Foot­ball arc-en-ciel

Le Télégramme - Morlaix - - HIPPISME - Cor­res­pon­dance Jé­ré­my Doc­teur

Ce se­ra la pre­mière na­tion à se dres­ser sur la route de l’équipe de France, sa­me­di, à Kazan. L’Aus­tra­lie, long­temps no­vice dans le foot­ball, va disputer son qua­trième Mon­dial de suite. Im­por­té puis in­té­gré par les vagues d’im­mi­gra­tion du XXe siècle, le bal­lon rond se hisse peu à peu sur le de­vant de la scène.

Si les pre­mières traces du foot­ball datent du XIXe siècle, ce sont vé­ri­ta­ble­ment les flux mi­gra­toires, avec l’ar­ri­vée des mi­grants bri­tan­niques ou ceux ve­nus des rives de la Mé­di­ter­ra­née, qui ont ac­com­pa­gné son dé­ve­lop­pe­ment en Aus­tra­lie. « Le foot­ball a pro­gres­sé grâce à l’im­pact di­rect des ar­ri­vées d’après-guerre et l’ex­plo­sion des flux », com­mente An­drew Howe, au­teur d’une en­cy­clo­pé­die sur l’his­toire des Soc­ce­roos et his­to­rien du foot­ball.

Les dif­fé­rentes com­mu­nau­tés ont tou­jours eu un rôle dans tous les pans de la so­cié­té. Le foot­ball n’y a pas échap­pé. Il ap­pa­raît ain­si comme un moyen de dé­pas­ser la bar­rière de la langue. « Les ar­ri­vants n’avaient que peu de sou­tien pour s’in­té­grer et les clubs de foot étaient un vrai vec­teur de lien so­cial. Les im­mi­grés tra­vaillaient dur et vou­laient se dis­traire après le tra­vail et le wee­kend », ra­conte An­drew Howe.

Le « foo­ty » (le foot­ball aus­tra­lien, sport nu­mé­ro un en Aus­tra­lie) est aus­si un mys­tère pour les po­pu­la­tions qui ar­rivent d’Eu­rope cen­trale et du Sud, du Moyen Orient puis d’Asie. L’hé­ri­tage bri­tan­nique ne se­ra pas non plus étran­ger à l’émer­gence du bal­lon rond. Ce sont tous ces groupes qui vont par­ti­ci­per à la créa­tion de l’Aus­tra­lian Soc­cer Fe­de­ra­tion, puis à la Na­tio­nal Soc­cer League en 1977.

Gé­né­ra­tion do­rée

Jusque dans les an­nées 1980-1990, le foot­ball est tou­te­fois consi­dé­ré comme un sport étran­ger pra­ti­qué par « les ci­toyens de se­conde zone » et qui n’est pas pour les « vrais hommes », à l’in­verse du foot­ball aus­tra­lien ou du rugby. Les fa­rouches op­po­sants l’ap­pellent le soc­cer mais éga­le­ment le « wog­ball » (le « wog » dé­si­gnant de fa­çon pé­jo­ra­tive une per­sonne ve­nue d’Eu­rope cen­trale ou du sud, qu’on pour­rait tra­duire par « ba­sa­né »). En 2004, la Foot­ball Fe­de­ra­tion Aus­tra­lia (FFA) voit le jour et le cham- pion­nat se trans­forme. La ligue ob­tient un sta­tut pro­fes­sion­nel et la di­men­sion eth­nique des clubs est mise de cô­té. Ce­la coïn­cide avec l’avè­ne­ment de la « Gol­den Ge­ne­ra­tion », qui connaît son apo­gée à la Coupe du Monde 2006. C’est l’époque des Mark Vi­du­ka, Mark Bres­cia­no ou Mark Sch­war­zer, qui at­tein­dront les 8es de fi­nale du Mon­dial al­le­mand.

Mais la fin des clubs com­mu­nau­taires crée aus­si un sen­ti­ment de re­jet chez cer­tains, comme si l’Aus­tra­lie tour­nait le dos à son hé­ri­tage et ne pro­fi­tait pas de ce socle pour for­mer des jeunes joueurs. Car au­jourd’hui, plus d’un quart des Aus­tra­liens sont nés à l’étran­ger, et un tiers ont un pa­rent dans ce cas-là. « C’est la deuxième, voire la troi­sième gé­né­ra­tion qui est une com­po­sante im­por­tante de l’ef­fec­tif de 2018 », ex­plique An­drew Howe. Mal­gré sa nou­velle po­pu­la­ri­té, le foot­ball a en­core du che­min à faire en Aus­tra­lie.

A l’image du mi­lieu Mas­si­mo Luon­go, d’ori­gines ita­lienne et in­do­né­sienne, le foot­ball s’est im­plan­té en Aus­tra­lie grâce aux dif­fé­rentes dia­spo­ras.

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