La France im­porte plus de pois­sons qu’elle n’en ex­porte

La France im­porte bien plus de pro­duits aqua­tiques qu’elle n’en ex­porte. Les ex­pli­ca­tions de Jé­rôme La­fon de Fran­ceA­gri­mer.

Le Télégramme - Lorient - - ÉCONOMIE -

> Com­ment ex­pli­quez-vous la hausse de 5 %, en un an, du dé­fi­cit com­mer­cial des pro­duits de la mer et de l’aqua­cul­ture qui plonge à 4,37 mil­liards d’eu­ros en 2017 ?

La hausse est es­sen­tiel­le­ment en va­leur. En vo­lume, on sait que de­puis le dé­but des an­nées 2000, on im­porte en­vi­ron 1,1 mil­lion de tonnes par an. Par contre, la va­leur de ces im­por­ta­tions est pas­sée de trois mil­liards à six mil­liards d’eu­ros, car les prix ont aug­men­té sen­si­ble­ment et conti­nuent de le faire d’an­née en an­née à un rythme im­por­tant.

Pour­quoi cette ra­pide pro­gres­sion des prix ? Est-elle liée à la com­pé­ti­tion mon­diale pour l’ap­pro­vi­sion­ne­ment ?

C’est sur­tout lié aux com­por­te­ments d’achat des Fran­çais qui pri­vi­lé­gient des pro­duits plus qua­li­ta­tifs donc plus chers à l’achat ou des sources d’ap­pro­vi­sion­ne­ment plus chères parce que plus sûres. Dans le pre­mier cas, on voit qu’après la crise sa­ni­taire qui a tou­ché le sau­mon de Nor­vège en 2016 et pro­vo­qué une forte hausse des prix, les Fran- çais ont conti­nué à ache­ter des sau­mons d’Écosse et d’Ir­lande plus oné­reux, ain­si que du la­bel rouge et bio. Dans le se­cond cas, ce­lui des cre­vettes, les consom­ma­teurs pré­fèrent, au­jourd’hui, l’ori­gine Ma­da­gas­car où elles sont pro­duites dans d’ex­cel­lentes condi­tions. Mais à un prix plus éle­vé.

Com­ment se com­portent les autres pays ?

Chaque pays est par­ti­cu­lier. Dans le Top 3 mon­dial, c’est d’abord le thon qui est le plus échan­gé. Après vient la cre­vette. Le sau­mon est vrai­ment une spé­ci­fi­ci­té fran­çaise, de­puis que les Nor­vé­giens ont iden­ti­fié le mar­ché fran­çais comme étant prometteur dans les an­nées quatre-vingt-dix… La France im­porte aus­si beau­coup de thon, comme elle en ré­ex­porte beau­coup, frais, conge­lé ou en conserve. No­tam­ment ce­lui des Sey­chelles, sans pas­ser par la mé­tro­pole.

> Jus­te­ment quels sont les pro­duits ex­por­tés par la France ?

Nous avons un sec­teur in­dus­triel so­lide et in­no­vant qui sert en pro­duits trans­for­més le mar­ché in­té­rieur. Et qui se po­si­tionne aus­si sur un mar­ché de proxi­mi­té. L’exemple le plus ba­sique, c’est la Bel­gique vers la­quelle nous ré­ex­por­tons des pro­duits im­por­tés trans­for­més comme le sau­mon fu­mé, les cre­vettes cuites et les conserves de thon. La ma­rée fraîche a aus­si son rôle à jouer. La France a ou­vert ses criées à tous les opé­ra­teurs. Nous avons vu ap­pa­raître une de­mande pour des pro­duits qui ne sont pas dans nos ha­bi­tudes de consom­ma­tion. Les cé­pha­lo­podes sont l’exemple le plus frap­pant. Les seiches, ca­la­mars et poules sont ado­rés par les Es­pa­gnols et les Ita­liens. Ils at­teignent des prix très in­té­res­sants ac­tuel­le­ment. Les ho­lo­thu­ries ou concombres de mer font aus­si des ta­pas très ap­pré­ciées. Au­jourd’hui, on ar­rive à tout vendre.

> Y voyez-vous des pistes pour ren­ver­ser la ten­dance ?

Dans l’op­tique de l’obli­ga­tion de dé­bar­que­ment de la pêche sans re­jet en mer, la va­lo­ri­sa­tion de tous les pro­duits est très in­té­res­sante à tra­vailler. Il faut de l’in­no­va­tion et de la tech­no­lo­gie. Ac­tuel­le­ment, des équipes tra­vaillent sur la va­lo­ri­sa­tion de l’arai­gnée, fra­gile à trans­por­ter, et l’OP Les pê­cheurs de Bre­tagne avance sur la com­mer­cia­li­sa­tion de la lan­gous­tine fraîche. Nous de­vons aus­si al­ler cher­cher de nou­veaux mar­chés sans état d’âme. Le beau pois­son, il faut al­ler le pro­po­ser en Suisse ou au grand ex­port. C’est la Chine qui booste la de­mande mon­diale. On sait dé­jà faire pour les huîtres. On doit pou­voir le faire pour le pois­son.

> Quid du Brexit ?

Ac­tuel­le­ment, les Pays-Bas sont notre prin­ci­pal four­nis­seur. Viennent en­suite l’Es­pagne et le Royaume-Uni. Le Brexit va chan­ger beau­coup de choses. On est le pre­mier client du Royaume-Uni. Ils savent comp­ter et leurs en­tre­prises de trans­for­ma­tion sont très in­quiètes. On va voir…

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