« Je fais ça pour le plai­sir ! »

L'Echo Sarthois - - Vie régionale -

À Bes­sé-sur-Braye, Mi­chel Rous­seau a bâ­ti plu­sieurs tours consti­tuées de pierres, de tuiles ou d’ar­doises re­cy­clées. Une ar­chi­tec­ture ori­gi­nale qu’il a mis une di­zaine d’an­nées à cons­truire.

«À chaque fois que j’en avais fi­ni une, il me res­tait des pierres. Alors je re­com­men­çais ! » C’est comme ça que, pe­tit à pe­tit, Mi­chel Rous­seau a construit ces drôles de tours ins­tal­lées au bord de la route qui vient de La Chartre, à l’en­trée de Bes­sé-sur-Braye.

Ori­gi­naire de Sa­vi­gny- surB­raye, il a « traî­né ses go­dasses un peu par­tout mais ce n’était rien d’ex­tra­or­di­naire » , ra­conte-t-il en sou­riant. Ado­les­cent, il a d’abord tra­vaillé dans des fermes avant de par­tir faire son ser­vice mi­li­taire en Al­gé­rie.

Deux ans après, « en 1959, je suis ren­tré en France et il n’y avait plus de place pour ai­der dans les ex­ploi­ta­tions agri­coles car les ma­chines étaient ar­ri­vées ! » Il part alors à An­gers suivre une for­ma­tion pour tra­vailler dans le bâ­ti­ment. Chez les Com­pa­gnons, le jeune homme ap­prend le mé­tier de ma­çon.

Deux ans en Afrique

Les an­nées passent, il part à Nantes et de­mande à s’ex­pa­trier. « Mon di­rec­teur m’a en­voyé chez les vo­lon­taires du pro­grès. Je suis al­lé vivre deux ans en Ré­pu­blique Cen­tra­fri­caine pour ap­prendre aux gens à tra­vailler dans le bâ­ti­ment » , ra­conte Mi­chel.

En sou­riant, il ajoute : « Pour nous, c’était des va­cances agréables. J’ai vu des élé­phants, des ga­zelles, des hip­po­po­tames… J’ai en­core toutes les pho­tos ! »

De re­tour en France, il s’ins- talle à Sa­vi­gny chez ses pa­rents et change de voie. Il est em­bau­ché dans une usine d’in­jec­tion plas­tique pen­dant sept ans avant de re­joindre l’usine de Bes­sé en 1973. Ville où il ren­contre sa femme, s’ins­talle et passe sa re­traite. C’est là que cet homme ac­tif achète un ter­rain où il com­mence ses construc­tions.

« Le but de ce ter­rain, c’était d’avoir un es­pace à moi où me pro­me­ner. Il y avait des pierres au bout, alors je les ai ras­sem­blées pour y mettre des fleurs. »

« Je suis un col­lec­tion­neur »

De fil en ai­guille, il as­semble les pierres avec des ob­jets de ré­cu­pé­ra­tion, comme des ar­doises qu’il monte les unes sur les autres de ma­nière har­mo­nieuse. « Je me sers dans les dé­charges et par­fois je trouve des ob­jets dans les bro­cantes. Car avant tout, je suis un col­lec­tion­neur ! J’aime ce qui est rare et in­so­lite » , dit-il en mon- trant une tour agré­men­tée de vieilles bou­teilles de vin, et une autre d’une plaque por­tant la men­tion « of­ferte par Mau­rice Le­roy, pré­sident du con­seil gé­né­ral du Loir-et-Cher » .

« Ça, je l’ai dé­tour­née ! C’est une plaque qui se trou­vait sur une coupe de spor­tif. Mau­rice Le­roy n’est pas ve­nu ici mais il est le bien­ve­nu s’il veut » , ri­gole fran­che­ment Mi­chel Rous­seau, âgé au­jourd’hui de 81 ans.

Au to­tal, il lui a fal­lu près de dix an­nées pour réa­li­ser ses construc­tions. Et de temps en temps, des au­to­mo­bi­listes, cu­rieux, s’ar­rêtent. Cer­tains lui laissent même une pe­tite pièce.

« Ça fait tou­jours plai­sir ! Moi je fais ça par pas­sion, la ri­chesse ne m’in­té­resse pas. Qu’est- ce que vous vou­lez que j’en fasse ! On me de­mande par­fois si c’est dif­fi­cile, mais fran­che­ment, ce n’est pas dur d’en­tas­ser des pierres, il ne faut pas sor­tir de Saint-Cyr pour y ar­ri­ver ! Je tra­vaille de mes mains et voir les gens s’y in­té­res­ser est une

belle ré­com­pense. C’est ça le bon­heur, le réel. Au­jourd’hui, plus per­sonne ne sait tra­vailler sans ma­chine. Il n’y en a que pour le vir­tuel, c’est in­fer­nal ! »

« Je me suis pris au jeu »

Sa dé­marche de créer avec des ob­jets de ré­cu­pé­ra­tion rap­pelle l’es­prit du Pa­lais idéal du Fac­teur che­val dans la Drôme ou en­core ce­lui de Ray­mond Isi­dore créa­teur de la mai­son Pi­cas­siette, re­cou­verte de mo­saïque et de por­ce­laine.

« Je suis content quand on me com­pare à ces gens­là. Moi, j’ai fait ça comme ça, je me suis pris au jeu. Mais c’est vrai que j’ai­me­rais bien, un jour, al­ler au Pa­lais idéal du Fac­teur Che­val. »

Man­quant dé­sor­mais d’es­pace sur son ter­rain, Mi­chel Rous­seau ai­me­rait pour­suivre son oeuvre sur le ter­rain d’à cô­té.

« Il ap­par­tient à la mai­rie, il fau­drait que j’écrive au maire pour de­man­der l’au­to­ri­sa­tion, et que le con­seil mu­ni­ci­pal m’ac­corde ce droit. C’est tout un ba­zar alors je ne l’ai pas en­core fait. Mais de toute fa­çon, quand je ne se­rai plus là, j’en­vi­sage de lé­guer tout ça à la com­mune, à condi­tion qu’elle en­tre­tienne le lieu. »

Et peut- être qu’un jour, le nom de Mi­chel Rous­seau cô­toie­ra ceux de Ray­mond Isi­dore et Fer­di­nand Che­val au rang des ar­tistes re­le­vant du cou­rant de l’ar­chi­tec­ture naïve.

Lu­cile AGERON

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