Les ly­céens se mo­bi­lisent pour Fis­ton

L'Echo Sarthois - - La ferté-bernard -

Mer­cre­di, les ly­céens de Ro­bert-Garnier à La Fer­té-Ber­nard se sont ras­sem­blés pour sou­te­nir leur ca­ma­rade de se­conde, me­na­cé d’ex­pul­sion.

Il est mi­di moins le quart quand les pre­miers ly­céens com­mencent à se ras­sem­bler sur le par­king de­vant le ly­cée Ro­bert-Garnier. Au compte goûte, pan­cartes et ban­de­roles à la main, les élèves ar­rivent sous les yeux des gen­darmes pos­tés au loin.

Ce ras­sem­ble­ment a été or­ga­ni­sé par les ly­céens pour sou­te­nir Fis­ton, élève en se­conde ges­tion, me­na­cé d’ex­pul­sion. Ori­gi­naire de Ré­pu­blique Dé­mo­cra­tique du Con­go, il est ar­ri­vé en France en fé­vrier 2016. Il est au­jourd’hui sous le coup d’une obli­ga­tion de quit­ter le ter­ri­toire et d’in­ter­dic­tion de re­ve­nir en France.

« Il est sco­la­ri­sé chez nous de­puis oc­tobre 2016. C’est un mi­neur iso­lé » , ex­plique Eu­la­lie Le­mor, CPE du ly­cée. « Les élèves et en­sei­gnants ont été aver­tis mar­di au re­tour des va­cances » , ra­conte la CPE. Les élèves prennent les de­vants et se mo­bi­lisent. Ils créent une pé­ti­tion sur pa­pier et sur in­ter­net via le site Change.org.

Mi­neur iso­lé et fra­gile

L’as­so­cia­tion Ré­seau Édu­ca­tion Sans Fron­tière (RESF) a été pré­ve­nue tar­di­ve­ment du ras­sem­ble­ment. « C’est une ré­ac­tion spon­ta­née de so­li­da­ri­té des ly­céens. Ça prouve que le jeune est bien per­çu » , ra­conte Ber­nard Le­brun, porte-pa­role de l’as­so­cia­tion.

Il suit le par­cours de Fis­ton de­puis son ar­ri­vée en France : « C’est un mi­neur très fra­gile. Il a eu un pas­sé dou­lou­reux. Les équipes édu­ca­tives ont sou­li­gné sa fra­gi­li­té sur le plan psy­cho­lo­gique » .

In­té­gré dans son ly­cée et sou- te­nu par ses ca­ma­rades, le por­te­pa­role as­sure que le jeune est en sé­cu­ri­té : « au sens large du terme. Il a be­soin de soins et est sui­vi psy­cho­lo­gi­que­ment. Il en a be­soin pour se re­cons­truire » .

Acte de nais­sance non va­lide

En France de­puis un an, Fis­ton est pris en charge par l’aide so­ciale à l’en­fance. « Ses pa­piers d’iden­ti­té ont été consi­dé­rés comme faux tar­di­ve­ment » , ex­plique Ber­nard Le­brun.

La pré­fec­ture or­donne une ex­per­tise os­seuse sur le jeune Con­go­lais pour dé­ter­mi­ner son âge. Une ra­dio du poi­gnet est ef­fec­tuée et les ré­sul­tats montrent qu’il est ma­jeur. Un non-sens pour l’as­so­cia­tion : « C’est une mé­thode très contes­table. Ce test date du dé­but des an­nées 50. Chez cer­taines po­pu­la­tions, les mi­neurs ont une mor­pho­lo­gie d’adulte bien plus tôt que d’autres » . Ce test d’un autre temps vient contre­dire les ana­lyses psy­cho­lo­giques réa­li­sées sur Fis­ton.

Le ly­céen, avec l’aide de l’as­so­cia­tion, a dé­po­sé une de­mande de titre de sé­jour pour rai­son mé­di­cale. « Je n’ai ja­mais vu une dé­ci­sion aus­si lourde pour un jeune. C’est une ma­nière de sor­tir de cette si­tua­tion par le haut. Ce sont des pro­cé­dures qui sont très longues » , ra­conte Ber­nard Le­brun.

Per­son­nel et élèves mo­bi­li­sés

Face aux élèves et aux pro­fes­seurs, de­vant le ly­cée, le por­te­pa­role de l’as­so­cia­tion fait un point sur la si­tua­tion et re­mer­cie les élèves de leur élan de so­li­da­ri­té : « C’est la meilleure chose que vous pou­vez faire » .

De­puis une di­zaine d’an­nées, le ly­cée fer­tois a été épar­gné par les risques d’ex­pul­sion des élèves. Chez les pro­fes­seurs c’est « l’in­com­pré­hen­sion mê­lée à une cer­taine in­di­gna­tion. Le but est de les in­té­grer dans la vie. Ce genre de chose est contraire à notre mé­tier et à ce en quoi on croit » .

Les élèves ne sont pas en reste. « Quand on connaît la per­sonne on fait tout pour qu’elle reste » , es­time une in­terne du ly­cée. « C’est dé­gueu­lasse » , peste un ly­céen. Pierre Veillé

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.