DANS LES COU­LISSES DU POU­VOIR EXÉ­CU­TIF

Il en faut peu pour per­tur­ber le bon fonc­tion­ne­ment de l’Exé­cu­tif et se­mer le trouble dans la classe po­li­tique. Avec sa fic­tion de l’été, Le Té­lé­gramme vous plonge dans les cou­lisses du pou­voir.

Le Télégramme - Lorient - - La Une - Yann Lo­rient

À par­tir d’au­jourd’hui et toute cette se­maine, Le Té­lé­gramme vous pro­pose en lec­ture une po­li­tique-fic­tion qui vous trans­por­te­ra au coeur du pou­voir exé­cu­tif en France. Tout com­mence par une chute d’Em­ma­nuel Ma­cron dans les es­ca­liers de l’Ély­sée…

bé­quilles ?

- Nous ne le sau­rons qu’après les ra­dios. Je vous fais conduire au Val de Grâce où une pro­cé­dure est pré­vue à votre in­ten­tion.

- Comment ai-je pu me ra­mas­ser comme ce­la ?

- La fa­tigue, mon­sieur le Pré­sident. Nous sa­vons que vous n’avez be­soin que de peu de som­meil mais si l’es­prit résiste, le corps est par­fois moins conci­liant. Com­bien de temps avez-vous dor­mi cette nuit ?

- Trois heures, à peu près. Bon, al­lons-y pour la ra­dio. Je veux la plus ab­so­lue dis­cré­tion, tant que je n’ai pas dé­ci­dé comment com­mu­ni­quer sur ce stu­pide in­ci­dent.

- Bien en­ten­du, mon­sieur le Pré­sident. - Quand je pense que Brigitte a chan­gé plu­sieurs ta­pis de l’Ély­sée parce qu’elle crai­gnait que l’on s’y prenne les pieds ! Tiens, il faut que je l’ap­pelle. Ce n’était pas une bonne idée de la lais­ser se mettre au vert avec ses en­fants pen­dant trois jours.

Lun­di, 8 heures. Flash d’in­for­ma­tion de RTL.

« Nos titres du jour. Tem­pête. Elle conti­nue à dé­fer­ler sur le nord et l’est de la France, pro­vo­quant d’im­por­tantes crues. À Paris, on craint que la Seine at­teigne son ni­veau cri­tique de six mètres, en fin de jour­née. Mi­grants. La ren­contre entre le Pré­sident Ma­cron et le Pre­mier mi­nistre ita­lien, Giu­seppe Conte et son ho­mo­logue es­pa­gnol, Pe­dro Sanchez, n’a don­né au­cun ré­sul­tat tan­gible. L’Eu­rope reste im­puis­sante face aux ré­fu­giés qui conti­nuent à se

Lun­di, 8 h 35. Pa­lais de l’Ély­sée. Pôle com­mu­ni­ca­tion.

Si­beth Ndiaye, la conseillère presse, pia­note ra­geu­se­ment sur son té­lé­phone mo­bile. Son in­ter­lo­cu­teur, comme s’il at­ten­dait son ap­pel, dé­croche dès la deuxième son­ne­rie.

- C’est quoi ce nou­veau dé­lire Alex ? - Bon­jour Si­beth, mer­ci de prendre de mes nou­velles.

- Tu nous en as as­sez fait voir. Tu t’es mis en tête de pu­blier un livre ? Tu n’as pas as­sez oc­cu­pé les mé­dias avec tes ex­ploits ?

- Tu sais com­bien m’a pro­po­sé l’édi­teur. Vous de­viez me trou­ver quelque chose et j’at­tends tou­jours. J’ai vu le jour­na­liste qui va écrire pour moi et j’at­tends de sa­voir ce qu’il va sor­tir de nos conver­sa­tions. Tu me connais, je n’ai rien dit qui puisse em­bar­ras­ser le Pré­sident. - Pour ça tu as dé­jà don­né. Et main­te­nant, tu fe­rais mieux de t’écra­ser.

- Il faut bien que je vive !

- Tu vas nous en­voyer ton chef-d’oeuvre avant pu­bli­ca­tion.

- Je vais en par­ler à mon édi­teur.

- Ce n’est pas une de­mande…

- Au fait, comment va le Pré­sident ? - Beau­coup mieux, de­puis que les jour­na­listes se sont cal­més à ton pro­pos. À suivre de­main Ici, ce n’est pas le Pé­rou

Lun­di, 3 heures. Dé­pêche de l’Agence France Presse (AFP).« Le pré­sident de la Ré­pu­blique, Em­ma­nuel Ma­cron, est ren­tré, cette nuit, d’un dé­pla­ce­ment ex­press à Tou­louse où il a dî­né avec les Pre­miers mi­nistres es­pa­gnol et ita­lien afin d’es­sayer de rap­pro­cher les po­si­tions des trois pays, dans le cadre eu­ro­péen, sur la ques­tion des ré­fu­giés. Bien que qua­li­fiées de "franches et cor­diales", ces conver­sa­tions in­for­melles n’ont pas per­mis de conci­lier les points de vue. Si le gou­ver­ne­ment es­pa­gnol a mon­tré quelques signes de com­pré­hen­sion, du cô­té ita­lien, on pré­co­nise une fer­me­ture très stricte des fron­tières et une ex­pul­sion im­mé­diate des per­sonnes sans droit de sé­jour. »Lun­di, 7 heures. Pa­lais de l’Ély­sée.Le Pa­lais de l’Ély­sée n’est ja­mais to­ta­le­ment en som­meil. Le Pré­sident, c’est bien connu, ne s’ac­corde que des nuits très brèves et le per­son­nel doit être en me­sure de ré­pondre, à tout mo­ment, à ses exi­gences et aux im­pon­dé­rables dic­tés par l’ac­tua­li­té. Mar­cel, l’huis­sier de per­ma­nence dans le hall d’en­trée, en ja­quette noire à queue-de-pie et col­lier en ban­dou­lière, a le­vé la tête lors­qu’il a de­vi­né les bruits de pas mais n’a rien pu faire en­suite. Le Pré­sident est ap­pa­ru en haut de l’es­ca­lier, avec sa pile de dos­siers sous le bras, puis a dis­pa­ru de sa vue. Tout juste a-t-il per­çu un bruit sourd de chute puis un stri­dent cri de dou­leur. Après avoir tré­bu­ché, puis dé­va­lé les marches en rou­lé-bou­lé, à dé­faut d’avoir pu se rac­cro­cher à la rampe do­rée et bien que sa chute ait été amor­tie par l’épais ta­pis lie-de-vin aux li­se­rais verts, Em­ma­nuel Ma­cron a res­sen­ti une vio­lente dou­leur, consé­cu­tive à un at­ter­ris­sage en ca­tas­trophe. Pour Mar­cel, cette si­tua­tion in­con­grue est une pre­mière, en presque vingt ans de pré­sence. Il se penche vers ce jeune Pré­sident tou­jours si plein d’al­lant, mais hé­site à le re­le­ver. « Ap­pe­lez le mé­de­cin », lance un of­fi­cier de sé­cu­ri­té qui passe par là. Presque aus­si­tôt sur les lieux, le mé­de­cin mi­li­taire est en­core sous l’ef­fet de la sur­prise. De­puis qu’Em­ma­nuel Ma­cron est élu, il n’a ja­mais fait ap­pel à ses ser­vices. Il le sait, son diag­nos­tic doit être sûr et la ma­nière de le pré­sen­ter a aus­si son im­por­tance. Son exa­men est donc scru­pu­leux, bien que le cas n’ait rien d’ori­gi­nal.- Ça me fait un mal de chien, se plaint le bles­sé. Qu’en pen­sez-vous ? Soyez pré­cis. N’ou­bliez pas que je suis d’une fa­mille de mé­de­cins.- Mon­sieur le Pré­sident, avance le pra­ti­cien, vous êtes peut-être vic­time d’une fou­lure mais je crains plu­tôt une frac­ture de la che­ville.- Une frac­ture ? Après une chute aus­si ri­di­cule ? C’est im­pos­sible ! Je sais ce que ce­la veut dire. Une in­ter­ven­tion au plus vite, un plâtre et plus d’un mois de ré­édu­ca­tion avec l’obli­ga­tion de se dé­pla­cer avec des bé­quilles. Vous ima­gi­nez le plus jeune pré­sident de la Ve Ré­pu­blique avec des pré­sen­ter à nos portes. Re­bon­dis­se­ment dans l’af­faire Be­nal­la. On annonce la pu­bli­ca­tion d’un livre dans le­quel l’an­cien col­la­bo­ra­teur d’Em­ma­nuel Ma­cron ap­por­te­rait de nou­velles ré­vé­la­tions. »« Vous ima­gi­nez le plus jeune pré­sident de la Ve Ré­pu­blique avec des bé­quilles ? »Em­ma­nuel Ma­cron, après sa chute dans les es­ca­liers, à l’Ély­sée.

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