La guerre d’usure

Le Télégramme - Quimperlé - - LE FAIT DU JOUR - Her­vé Cham­bon­nière

« Ils dé­truisent. On construit. » Le slo­gan des za­distes se heurte à une réa­li­té : les gen­darmes re­dé­truisent les élé­ments re­cons­truits. Que les za­distes re­cons­truisent. Qui va ga­gner cette guerre d’usure ?

Trente-neuf squats ra­sés par les gen­darmes en une se­maine. C’est sur l’un de ces sites, le Gour­bi, l’un des lieux em­blé­ma­tiques et col­lec­tifs de la Zad, qu’a été po­sée, en triomphe, et sous les vi­vats, une nou­velle char­pente, dans la nuit de di­manche à lun­di. La joie des za­distes n’au­ra du­ré que quelques heures. Lun­di ma­tin, le sym­bole était à nou­veau à terre. « C’est la cin­quième fois », en­rage un za­diste qui dé­couvre la scène. L’État tient ses « pro­messes » : il ne « lais­se­ra rien re­cons­truire ». Chaque nou­velle édi­fi­ca­tion dé­clenche une in­cur­sion des gen­darmes mo­biles, qui dé­truisent à nou­veau ce qui a été éri­gé.

« Le dan­ger, c’est la fa­tigue »

À quelques cen­taines de mètres du Gour­bi, à l’est de la Zad, les deux mondes se toisent. Les gen­darmes mo­biles der­rière un blin­dé. Et les za­distes der­rière une bar­ri­cade édi­fiée. Aux vo­lées de pierres et de bou­lons, les mi­li­taires ré­pondent par des tirs de gre­nades la­cry­mo­gènes as­sour­dis­santes. « Mé­dics, mé­dics ! », hurlent les za­distes après une der­nière salve des gen­darmes. Une jeune femme son­née est mise à l’écart. « Je n’en­tends plus rien… »

Un jeune homme, qui ne par­vient pas à se re­le­ver, est éva­cué. « Ce­la fait une se­maine que ça dure et la fa­tigue com­mence à se faire sen­tir. Le risque, c’est qu’un drame se pro­duise, d’un cô­té comme de l’autre », re­doute un mi­li­tant ve­nu sou­te­nir les za­distes, tou­jours plus nom­breux.

Sur le site du Gour­bi, moins de deux heures après l’in­ter­ven­tion des gen­darmes, l’équipe des construc­teurs de la Zad est dé­jà à pied d’oeuvre. Chaque mor­ceau de bois est nu­mé­ro­té et mis de cô­té. Les clous et les vis sont re­ti­rés, re­dres­sés et ré­cu­pé­rés. De cet amas de bois émer­ge­ra dans quelques heures, dans quelques jours, une nou­velle char­pente. Que les gen­darmes ten­te­ront, à coup sûr, de dé­truire. « Nous, on a l’éner­gie et tout notre temps, grince un za­diste. Pas eux. Com­bien de temps l’opi­nion pu­blique va-t-elle sup­por­ter ce gâ­chis d’ar­gent pu­blic ? »

Pho­to Fran­çois Des­toc

Les face-à-face entre za­distes et gen­darmes se pour­suivent sur la Zad de No­treDame-des-Landes.

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