Place au pro­cès, six ans après la ter­rible collision

Lun­di, a dé­bu­té, au tri­bu­nal de Rennes, le pro­cès de l’ac­ci­dent du pas­sage à ni­veau de SaintMé­dard-sur-Ille (35), le 12 oc­tobre 2011. Drame qui avait coû­té la vie à trois per­sonnes et bles­sé 61 autres dont 13 griè­ve­ment. Ce pro­cès hors normes se dé­roule j

Le Télégramme - Quimperlé - - LA UNE - Di­dier Dé­niel

Le 12 oc­tobre 2011, le TER 82 603 vient de quit­ter la gare de Rennes. Il fait route à 140 km/h vers Saint-Ma­lo (35). 154 per­sonnes ont pris place à bord des quatre wa­gons. Sou­dain, à la sor­tie d’une courbe, le conduc­teur du train aper­çoit un en­semble rou­tier à 175 m, en tra­vers de la voie, au pas­sage à ni­veau nu­mé­ro 11, à Saint-Mé­dard-surIlle. Il dé­clenche son frei­nage d’ur­gence. Rien n’y fait et c’est la collision à 17 h 16.

Sous la vio­lence du choc, la ca­bine du ca­mion est ar­ra­chée et pro­je­tée à six mètres du point d’im­pact. Le mo­teur, lui, se­ra re­trou­vé à 25 m plus loin. Le train, qui rou­lait à 136 km/h lors de l’im­pact, pour­suit sa course sur 200 m, en­trant plu­sieurs fois de suite en collision avec la re­morque du poids-lourd. « Pro­vo­quant trois dé­chi­rures béantes », a pré­ci­sé la pré­si­dente du tri­bu­nal, Vé­ro­nique Lan­neau. « C’était très bru­tal. Des sièges ont été ar­ra­chés. Mais le train ne s’est pas cou­ché ». Les vic­times en­ten­dues par la suite ont fait état de corps en­che­vê­trés dans les voi­tures les plus im­pac­tées.

Le plan rouge est en­clen­ché. 119 sa­peurs-pom­piers convergent vers les lieux de l’ac­ci­dent. Très vite, on dé­nombre deux morts : deux femmes (de 43 et 73 ans). 13 jours plus tard, un homme de 36 ans dé­cé­de­ra des suites de ses bles­sures. Les bles­sés, au nombre de 61 - dont 13 griè­ve­ment tou­chés - sont pris en charge dans un poste mé­di­cal dé­ployé dans une salle com­mu­nale.

Le chauf­feur est de­ve­nu guide de kayak et de raf­ting

Trois té­moins de la collision se­ront en­ten­dus par les en­quê­teurs. Tous at­tes­te­ront que le conduc­teur du poids lourd, âgé de 35 ans au mo­ment des faits, a fran­chi le pas­sage à ni­veau alors que les si­gnaux lu­mi­neux et so­nores étaient ac­ti­vés. Ce jour-là, le temps était sec et il y avait une bonne vi­si­bi­li­té. Le chauf­feur du poids lourd - qui n’était pas sous l’em­pire d’al­cool ou de stu­pé­fiants - a ex­pli­qué qu’il n’a pas en­ten­du la son­ne­rie et vu les feux. Une fois au mi­lieu du pas­sage, il s’est ren­du compte que la bar­rière qui était si­tuée der­rière sa ca­bine s’était abais­sée sur son pla­teau. Crai­gnant qu’elle ne cède, il a ten­té de se sor­tir de cette si­tua­tion en marche ar­rière. C’est alors que s’est pro­duite la collision. « J’ai été ex­trê­me­ment cho­qué par cet ac­ci­dent. Je ne veux plus en­trer dans une ca­bine de ca­mion », a ex­pli­qué lun­di ma­tin, à la barre, le chauf­feur au­jourd’hui âgé de 41 ans. Un homme qui est de­ve­nu guide de kayak et de raf­ting.

À l’époque des faits, le pré­ve­nu avait créé son en­tre­prise de trans­port et le­vage de char­pentes en bois, deux ans au­pa­ra­vant. Il tra­vaillait seul. « Les gens pour qui vous avez pu tra­vailler vous dé­crivent comme quel­qu’un de sé­rieux et de pru­dent », sou­ligne la pré­si­dente avant de rap­pe­ler que le pré­ve­nu ne pos­sé­dait plus que quatre points sur son per­mis. No­tant plu­sieurs in­frac­tions à la vi­tesse, usage de té­lé­phone por­table au vo­lant, mais aus­si une conduite en état al­coo­lique.

Deux pré­cé­dents au même en­droit

Si la res­pon­sa­bi­li­té du conduc­teur du poids lourd semble clai­re­ment éta­blie, reste à connaître celle de la SNCF, qui avait clas­sé le pas­sage à ni­veau comme « pré­oc­cu­pant ». Vé­ro­nique Lan­neau a pré­ci­sé que d’autres col­li­sions étaient sur­ve­nues au même en­droit : en 2006, un TER avait per­cu­té un pié­ton qui avait tra­ver­sé alors que les bar­rières se fer­maient et, en 2007, un train avait per­cu­té un ca­mion char­gé de gra­viers, un ac­ci­dent ayant fait 40 bles­sés. Elle a pré­ci­sé que le pas­sage à ni­veau était clas­sé « pré­oc­cu­pant » par la SNCF éga­le­ment pour­sui­vie pour ho­mi­cides et bles­sures in­vo­lon­taires - mais que rien n’avait été en­tre­pris pour le rec­ti­fier. Jus­qu’à la fin de la se­maine, l’en­tre­prise est re­pré­sen­tée par deux di­rec­teurs.

Des en­quê­teurs de la gen­dar­me­rie ont sou­li­gné à la barre que le pas­sage à ni­veau était de « géo­mé­trie par­ti­cu­lière ». En ce­la que la chaus­sée ré­tré­cis­sait, pas­sant de 6,50 m à 5,20 m. Et que le pas­sage était mar­qué par une courbe qui rend son fran­chis­se­ment dé­li­cat, no­tam­ment pour les poids lourds. L’un de ses gen­darmes a évo­qué les pro­jets de tra­vaux en­vi­sa­gés par la SNCF et le conseil dé­par­te­men­tal d’Ille-et-Vi­laine. « En avril 2010, quelques mois avant l’ac­ci­dent, tout le monde était d’ac­cord pour en­ga­ger ces tra­vaux. Mais au­cun ca­len­drier n’a été re­te­nu ». Il y a trois ans, la SNCF a de­man­dé l’an­nu­la­tion de sa mise en exa­men dans cette af­faire. Elle n’a pas ob­te­nu gain de cause. Reste main­te­nant à sa­voir si la ré­ci­dive lé­gale peut être re­te­nue contre l’en­tre­prise pu­blique, dé­jà condam­née dans d’autres af­faires de ce type. La peine maxi­male - 225.000 eu­ros d’amende pour­rait être dou­blée. Le conduc­teur du poids lourd, lui, en­court une peine maxi­male de sept ans de pri­son.

Pho­to Di­dier Dé­niel

Le pro­cès de l’ac­ci­dent de Saint-Mé­dard­sur-Ille a dé­bu­té lun­di, à Rennes, et se pour­suit jus­qu’à vendredi.

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