UN AGRI­CUL­TEUR BIO ET DY­NA­MIQUE

À Saint-Thurien, Ro­land Du­fleit pra­tique l’agri­cul­ture bio-dy­na­mique de­puis plus de 25 ans. Convain­cu de l’im­por­tance de pré­ser­ver les sols et la na­ture, il fait par­tie de ceux qui mi­litent pour une autre forme de pro­duc­tion agri­cole.

Le Télégramme - Quimperlé - - QUIMPERLÉ - Vic­tor Large

Ro­land Du­fleit est agri­cul­teur à Saint-Thurien. De­puis 25 ans, il pra­tique l’agri­cul­ture bio-dy­na­mique. L’ob­jec­tif : pro­duire sans pes­ti­cides, en res­pec­tant la terre et les pay­sages, sur des cir­cuits courts. À 63 ans, cet an­cien mé­ca­ni­cien cherche tou­jours à en sa­voir plus sur la na­ture qui l’en­toure.

Ar­ri­ver en voi­ture à l’ex­ploi­ta­tion de Ro­land Du­fleit, à Saint-Thurien est un pe­tit dé­fi. Dans sa cour, des poules, des chèvres, mais aus­si un chien ou un chat cir­culent li­bre­ment. Les ani­maux, ha­bi­tués à al­ler et ve­nir au gré de leurs en­vies n’ont que faire du vé­hi­cule. Au mi­lieu de la cour, Ro­land Du­fleit garde un oeil sur ses bêtes. Pas ques­tion pour cet agri­cul­teur de 63 ans de se ser­vir de cages, d’en­clos, ou d’uti­li­ser des pes­ti­cides sur ses terres. « C’est pour ce­la que ça fait plus de 25 ans que je pra­tique la bio-dy­na­mique », sou­ri­til. An­cien mé­ca­ni­cien, il construit lui-même son ma­té­riel agri­cole. « J’ai re­pris des vieilles ma­chines que je re­tape. Le bu­si­ness de la so­cié­té de consom­ma­tion, c’est une vraie usine à gaz ».

Une agri­cul­ture res­pec­tueuse des sols

En simple, l’agri­cul­ture bio-dy­na­mique est une forme d’agri­cul­ture bio­lo­gique, qui prend en compte la pro­tec­tion des sols, de la faune et la flore lo­cale. C’est une dé­marche qui va plus loin que le bio tra­di­tion­nel. L’agri­cul­ture bio-dy­na­mique cherche à soi­gner la terre et les pay­sages, à nour­rir les hommes, mais com­prend aus­si une di­men­sion so­ciale, en ce qui concerne les liens entre le pro­duc­teur et le consom­ma­teur. Ce type d’agri­cul­ture a même son propre mou­ve­ment, le MABD (mou­ve­ment de l’agri­cul­ture bio-dy­na­mique).

Ces mé­thodes sont, en par­tie, in­fluen­cées par les tra­vaux de Ru­dolf Stei­ner, un pen­seur al­le­mand du dé­but du XXe siècle, fon­da­teur de l’an­thro­po­so­phie, qui mêle spi­ri­tua­li­té et science. Bien que cri­ti­qués par beau­coup de scien­ti­fiques pour leur ap­proche trop spi­ri­tuelle, les tra­vaux de Stei­ner ont po­sé les bases d’une phi­lo­so­phie agri­cole qui se ma­ni­feste au­jourd’hui dans l’agri­cul­ture bio-dy­na­mique. « C’est le fon­de­ment de l’agri­cul­ture. C’est re­ve­nir à la base, et com­prendre vrai­ment ce qui se passe dans la na­ture qui nous en­toure », ré­sume Ro­land Du­fleit. L’agri­cul­teur ac­corde de l’im­por­tance aux mé­thodes an­ciennes, por­teuses, se­lon lui, de vé­ri­tés simples et du res­pect de la terre. « Je n’ai pas de for­ma­tion agri­cole, mais j’ai l’école des an­ciens, de ce qui a été fait avant », lâche-t-il, fiè­re­ment.

Le bio, un com­bat de longue date

Pas ques­tion de suivre une ten­dance pour mieux vendre. Ro­land Du­fleit est un convain­cu de longue date. « Il y a 25 ans, on nous trai­tait de cons, main­te­nant, ils veulent tous mar­quer bio sur leurs pro­duits », ri­gole le sexa­gé­naire. Mais la course aux la­bels ne l’in­té­resse pas. « Le bio, ce n’est pas une ques­tion de la­bels ou de com­merce. L’in­té­rêt, c’est le rap­port à la terre », ana­ly­set-il. Sur ses 18 hec­tares, il pro­duit un peu de tout. Des pommes de terre, du cidre, des lé­gumes de sai­son, « on ne peut pas faire qu’un seul pro­duit, ce n’est pas pos­sible », ex­plique le pro­duc­teur. Il dis­tri­bue sur trois mar­chés, à Moë­lan, Tré­gunc, et Quim­per. « Je fais tout tout seul, que ce soit la cul­ture, m’oc­cu­per des bêtes, ou vendre sur le mar­ché. La main-d’oeuvre coûte trop cher et les pro­duits sont trop dé­va­lo­ri­sés », re­grette l’agri­cul­teur. Il ai­me­rait que les gens prennent conscience de la va­leur de la nour­ri­ture, pas seule­ment au ni­veau de l’ar­gent, mais aus­si en termes de bien-être. « Il y a deux sortes de gens dans le monde, ceux qui bouffent et ceux qui se nour­rissent ».

Trans­mettre son sa­voir

À 63 ans, Ro­land Du­fleit ar­rive au bout de sa car­rière. Mais il ne compte pas en res­ter là. Une fois ses ou­tils re­po­sés, il en­tend trans­mettre son sa­voir. Dans son sa­lon, de nom­breux livres sur l’agri­cul­ture, le rythme des sai­sons, l’en­tre­tien des sols. « On peut tou­jours pro­gres­ser, on ne sait pas tout. J’ai gar­dé mon es­prit de mé­ca­ni­cien, je ré­flé­chis tou­jours à comment ça fonc­tionne. »

Ro­land Du­fleit se fait une cer­taine idée de l’agri­cul­ture. La qua­li­té de sa terre, sans pes­ti­cides ni pro­duits chi­miques, est sa prio­ri­té, et ses ani­maux sont libres d’al­ler et ve­nir.

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