MER D’IROISE : LES DAUPHINS SOUS PRES­SION

Le Télégramme - Lorient - - La Une - Sté­phane Jé­zé­quel

En quelques dé­cen­nies, la po­pu­la­tion des grands dauphins en mer d’Iroise est pas­sée d’une tren­taine de spé­ci­mens à près de 150. Pour le plus grand plai­sir des plai­san­ciers et des so­cié­tés pro­po­sant des ba­lades, tou­jours plus nom­breuses. Mais cette pres­sion tou­ris­tique crois­sante n’est pas sans consé­quence sur la vie de ces grands mam­mi­fères qui pour­raient être ten­tés, un jour, de quit­ter cette zone de vie.

La pres­sion aug­mente au­tour des grands dauphins des co­lo­nies sé­den­taires de l’île de Sein et de l’ar­chi­pel de Mo­lène. En plus des plai­san­ciers, les pro­fes­sion­nels sont de plus en plus nom­breux à s’en ap­pro­cher pour des ba­lades com­men­tées. Entre fas­ci­na­tion, res­pect de leur zone de vie et risque évident de dé­ran­ge­ment.

Com­bien de grands dauphins sé­den­taires en mer d’Iroise ? 30 in­di­vi­dus au­tour de Sein, 90 dans l’ar­chi­pel de Mo­lène, en plus d’un groupe d’une di­zaine évo­luant ré­gu­liè­re­ment entre la pointe Saint-Ma­thieu et Ker­mor­van au Con­quet et de quelques so­li­taires ici et là. Les plus grands in­di­vi­dus peuvent me­su­rer jus­qu’3, 50 m. Ils évo­luent en groupe, les plus jeunes res­tant sous la pro­tec­tion des adultes, gé­né­ra­le­ment à bonne dis­tance des ba­teaux, les sub­adultes ve­nant ré­gu­liè­re­ment évo­luer dans les sillages et devant les na­vires. Moins d’une di­zaine de co­lo­nies sé­den­taires de grands dauphins se­raient vi­sibles en Eu­rope, l’es­pèce évo­luant gé­né­ra­le­ment au large des côtes.

Ne pas sus­ci­ter l’in­ter­ac­tion

À la créa­tion du Parc ma­rin d’Iroise en 2007, un seul opé­ra­teur pro­po­sait la balade com­men­tée à la ren­contre des mam­mi­fères ma­rins du sec­teur. Onze ans plus tard, une di­zaine de so­cié­tés oc­cupent le mar­ché, avec évi­dem­ment en point d’orgue, les spec­ta­cu­laires grands dauphins par­fois bon­dis­sant hors de l’eau.

La se­maine der­nière, au coeur de la sai­son es­ti­vale, le Parc ma­rin s’adres­sait aux plai­san­ciers en rap­pe­lant les règles d’ob­ser­va­tion de ces grands mam­mi­fères ma­rins. Les spé­cia­listes de la pré­ser­va­tion du mi­lieu ma­rin rap­pe­laient les risques de dé­ran­ge­ment de ces ani­maux évo­luant dans des pé­ri­mètres plu­tôt res­treints, l’équi­valent de deux ter­rains de football pour le groupe de l’île de Sein ! Un mes­sage s’adres­sant éga­le­ment aux pro­fes­sion­nels ayant pour la plu­part adhé­ré à une charte de bonne conduite (à l’ex­cep­tion d’une poi­gnée pour des rai­sons qui leur ap­par­tiennent). Évo­luer à plus de 100 m des groupes sans sol­li­ci­ter l’in­ter­ac­tion, li­mi­ter le sui­vi à une di­zaine de mi­nutes, na­vi­guer à vi­tesse ré­duite dans les zones de con­tact po­ten­tiel, sans cher­cher à se di­ri­ger bru­ta­le­ment vers les ai­le­rons, re­non­cer au sui­vi du­rant les mo­ments de chasse…

« Pro­fes­sion­nels res­pon­sables mais… »

« Nous ob­ser­vons un ren­for­ce­ment de cette ac­ti­vi­té de dé­cou­verte », com­mente le di­rec­teur ad­joint du Parc ma­rin Phi­lippe Le Ni­liot. « Et res­tons at­ten­tifs au com­por­te­ment des ani­maux, par­ti­cu­liè­re­ment lorsque plu­sieurs na­vires pro­fes­sion­nels ar­rivent sur zone à la même heure ». « Nous avons af­faire à des pro­fes­sion­nels res­pon­sables mais l’en­vie de sa­tis­faire les clients et la concur­rence entre les so­cié­tés peuvent conduire à des ma­noeuvres et à des rap­pro­che­ments exa­gé­rés ». Nos tech­ni­ciens, éga­le­ment pré­sents sur le ter­rain, sont sus­cep­tibles de leur rap­pe­ler les bonnes pra­tiques.

Alors que de nou­velles so­cié­tés de dé­cou­verte nau­tique ont le pro­jet de re­joindre les exis­tantes, la ques­tion du nombre de pro­fes­sion­nels et des

Pas de li­cence de­man­dée

Pour le mo­ment, la ré­gle­men­ta­tion fran­çaise se li­mite à la pro­blé­ma­tique du trans­port à pas­sa­gers. Ces na­vires qui s’ap­puient sur les ri­chesses na­tu­relles du Parc ma­rin ne sont pas su­jets à d’autres obli­ga­tions. Ailleurs dans le monde où l’ob­ser­va­tion des dauphins, ba­leines ou re­quins est de­ve­nue un bu­si­ness lu­cra­tif et or­ga­ni­sé, les ré­gle­men­ta­tions ma­ri­times ont évo­lué vers des li­cences et d’exi­geantes et oné­reuses for­ma­tions obli­ga­toires.

Dans cer­taines zones où les ani­maux ont su­bi une pres­sion ex­ces­sive, cer­tains groupes ont dis­pa­ru. « En Ir­lande, un groupe de grands dauphins a quit­té la Shan­non Ri­ver pour la baie de Gal­way où les condi­tions d’ob­ser­va­tion ont été ren­for­cées. On n’en est pas en­core là à la pointe bre­tonne, même s’il faut res­ter vi­gi­lant. L’équi­libre est à trou­ver, nous es­ti­mons que la charte de bonne conduite en vi­gueur est un ou­til suf­fi­sant pour le mo­ment », ter­mine le di­rec­teur ad­joint du Parc ma­rin d’Iroise. Pas fa­cile de conci­lier pro­mo­tion ac­tive des parcs ma­rins et pro­tec­tion ef­fec­tive des ani­maux.

Pho­to Eu­gène Gillet

D’une tren­taine de grands dauphins au dé­but des an­nées 80, ils se­raient au­jourd’hui près de 150 ré­per­to­riés sur les deux sites de la pointe bre­tonne, preuve de la bonne san­té de l’éco­sys­tème et de la qua­li­té du tra­vail réa­li­sé par le parc na­tu­rel ma­rin d’Iroise.au­to­ri­sa­tions d’exer­cer cette ac­ti­vi­té com­mence à se po­ser.

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