Les ports bre­tons à la re­morque

Faute de vo­lumes suf­fi­sants pour jus­ti­fier la créa­tion d’un point de contrôle, les ports bre­tons n’ont pas dé­cro­ché d’ha­bi­li­ta­tion pour im­por­ter des pro­duits bio en pro­ve­nance de pays tiers. Mais ça pour­rait bien chan­ger à Brest, Ros­coff et Douar­ne­nez.

Le Télégramme - Quimperlé - - LA UNE - Flore Li­man­tour

Les ports bre­tons n’ont pas dé­cro­ché d’ha­bi­li­ta­tion pour im­por­ter des pro­duits bio en pro­ve­nance de pays tiers. En cause : des vo­lumes in­suf­fi­sants pour jus­ti­fier la créa­tion d’un point de contrôle. Mais la si­tua­tion pour­rait tou­te­fois évo­luer.

se­maine der­nière, Guillaume Le Grand a pi­qué une grosse co­lère. Son en­tre­prise Towt de Douar­ne­nez (29) trans­porte des mar­chan­dises bio par voi­lier. Ca­fé et ca­cao de Co­lom­bie, Ré­pu­blique do­mi­ni­caine et Mexique, ain­si que bières Ale du Royaume-Uni sont im­por­tés en Bre­tagne. Tan­dis que dans l’autre sens, il ex­porte no­tam­ment du blé noir bre­ton, du cidre, des fûts pour le rhum, de l’huile d’olive du Por­tu­gal et bien­tôt du lait de so­ja. Toute une phi­lo­so­phie du trans­port ma­ri­time qui lui a per­mis de dé­ve­lop­per son ac­ti­vi­té avec cinq na­vires et même de pro­gram­mer la construc­tion d’un voi­lier car­go de 67 mètres d’ici à deux ans. Le chef d’en­tre­prise en­vi­sage ain­si de mul­ti­plier ra­pi­de­ment par huit son chiffre d’af­faires ac­tuel de 300 000 eu­ros. Mais, en rai­son d’une cir­cu­laire eu­ro­péenne, ef­fec­tive de­puis le 1er jan­vier, une par­tie de son ac­ti­vi­té à des­ti­na­tion de la Bre­tagne est com­proLa mise.

Saint-Na­zaire et Le Havre ports les plus près

Au­cun port de la Bre­tagne ad­mi­nis­tra­tive n’est ha­bi­li­té à re­ce­voir des pro­duits bio en pro­ve­nance des pays tiers, hors es­pace Schen­gen. Au plus près, seuls Saint-Na­zaire au Sud et Le Havre au Nord dis­posent d’un point de contrôle of­fi­ciel.

« Saint-Na­zaire ne nous in­té­resse pas pour des rai­sons de na­vi­ga­tion et de vent d’Ouest qui com­plique l’ac­cès à la mer. Nous irons donc au Havre et les pro­duits pren­dront le ca­mion jus­qu’en Bre­tagne ! ». Guillaume Le Grand s’agace : « C’est in­croyable qu’on en ar­rive là. J’ai aler­té les élus, la Ré­gion et la CCI BO. Rien n’a été fait pour le bio. Rien n’a été an­ti­ci­pé. On est res­té coin­cé dans les an­nées 70 et les en­jeux du pas­sé avec l’agro-in­dus­trie bre­tonne. Nous irons donc tra­vailler à Os­tende et même à Ham­bourg où nous sommes bien ac­cueillis ». Se fai­sant le re­lais du chef d’en­tre­prise, le par­le­men­taire Phi­lippe Paul a po­sé une ques­tion écrite au Sé­nat à des­ti­na­tion de Ber­cy sur l’ex­cep­tion bre­tonne. Sans ré­ponse. La DGCCRF a ce­pen­dant an­non­cé qu’elle pour­rait re­voir sa dé­ci­sion : « Pour des flux très im­por­tants, de nou­veaux points d’en­trée pour­raient être créés ». La ré­ac­tion de Guillaume Le Grand ne s’est pas fait at­tendre : « C’est le ser­pent qui se mord la queue. Comment dé­ve­lop­per du jour au len­de­main un­tra­fi­cim­por­tant ? ».

La CCI de Bre­tagne oc­ci­den­tale a dé­po­sé une de­mande

Sur le port de Brest, on ne par­tage pas le pes­si­misme de Guillaume Le Grand. Raoul Laurent de la CCI an­nonce avoir de sé­rieux pro­jets d’im­por­ta­tion de cé­réales bio qui pour­raient se concré­ti­ser entre un et trois ans. « J’ai ré­cem­ment dé­po­sé une de­mande d’ha­bi­li­ta­tion pour les ports de Brest, Ros­coff et Douar­ne­nez au­près de la Di­rec­tion gé­né­rale de l’ali­men­ta­tion. On a du po­ten­tiel en Bre­tagne. Nous sommes la pre­mière ré­gion agri­cole de France. On ne peut pas se fer­mer à ce tra­fic-là. Nous avons des ins­tal­la­tions adap­tées pour les cé­réales bio à quai. On fait dé­jà du non OGM. Et si la DGCCRF ne peut mettre du per­son­nel à dis­po­si­tion sur les ports bre­tons, nous lui pro­po­se­rons de faire tra­vailler un or­ga­nisme in­dé­pen­dant ». À la Feed­sim, fé­dé­ra­tion des in­dus­triels de la nu­tri­tion ani­male, on n’ima­gine pas non plus que la Bre­tagne puisse se fer­mer à un mar­ché en plein dé­ve­lop­pe­ment. Son pré­sident Laurent Mo­rin sou­ligne aus­si le ren­ché­ris­se­ment éven­tuel lié au trans­port par la route en pro­ve­nance de ports éloi­gnés. « Ce se­rait une dis­tor­sion de concur­rence né­ga­tive pour l’éco­no­mie bre­tonne ».

Pho­to Fran­çois Des­toc

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