AL­COOL : FAUT-IL UN PRIX PLAN­CHER ?

Ca­the­rine Hill, épi­dé­mio­lo­giste ré­pu­tée, compte - tout comme la pneumologue bres­toise, Irène Fra­chon - par­mi les si­gna­taires d’un texte qui pro­pose dix me­sures pour dé­cou­ra­ger la consom­ma­tion ex­ces­sive d’al­cool. « Et on ne parle pas seule­ment d’al­cool for

Le Télégramme - Quimperlé - - LA UNE - Va­lé­rie Cu­den­nec-Riou

Fixer un prix plan­cher pour l’al­cool : c’est l’une des dix pro­po­si­tions faites par un groupe de mé­de­cins qui tirent la son­nette d’alarme face à une consom­ma­tion ju­gée ex­ces­sive en France. Dans leur col­li­ma­teur : la puis­sance du lob­by de l’al­cool qui in­fil­tre­rait jus­qu’au plus haut ni­veau de l’État.

« L’al­cool est res­pon­sable de près de 50 000 dé­cès, chaque an­née, en France, par­mi les­quels 15 000 can­cers », dé­crit Ca­the­rine Hill. Avec plus de 30 pra­ti­ciens - no­tam­ment des ad­dic­to­logues - et mi­li­tants contre l’al­coo­lisme, elle s’était dé­jà émue des pro­pos te­nus par le pré­sident Em­ma­nuel Ma­cron qui, le 22 fé­vrier, avait confié « boire du vin le mi­di et le soir » et as­su­ré qu’il n’y au­rait pas, sous son man­dat, « d’amen­de­ment pour dur­cir la loi Evin » qui res­treint la pu­bli­ci­té pour les bois­sons al­coo­li­sées.

Une taxe pro­por­tion­nelle au poids d’al­cool

Lun­di, ils ont de nou­veau ti­ré la son­nette d’alarme et pro­po­sé « dix me­sures ef­fi­caces » pour lut­ter contre le fléau de l’al­cool. Les si­gna­taires pro­posent no­tam­ment de « taxer l’al­cool « pro­por­tion­nel­le­ment au conte­nu en grammes d’al­cool » et de « dé­fi­nir un prix mi­ni­mum de vente par uni­té d’al­cool », quelle que soit la bois­son. « Une consom­ma­tion ex­ces­sive d’al­cool ne pro­voque pas seule­ment des ma­la­dies di­ges­tives du type cir­rhose ou can­cer du foie », sou­ligne-t-elle. « En termes de san­té pu­blique, l’al­cool est aus­si res­pon­sable de can­cers de la bouche, du pha­rynx, de l’oe­so­phage, du sein, d’ac­ci­dents car­dio­vas­cu­laires et, sur d’autres ter­rains, de vio­lences, d’ho­mi­cides, de sui­cides et d’ac­ci­dents de la route. »

Les Fran­çais consomment en moyenne 2,6 verres par jour

Le consom­ma­teur « lamb­da » n’a que très ra­re­ment conscience des dan­gers aux­quels il s’ex­pose. Or, sou­ligne Ca­the­rine Hill, nul be­soin d’être un al­coo­lique no­toire pour cou­rir - et faire cou­rir - des risques, à soi-même et aux autres. « Dans une étude pu­bliée vendredi der­nier dans The Lan­cet, des scien­ti­fiques ont éta­bli qu’il y avait un dan­ger pour la san­té, dès lors que la consom­ma­tion ex­cé­dait 100 g d’al­cool pur par se­maine. Or, ces 100 grammes cor­res­pondent, ni plus ni moins, à dix verre , au­tre­ment dit 25 cl de bière, un bal­lon de 10 cl de vin ou 3 cl d’al­cool fort par se­maine. Des chiffres à com­pa­rer aux… plus de 26 grammes d’al­cool pur (2,6 verres de vin) consom­més, chaque jour, en moyenne, par les Fran­çais ! »

Un lob­bying puis­sant

Si la France « est l’un des pays d’Eu­rope où l’on boit le plus », ce n’est pas seule­ment, pointe Ca­the­rine Hill, parce qu’on y pro­duit du bon vin et que, d’un point de vue cultu­rel, le­ver son verre entre amis est as­so­cié à un ri­tuel de convi­via­li­té, mais bien parce que « la puis­sance de lob­bying » de l’in­dus­trie de l’al­cool « in­filtre tous les ni­veaux de la so­cié­té, jus­qu’au plus haut ni­veau de l’État ». Et de ci­ter, pour exemple, le cas de la conseillère en agri­cul­ture d’Em­ma­nuel Ma­cron, Au­drey Bou­rol­leau, an­cienne dé­lé­guée gé­né­rale de Vin et so­cié­té - or­ga­nisme char­gé de dé­fendre les in­té­rêts de la fi­lière vi­ti­cole. Ou en­core ce­lui, « édi­fiant », de la Fon­da­tion pour la re­cherche en al­coo­lo­gie, en par­tie « fi­nan­cée par l’in­dus­trie de l’al­cool ».

In­for­mer plus clai­re­ment

Pour Ca­the­rine Hill, comme pour la Bres­toise Irène Fra­chon et les autres si­gna­taires, « il faut que les in­for­ma­tions don­nées par les pou­voirs pu­blics soient justes et le mes­sage, le plus clair pos­sible ». « Ces­ser de n’adres­ser des mes­sages de pré­ven­tion qu’aux jeunes et aux femmes en­ceintes » car, sou­ligne Ca­the­rine Hill, « si un tiers des hommes et deux tiers des femmes adultes ne boivent pas plus de deux verres d’al­cool par jour, les autres, bu­veurs ré­gu­liers, sont, eux, à une moyenne de cinq verres quo­ti­diens ». Le vin re­pré­sente 60 % de cette consom­ma­tion.

S’il « ne s’agit pas d’in­ter­dire l’al­cool », il est in­dis­pen­sable, mar­tèle l’épi­dé­mio­lo­giste, d’ins­crire sur les bou­teilles, ca­nettes et pu­bli­ci­tés pour les bois­sons al­coo­li­sées, que « l’al­cool est dan­ge­reux pour la san­té » et d’in­di­quer, sur les conte­nants, la quan­ti­té d’al­cool conte­nue, en grammes, ain­si que le poids de sucre et le nombre de ca­lo­ries.

Pho­to Fran­çois Des­toc

Pour le doc­teur Ca­the­rine Hill, les mes­sages du type « à con­som­mer avec mo­dé­ra­tion » ne suf­fisent pas car, au-de­là de dix verres d’al­cool par se­maine, les consom­ma­teurs courent dé­jà un dan­ger.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.