Des vaches... nour­ries à l’herbe !

Une ques­tion qui peut sem­bler quelque peu sau­gre­nue… et pour­tant pas si éloi­gnée des réa­li­tés de ter­rains des agri­cul­teurs du Bo­cage. Au­jourd’hui, nous sommes loin de l’image d’Épi­nal de la vache brou­tant la prai­rie à l’ombre des pom­miers en fleurs…

Le Voix - Le Bocage - - La Une - Lau­ra Bau­dier

Après la se­conde guerre mon­diale, il a fal­lu pro­duire en quan­ti­té, les po­li­tiques agri­coles ont fa­vo­ri­sé l’agran­dis­se­ment des fermes et l’es­sor de la culture du maïs qui per­met aux vaches de pro­duire plus de lait. Une bonne par­tie des bo­vins sont au­jourd’hui es­sen­tiel­le­ment nour­ris avec de l’en­si­lage de maïs. Or, le maïs étant riche en éner­gie mais pauvre en pro­téines, il est né­ces­saire d’équi­li­brer l’ali­men­ta­tion des vaches nour­ries au maïs par du so­ja (qui pro­vient en très grande par­tie d’Amé­rique La­tine et donc au dé­tri­ment des cultures vi­vrières) ou du col­za. Sur les ex­ploi­ta­tions, ces in­trants ont un coût, qu’il soit fi­nan­cier ou en­vi­ron­ne­men­tal. De plus en plus d’éle­veurs ré­flé­chissent à d’autres sys­tèmes de pro­duc­tion lai­tiers, en di­mi­nuant la part de maïs ou en pas­sant en sys­tème tout herbe.

Le maïs in­utile ?

Ins­tal­lé sur son ex­ploi­ta­tion à Saint-Ger­main-de-Tal­le­vende de­puis 1985 (en GAEC de­puis 1990), Oli­vier An­ger, pos­sède en­vi­ron 85 vaches lai­tières avec une ré­fé­rence de 500 000 litres de lait à pro­duire an­nuel­le­ment (6 500 litres bruts par vache an­nuel­le­ment). Sur le site de Cou­lonces, il pos­sède 50 vaches al­lai- tantes, un ate­lier de tau­rillons et 50 hec­tares de cé­réales. Soit 180 hec­tares pour l’en­semble du GAEC.

Cet éle­veur en est convain­cu de­puis le dé­but : le sys­tème tout her­ba­ger est un gain de temps et d’ar­gent pour lui. « Avec le maïs, pour moi en tout cas, c’est plus de tra­vail : entre la se­mence, le trai­te­ment, le tra­vail du sol, etc. J’ai tou­jours été convain­cu que le maïs était in­utile, c’est pour­quoi j’ai tou­jours été en sys­tème tout herbe mais je ne sa­vais pas faire pâ­tu­rer mes vaches » , ex­plique Oli­vier An­ger qui nour­rit son chep­tel uni­que­ment à l’herbe.

Des ca­bi­nets de conseil, à l’ins­tar de Pâ­tu­reSens, ou des as­so­cia­tions telles que les Ci­vam (Centre d’ini­tia­tives pour va­lo­ri­ser l’agriculture et le mi­lieu ru­ral), ac­com­pagnent les éle­veurs dans leur chan­ge­ment vers un sys­tème plus her­ba­ger et plus pâ­tu­rant afin d’op­ti­mi­ser la res­source et maxi­mi­ser l’herbe. « Nous sommes là pour ai­der l’agri­cul­teur à adap­ter ses pra­tiques à la phy­sio­lo­gie des gra­mi­nées et du trèfle et op­ti- mi­ser la ges­tion de ses prai­ries en pre­nant en consi­dé­ra­tion les be­soins du trou­peau » , ex­plique Guillaume Ba­loche, consul­tant en pro­duc­tion bo­vin viande et lait à Pâ­tu­reSens, qui a ai­dé Oli­ver An­ger à mettre en place « des plans de ges­tion adap­tés au par­cel­laire, au chep­tel et aux ob­jec­tifs de l’ex­ploi­ta­tion. » Ils ont ain­si re­vu la taille des pad­docks ain­si que la conduite du pâ­tu­rage sur l’en­semble des quelque 30 hec­tares ac­ces­sibles aux vaches lai­tières.

De­puis qu’il est sui­vi par un conseiller, Oli­ver An­ger af­firme avoir « ga­gné 10 % à 30 % en pro­duc­ti­vi­té an­nuelle par rap­port à ce que je fai­sais avant. J’ai plus d’herbes à l’hec­tare donc plus de lait. » Il fait au­jourd’hui pâ­tu­rer ses vaches, qui tournent sur 40 pad­docks, 10 mois sur 12. « Le sys­tème tout herbe per­met d’être au­to­nome en azote et de pou­voir se pas­ser de so­ja. » Mais alors pour­quoi la ma­jo­ri- té des agri­cul­teurs conti­nuent-ils à pro­duire du maïs et à im­por­ter du so­ja ? « C’est cultu­rel » , se­lon Guillaume Ba­loche. « Glo­ba­le­ment, c’est un sys­tème ca­li­bré, On a ou­blié la culture de l’herbe. » Et pour­tant, le conseiller af­firme que ce n’est pas une ques­tion de taille du chep­tel : « Au Pays de Galles, j’ai dé­jà vu jus­qu’à 800 vaches plein air. »

Mais de plus en plus d’éle­veurs, écoeu­rés du prix du lait, se tournent vers le sys­tème tout herbe : « En temps de crise, les ex­ploi­ta­tions qui font pâ­tu­rer les vaches s’en sortent mieux » , ex­plique l’éle­veur. « Les gens sont en train de prendre conscience de ça » , ajoute- t- il. « En termes de tra­vail et de qua­li­té de vie, le sys­tème her­ba­ger re­vient au ga­lop » , af­firme Guillaume Ba­loche.

Les CI­VAM (ba­sés à Vassy) sont des as­so­cia­tions d’agri­cul­teurs qui font la pro­mo­tion des sys­tèmes her­ba­gers pâ­tu­rants éco­nomes et au­to­nomes. Il est im­por­tant de se ques­tion­ner sur l’au­to­no­mie en in­trants mais aus­si sur l’au­to­no­mie dé­ci­sion­nelle de l’agri­cul­teur. Ces groupes d’agri­cul­teurs se réunissent ré­gu­liè­re­ment pour échan­ger sur le pâ­tu­rage, les sys­tèmes her­ba­gers, la du­ra­bi­li­té des sys­tèmes, leur ques­tionne- ment du mo­ment… Le col­lec­tif per­met de ras­su­rer et de par­ta­ger ses ex­pé­riences.

Voi­là donc deux fa­çons de re­mettre le pâ­tu­rage au coeur des dis­cus­sions agri­coles car ne l’ou­blions pas, « la vache, c’est une barre de coupe à l’avant et un épan­deur à l’ar­rière ! » , comme le dit si bien An­dré Po­chon ! Ce re­gain d’in­té­rêt pour l’herbe semble en tout cas fa­vo­ri­ser des éco­no­mies d’in­trants, de tra­vail, d’in­ves­tis­se­ment qui per­mettent aux sys­tèmes her­ba­gers d’être plus ré­si­lients face à la baisse des prix.

Être au­to­nome Un re­gain d’in­té­rêt pour l’herbe

Guillaume Ba­loche et Oli­vier An­ger.

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