Vu au théâtre. « Jusque dans vos bras »

Le Télégramme - Lorient - - LORIENT. LOISIRS -

La pre­mière des trois re­pré­sen­ta­tions du der­nier spec­tacle des Chiens de Na­varre, « Jusque dans vos bras », a fait salle comble, stan­ding ova­tion et rap­pels en­thou­siastes, mer­cre­di. Dans ce nou­veau spec­tacle, tout ce qui fait la marque de fa­brique des Chiens de Na­varre est là : la pro­voc’, les dé­gui­se­ments dé­li­rants, l’hé­mo­glo­bine, les gueu­lantes, le mec à poil, les ba­bu­ge­ris (cos­tumes folk­lo­riques bul­gares) le dé­cou­page en say­nètes. « Jusque dans vos bras » parle de l’iden­ti­té na­tio­nale, de tout ce qui sym­bo­lise la France, de la très dé­ca­pi­tée reine Ma­rie-An­toi­nette trans­for­mée en zom­bie et dra­guant ou­ver­te­ment un gé­né­ral De Gaulle de 2,50 m de haut, d’Obé­lix, des jeux In­ter­villes, des hé­ros morts au front, de l’im­mi­gra­tion, de la mort du so­cia­lisme, et des pi­que­niques de bo­bos.

At­taque à la ka­lach­ni­kov

Ce nou­vel opus de la grande sé­rie de ra­dio­sco­pie de la so­cié­té, que mènent les Chiens de­puis des an­nées, com­mence très fort, comme tou­jours. Ils savent ou­vrir le bal avec des scènes coup-de-poing, ici un en­ter­re­ment qui tourne au pu­gi­lat san­glant sur « All you need is love », des Beatles, à fond dans les en­ceintes. Comme tou­jours on rit - beau­coup - parce qu’il n’y a pas de li­mites, ni en terme de vo­ca­bu­laire, ni en terme d’images, que c’est trash, que ça va très loin, mais sur­tout parce que c’est vrai, c’est nous, tou­jours. Quelque que soit le thème de leurs spec­tacles, à un mo­ment ou un autre de la soi­rée, cha­cun d’entre nous va se dire « ah mais c’est moi, ça », ou « j’ai dé­jà vé­cu ça, ou presque ça ». Car tout y passe, rien n’est ou­blié, ça dé­gomme tout et tout le monde. Avec peut-être ici un peu trop de vo­ci­fé­ra­tions, mais c’est le choix de ce spec­tacle, d’y al­ler à la ka­lach­ni­kov…

Le spec­ta­teur pris à par­tie

La grande nou­veau­té dans « Jusque dans vos bras », c’est l’adresse di­recte au pu­blic par les co­mé­diens. Des apos­trophes qu’on ne peut pas vrai­ment qua­li­fier d’in­ter­ac­tives, puisque ce sont les ac­teurs qui mènent le jeu, et que le spec­ta­teur ne peut rien faire à part s’en prendre plein la gueule sans pou­voir ré­agir. Et même si c’est vrai­ment très drôle, c’est quand même un pe­tit peu une prise d’otages : de toute fa­çon, on n’au­ra ja­mais ni la bonne ré­ponse ni le der­nier mot, on se re­trouve coin­cé, dans une mise en abyme un peu amère, où nous de­ve­nons tous des bo­bos-bouf­fons, co­mé­diens et pu­blic, tous dans le même bain de grand gui­gnol et de lâ­che­té. Se­rions-nous un peu ma­sos pour al­ler voir notre propre re­flet dé­for­mé dans ce Pa­lais des glaces sans conces­sions qui fait de nous des monstres ?

▼ Pra­tique

Ce ven­dre­di, à 20 h, au Grand théâtre. Du­rée 1 h 30. Ta­rifs de 10 ¤ à 25 €. Tél. 02.97.02.22.70 ou billet­te­rie@thea­tre­de­lo­rient.fr

Le rire par la pro­voc, les Chiens de Na­varre dé­gomment l’iden­ti­té na­tio­nale.

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