conde pas­se­ront, eux, « un test de po­si­tion­ne­ment », avec deux séances de 50 mi­nutes, fin sep­tembre. Les tests (l’un de fran­çais, l’autre de ma­thé­ma­tiques) se dé­rou­le­ront sur ta­blettes.

> Com­ment ce­la va-t-il se pas­ser ?

Les tests sont conçus par plu­sieurs or­ga­nismes du mi­nis­tère. Pour les éva­lua­tions en école élé­men­taire, les en­sei­gnants sai­si­ront les ré­ponses des élèves sur un por­tail en ligne, in­dique le Snuipp-FSU, pre­mier syn­di­cat des pro­fes­seurs des écoles. L’in­ter­pré­ta­tion des ré­ponses ne se­ra pas me­née lo­ca­le­ment, mais de ma­nière au­to­ma­ti­sée et cen­tra­li­sée par un lo­gi­ciel. Le maître re­ce­vra en­suite le pro­fil de chaque élève (ac­quis et be­soins) et ce­lui de sa classe, le di­rec­teur le pro­fil de son éta­blis­se­ment et l’ins­pec­teur d’aca­dé­mie ce­lui des écoles de sa cir­cons­crip­tion.

> Est-ce nou­veau ?

Jean-Mi­chel Blan­quer avait ins­tau­ré des éva­lua­tions en dé­but de CP et de sixième, « mo­ments­clés » du par­cours sco­laire, dès la ren­trée 2017. Des tests pour les CP « sor­tis du cha­peau, conçus à la va-vite et loin d’être mis en place dans toutes les écoles », se­lon Xa­vier Suel­vès, du syn­di­cat SE-Un­sa. Xa­vier Dar­cos, mi­nistre de l’Édu­ca­tion sous Ni­co­las Sar­ko­zy, avait in­tro­duit des éva­lua­tions na­tio­nales pour les élèves de CE1 et CM2 à par­tir de 2009. Un dis­po­si­tif aban­don­né en 2013 par Vincent Peillon, sous Fran­çois Hol­lande, qui cri­ti­quait leur fia­bi­li­té.

> Quels sont les ob­jec­tifs, se­lon le mi­nistre ?

Ces éva­lua­tions sont conçues « pour ai­der les élèves », a dé­cla­ré Jean-Mi­chel Blan­quer lors de sa confé­rence de ren­trée et au fil des en­tre­tiens don­nés à la presse. Elles per­met­tront à l’en­sei­gnant d’iden­ti­fier les ac­quis et les fai­blesses de cha­cun de ses élèves et d’adap­ter son en­sei­gne­ment, voire, pour les plus grands, de pla­ni­fier les deux heures d’ac­com­pa­gne­ment per­son­na­li­sé heb­do­ma­daires en fonc­tion des be­soins du col­lé­gien.

Toutes les don­nées, ano­ny­mi­sées, se­ront col­lec­tées par la Depp, l’agence de sta­tis­tiques du mi­nis­tère, pour four­nir « des in­di­ca­tions ob­jec­tives » per­met­tant d’« éclai­rer la po­li­tique édu­ca­tive du mi­nis­tère ». Ces éva­lua­tions « ne se trans­for­me­ront pas en éva­lua­tion des pro­fes­seurs et des éta­blis­se­ments », as­sure le mi­nistre. Qui a an­non­cé la créa­tion d’une ins­tance d’éva­lua­tion des éta­blis­se­ments en 2019. Jean-Mi­chel Blan­quer ne sait pas en­core si les ré­sul­tats de cette ins­tance se­ront com­mu­ni­qués au pu­blic.

Quelles sont les craintes des syn­di­cats d’en­sei­gnants ?

Les prin­ci­paux syn­di­cats d’en­sei­gnants s’ir­ritent de cette vague d’éva­lua­tions. Le Sgen-CFDT évoque une « éva­lua­tion­nite » rue de Gre­nelle et se de­mande à quoi servent, in fine, les bul­le­tins sco­laires tri­mes­triels. Le SE-Un­sa rap­pelle que les ins­tits iden­ti­fient forces et fai­blesses de leurs pe­tits élèves tout au long de la jour­née de classe. Va­lé­rie Si­pa­hi­ma­la­ni, du Snes-Fsu, craint une dé­rive vers un en­sei­gne­ment qui n’a pour but que de ré­pondre aux exa­mens (« tea­ching to the test » dé­non­cé par plu­sieurs ex­perts, dans les pays an­glo-saxons) et non d’amé­lio­rer les connais­sances des élèves et de leur ap­prendre à ré­flé­chir. Mais sur­tout, les syn­di­cats s’in­ter­rogent sur la fi­na­li­té de ces éva­lua­tions. Pour le bien des élèves ? Ils dé­noncent l’ab­sence d’ou­tils four­nis aux pro­fes­seurs pour re­mé­dier aux dif­fi­cul­tés et rap­pellent que la for­ma­tion conti­nue reste in­adap­tée aux be­soins. Ils y voient plu­tôt une éva­lua­tion du sys­tème édu­ca­tif, des pro­fes­seurs et des éta­blis­se­ments.

Pho­to Fran­çois Des­toc

Les éva­lua­tions na­tio­nales concer­ne­ront les élèves en classe de CP, CE1, sixième et se­conde.

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