La co­lère gronde chez les pa­trons de bars

Le Télégramme - Lorient - - LA UNE -

À Lo­rient, les pa­trons de bars du quai des Indes sont très re­mon­tés. En cause : les tra­vaux de ré­amé­na­ge­ment et la sup­pres­sion d’un nombre consé­quent de places de sta­tion­ne­ment qui ont fait chu­ter la fré­quen­ta­tion de leurs éta­blis­se­ments…

Un nou­veau dé­cor, le so­leil en sur­plomb de la ram­bla et des ter­rasses li­bé­rées du flot de la cir­cu­la­tion. Le rêve ? Les pa­trons des bars du quai des Indes font grise mine dans leur nou­vel écrin. Les raisons ? Un manque criant de places de sta­tion­ne­ment et l’im­pact des tra­vaux sur leur chiffre d’af­faires. Pour la Ville, le po­ten­tiel est là. Il s’agit dé­sor­mais de l’ex­ploi­ter col­lec­ti­ve­ment dans un contexte de concur­rence en centre-ville.

On les ima­gi­nait sou­la­gés avec la fin pro­gram­mée des tra­vaux. Prêts à at­ta­quer la sai­son estivale, face à la « ram­bla », le nou­veau spot à la mode de la ville. C’est au contraire une co­lère froide qui se dé­verse au pied des bis­trots qui ont pi­gnon sur rue, quai des Indes. En co­lère mais aus­si mé­fiants puisque seul l’un d’entre eux s’est ex­pri­mé ou­ver­te­ment. Les autres ont pré­fé­ré l’ano­ny­mat. « Au cas où… », disent-ils, lais­sant en­tendre qu’il n’est pas sans risque de cri­ti­quer ou­ver­te­ment le pro­jet « phare » de la ville. Am­biance.

Chute vertigineuse du chiffre d’af­faires

« Une ca­tas­trophe », « une farce » : les pa­trons des éta­blis­se­ments ne mâchent pas leurs mots dès qu’il s’agit d’évo­quer le ré­amé­na­ge­ment de la place Jules-Fer­ry. Ne leur par­lez pas de leur nou­veau cadre de vie, la ram­bla, des aires de jeux et du pro­chain mi­roir d’eau… De­puis le dé­but des tra­vaux à l’au­tomne 2016, les professionnels boivent la tasse : ils as­surent avoir per­du en moyenne 30 % de leur chiffre d’af­faires. La raison ? La chute de fré­quen­ta­tion im­pu­tée à la sup­pres­sion des cen­taines de places de sta­tion­ne­ment. Ils sont una­nimes : avant les tra­vaux, les places de par­king ir­ri­guaient le centre-ville. « Il n’y a plus de pas­sage. Bien­tôt, il fau­dra une in­vi­ta­tion pour re­joindre une ter­rasse », iro­nise, amer, l’un d’eux. Leur clien­tèle, ha­bi­tuée à se ga­rer à proxi­mi­té et gra­tui­te­ment, au­rait sou­dai­ne­ment dé­ser­té les lieux. « On a af­faire à des tech­ni­ciens, dé­con­nec­tés de la réa­li­té. Ils ou­blient que Lo­rient est une ville moyenne de moins de 60.000 ha­bi­tants, les gens qui sortent ne sont pas que des Lo­rien­tais du centre qui peuvent se dé­pla­cer à vé­lo ». Leur clien­tèle quim­per­loise, pon­ti­vyenne, la­nes­té­rienne et d’ailleurs a mi­gré vers d’autres lieux. « Une belle ram­bla ne fait pas le poids face à tous les spots sur la côte quand il fait beau. Notre atout, c’était jus­te­ment cette fa­ci­li­té d’ac­cès ». Il y a bien le par­king Nayel mais ses ho­raires sont ju­gés « li­mi­tés » et le par­king place d’Armes, « trop ex­cen­tré ».

Tous contraints de li­cen­cier

Ils confient avoir été pris à la gorge, et contraints de se sé­pa­rer d’une par­tie de leur per­son­nel. « Lorsque j’ai re­pris l’éta­blis­se­ment en 2013, nous étions sept, au­jourd’hui, nous ne sommes plus que trois », dé­plore Thier­ry, pa­tron du Ben­Bow. Ce der­nier ne se verse plus au­cun sa­laire et re­con­naît vivre de ses fonds per­son­nels de­puis deux ans. Un autre pa­tron de bar dit sa dé­tresse : « J’ai li­cen­cié deux sa­la­riés de­puis no­vembre 2017. Je ne me verse plus de sa­laire de­puis oc­tobre 2016, et pour­tant, je tra­vaille 70 h par se­maine ». Il pour­suit : « La si­tua­tion de­puis le dé­but des tra­vaux est ca­tas­tro­phique, il m’ar­rive de per­ce­voir 80 ¤ de re­cettes en étant ou­vert de 12 h à 2 h du ma­tin ». Même son de cloche quelques mètres plus loin : deux li­cen­cie­ments « en ur­gence » à l’au­tomne der­nier.

« Lé­sés sur les ter­rasses »

Et puis, il y a, se­lon, eux, des pro­messes non te­nues, comme l’agran­dis­se­ment de la sur­face des ter­rasses : « On nous avait pro­mis 4 mètres de ter­rasse sup­plé­men­taire, c’est un men­songe. J’ai ré­cu­pé­ré 2,50 m sur 1,50 m de fa­çade », as­sure un gé­rant, dé­pi­té. Pour ce der­nier, ce­la cor­res­pond à trois tables sup­plé­men­taires. À quelques pas, Thier­ry a ré­cu­pé­ré 50 cm sup­plé­men­taires et pos­sède le même nombre de tables qu’au­pa­ra­vant. « Nous avons tous in­ves­ti pour ré­amé­na­ger nos ex­té­rieurs avec co­hé­rence suite aux tra­vaux, et nous n’avons mal­heu­reu­se­ment au­cun re­tour sur in­ves­tis­se­ment », ex­plique ce der­nier qui a en­ga­gé 20.000 ¤ pour ré­or­ga­ni­ser son espace. Pour les plus chan­ceux, qui ont ob­te­nu une ex­ten­sion de leur pé­ri­mètre, la com­pen­sa­tion a un goût amer : « J’ai plus de tables, mais moins de clients ».

La qua­si-to­ta­li­té des éta­blis­se­ments en vente

Pour l’heure, le chan­tier n’est pas ter­mi­né, des bar­rières cloi­sonnent les deux « rives » du parc. Si tous sou­haitent évi­dem­ment des jours meilleurs, ils sont in­quiets. Preuve du ma­laise, la qua­si-to­ta­li­té des éta­blis­se­ments sont en vente. Com­ment abordent-ils l’ave­nir ? Thier­ry l’es­père : « L’ac­cès se­ra plus fluide et les gens vont bien fi­nir par se ré­ap­pro­prier l’espace ». Autre su­jet de ten­sion : le Fes­ti­val in­ter­cel­tique : « À par­tir de cette an­née, nous n’avons plus le droit de dou­bler nos ter­rasses sur la route ». Coup de grâce, le prix des re­de­vances de la Ville pour l’oc­cu­pa­tion de l’espace pu­blic du­rant le Fil a aug­men­té. Le tor­chon brûle. Leur ul­time do­léance pour stop­per l’hé­ca­tombe : « Qu’ils trouvent le moyen de re­mettre de la vie sur cette ram­bla ».

Les pa­trons des bars, qui es­timent avoir per­du près de 30 % de leur chiffre d’af­faires pen­dant les tra­vaux, dé­noncent sur­tout le manque de places de sta­tion­ne­ment.

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