« Une Mai­son de pou­pée ». Une libre adap­ta­tion réus­sie de l’oeuvre d’Ib­sen

La Scène Na­tio­nale pro­gram­mait, jeu­di soir, au Théâtre de Cor­nouaille, « Une Mai­son de pou­pée », adap­tée de l’oeuvre d’Ib­sen et quelque peu re­vi­si­tée par Lor­raine de Sa­ga­zan.

Le Télégramme - Quimperlé - - QUIMPER - Éliane Fau­con-Du­mont

En 1879, Ib­sen écrit « Une Mai­son de pou­pée ». Il s’ins­pire lar­ge­ment de l’his­toire de l’une de ses amies, Lau­ra Pe­ter­sen. Pour soi­gner son époux ma­lade, celle-ci em­prunte de fa­çon frau­du­leuse une somme d’ar­gent. Dans la pièce, No­ra, le per­son­nage, suit le même che­min mais son époux n’est guère re­con­nais­sant et elle le quitte. « Une femme ne peut pas être elle-même dans la so­cié­té contem­po­raine, c’est une so­cié­té d’hommes avec des lois écrites par les hommes. Les conseillers et les juges éva­luent le com­por­te­ment fé­mi­nin à par­tir d’un point de vue mas­cu­lin ». Tel est le constat que fe­ra le dra­ma­turge. Lor­raine de Sa­ga­zan s’ins­pire sans doute de cette phrase, mais ra­conte l’his­toire à l’en­vers. Tor­vald, l’époux de No­ra, a ma­gouillé pour que cette der­nière puisse ob­te­nir un poste pres­ti­gieux dans une grande banque. Lors­qu’elle ap­prend la mal­ver­sa­tion, No­ra est anéan­tie. Tor­vald s’in­ter­roge sur la condi­tion fé­mi­nine, il va sans doute quit­ter son foyer.

Une pièce an­crée dans le siècle

Ib­sen re­fu­sait qu’on ac­cole à son nom le mot de fé­mi­niste. Mais dans son oeuvre, la cause des femmes est sou­vent abor­dée. Il sou­tient les com­bats du fé­mi­nisme nais­sant. En ce­la, Lor­raine De Sa­ga­zan ne le tra­hit pas. La forme très contem­po­raine de son adap­ta­tion peut dé­sta­bi­li­ser ceux qui connaissent l’oeuvre d’Ib­sen. L’ar­gent, la vie fa­cile, l’égalité (dif­fi­cile) entre les sexes, sont au coeur de son pro­pos. Sa « Mai­son de pou­pée » s’ancre dans le siècle. Sa pièce est ad­mi­ra­ble­ment dé­fen­due par d’ex­cel­lents co­mé­diens. Lu­crèce Car­mi­gnac, Jo­na­than Co­hen, Jeanne Favre, An­to­nin Meyer Es­quer­ré et Ben­ja­min Tho­lo­zan sont pleins de fougue et de ta­lent. Tous mènent l’his­toire sans ja­mais faillir. Ils nous font rire, ils nous émeuvent, nous étonnent. Il ar­rive que l’on se sente proche de cha­cun d’eux. Après tout, qui n’a ja­mais vé­cu des si­tua­tions si­mi­laires ? Le pu­blic du Théâtre de Cor­nouaille, par­mi le­quel ont pris place des col­lé­giens qui ont tra­vaillé avec les co­mé­diens, ap­plau­dit. Ova­tion am­ple­ment mé­ri­tée !

Des co­mé­diens épa­tants, au ser­vice d'une pièce qui pas­sionne.

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