Cour­val en dan­ger

Deux ans après l’an­nonce de la mise en vente de la Com­man­de­rie des Tem­pliers de Cour­val, ce vé­ri­table tré­sor pa­tri­mo­nial nor­mand conti­nue de se dé­té­rio­rer.

Le Voix - Le Bocage - - La Une - Lau­ra Bau­dier

Si­tuée en plein centre de l’ex Basse-Nor­man­die, la Com­man­de­rie des Tem­pliers de Cour­val se trouve sur la com­mune de Vassy (Val­dal­lière). Elle fait par­tie in­té­grante de l’his­toire des Che­va­liers du Temple, qui vé­curent ici jus­qu’en 1308.

Oui mais voi­là le site est au­jourd’hui en état d’aban­don, ce que dé­plore Loïc Pré­vost, qui sou­haite ac­qué­rir ce bien. Ré­si­dant en Ven­dée, il sou­haite re­ve­nir dans la ré­gion : de­puis avril der­nier, il vi­site alors plu­sieurs corps de ferme jus­qu’à ce qu’un ami lui fasse dé­cou­vrir le fa­meux site. Cet amou­reux des vieilles pierres a un vé­ri­table coup de coeur. En ef­fec­tuant des re­cherches sur la Com­man­de­rie, il ap­prend en li­sant notre ar­ticle ré­di­gé il y a deux ans que la Com­man­de­rie est en vente au prix de 180 000 €. Il prend alors contact avec le pro­prié­taire qui l’au­to­rise à se rendre sur les lieux.

« Tout est à re­faire »

« Le bien est ar­ri­vé à l’état de ruines, tout est à re­faire à com­men­cer par l’as­sai­nis­se­ment et la toi­ture qui s’ef­fondre. Je pense que le pro­prié­taire n’est pas conscient de l’état d’aban­don de son

bien… » , re­grette Loïc Pré­vost. En mai der­nier, il lui fait part de ses consta­ta­tions et lui fait une offre : « Votre prix ini­tial se­ra di­vi­sé par 4. » Ce que le pro­prié­taire re­fuse : « Il reste fixé sur 180 000 €, ce prix

étant plus cher que le prix d’ac­qui­si­tion en 2005, dans un état ha­bi­table, et après

12 ans d’aban­don » , dé­plore Loïc Pré­vost, pho­tos en main du lo­gis et de la cha­pelle à l’époque où l’as­so­cia­tion les en­tre­te­nait. Au­jourd’hui, sur les murs ex­té­rieurs de la cha­pelle, le lierre a pris pos­ses­sion de la pierre. À l’in­té­rieur, des lé­zardes fis­surent les murs et la char­pente com­men­ce­rait à bou­ger aux dires de cer­tains.

Plu­sieurs points étonne Loïc

Pré­vost : « Com­ment se fait-il que le Conseil Ré­gio­nal qui achète un bien 27 000 € le re­vende 155 000 €… ? »

Tout tra­vaux réa­li­sé sur un site clas­sé doit avoir re­çu au préa­lable une au­to­ri­sa­tion avant d’être en­re­gis­tré aux Bâ­ti­ments

de France. « La seule chose que j’ai trou­vée est un do­cu­ment mon­trant que des tra­vaux de toi­ture ont été réa­li­sés en 2008 pour un mon­tant de 3 700 € dont 1 500 € de sub­ven­tions » , ex­plique Loïc Pré­vost, do­cu­ment à l’ap­pui. « Je ne peux pas vous dire s’il y a eu d’autres tra­vaux réa­li­sés de­puis, mais en 2014 je n’avais pas vu beau­coup de tra­vaux ré­cents » , af­firme Phi­lippe Ro­chas, conser­va­teur ré­gio­nal des mo­nu­ments his­to- riques à la Di­rec­tion ré­gio­nale des af­faires cultu­relles (Drac) de Nor­man­die. Ce que confirme Ar­mel Du­bourg, pro­prié­taire des lieux, joint par té­lé­phone ce mer­cre­di 27 sep­tembre.

Le rôle de la Drac

Com­ment se fait- il donc qu’hor­mis les tra­vaux de toi­ture, au­cun autre tra­vaux n’ait été réa­li­sé de­puis 2008 pour pré­ser­ver ce pa­tri­moine clas­sé mal­gré son « très grand in­té­rêt ar­chi

tec­tu­ral » , comme l’a af­fir­mé le conser­va­teur ré­gio­nal, dont le rôle même est de pro­té­ger et de sau­ve­gar­der le Pa­tri­moine, à Loïc Pré­vost ?

Lors­qu’un bien est clas­sé, le Code du Pa­tri­moine dis­pose que le pro­prié­taire a la res­pon­sa­bi­li­té de la conser­va­tion du­dit bien. Des contrôles sont as­su­rés par les ser­vices de l’État char­gés des mo­nu­ments his­to­riques afin de vé­ri­fier leurs états de fa­çon à as­su­rer leur pé­ren­ni­té. « Le pro­prié­taire est maître d’ou­vrage des tra­vaux, on dit qu’il est le pre­mier conser­va­teur de son mo­nu­ment, il a la charge de sa bonne conser­va­tion. Les ser­vices de l’État sont là pour ac­com­pa­gner le pro­prié­taire » , ex­plique Phi­lipe Ro­chas qui s’est ren­du sur le site en 2014 en com­pa­gnie du pro­prié­taire de la Com­man­de­rie. « On lui a rap­pe­lé les aides qui pou­vaient exis­ter : on peut sub­ven­tion­ner les tra­vaux à hau­teur de 40 % no­tam­ment. Je n’ai pas de

contact de­puis. » En 2014, un ar­chi­tecte des Bâ­ti­ments de France conseillait au pro­prié­taire de mu­rer l’en­trée de la cha­pelle, le chan­tier ne semble pas avoir vu le jour.

Oui mais voi­là, si un pro­prié­taire n’ef­fec­tue pas les tra­vaux pré­co­ni­sés par les ser­vices de la Drac, que se passe-t-il ? « L’État peut se sub­sti­tuer au pro­prié­taire pour réa­li­ser des tra­vaux de conser­va­tion quand le mo­nu­ment est en état de ruines et qu’il y a des me­naces sur la dis­pa­ri­tion du mo­nu­ment. C’est ce qu’on ap­pelle des tra­vaux d’of­fice. Mais cette pro- cé­dure est très rare, on peut les comp­ter sur les doigts de la main. Ce n’est pas en­core le cas au­jourd’hui » , ex­plique

Phi­lippe Ro­chas. « Il y a 3 000 mo­nu­ments clas­sés en Nor­man­die, on ne peut pas être au pied des édi­fices. Il est dif­fi­cile d’in­ter­ve­nir s’il n’y a pas de me­nace » , ajoute-t-il.

Si un pro­prié­taire n’est pas en ca­pa­ci­té, a mi­ni­ma, d’as­su­rer les tra­vaux sur son bien clas­sé, il peut être en­clin à vendre. Bien que le site soit au­jourd’hui en vente, Loïc Pré­vost a quelques in­ter­ro­ga­tions : « Je n’ai vu le bien chez au­cun no­taire ni dans au­cune agence im­mo­bi­lière… » Mais Ar­mel Du­bourg le confirme bel et bien : « La Com­man­de­rie est tou­jours en vente. »

Laurent Fis­cus aler­té

Loïc Pré­vost ne compte pas en res­ter là puis­qu’il a lan­cé une pro­cé­dure de sau­ve­garde en adres­sant il y a un mois un cour­rier au Pré­fet du Cal­va­dos, Laurent Fis­cus, qui a une obli­ga­tion de ré­ponse sous deux mois après ré­cep­tion du cour­rier. Le cour­rier a éga­le­ment été adres­sé au Mi­nis­tère de la Culture : « Je sou­haite tou­jours ache­ter, mais pas à 180 000 € ! Je veux que le lierre, les ronces soient vi­rées et que l’eau ne rentre plus dans les char­pentes et que les Bâ­ti­ments de France tra­vaillent avec moi et non pas contre moi » , ex­plique Loïc Pré­vost qui doute que « quel­qu’un veuille ache­ter la Com­man­de­rie à ce prix… .s’il trouve je se­rai content, du mo­ment que ce pa­tri­moine est sau­vé. »

Af­faire à suivre… À moins que ven­deur et ache­teur ne s’ac­cordent sur le prix d’ici là…

Des zones d’ombre Le site tou­jours en vente

Après. La Com­man­de­rie au­jourd’hui…

Avant. La Com­man­de­rie à l’époque où l’as­so­cia­tion s’en oc­cu­pait.

Au rond-point de Saint-Ger­main-du-Crioult, on peut en­core trou­ver le pan­neau de si­gna­li­sa­tion, ins­tal­lé par le Conseil dé­par­te­men­tal, in­di­quant l’em­pla­ce­ment de la Com­man­de­rie…

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