Un pre­mier re­ma­nie­ment plus po­li­tique que pré­vu

Le mi­nistre de la Co­hé­sion des ter­ri­toires, Ri­chard Fer­rand, va quit­ter le gou­ver­ne­ment pour prendre la pré­si­dence du groupe La Ré­pu­blique En marche à l’As­sem­blée.

Les Echos - - LA UNE -

Le re­ma­nie­ment tech­nique de­vient un re­ma­nie­ment po­li­tique. L’en­tou­rage d’Em­ma­nuel Ma­cron a confir­mé lun­di soir le dé­part de Ri­chard Fer­rand du gou­ver­ne­ment. Il est ap­pe­lé à prendre la pré­si­dence du groupe, plé­tho­rique, de La Ré­pu­blique En marche à l’As­sem­blée. Epin­glé pour une af­faire im­mo­bi­lière peu après sa no­mi­na­tion, Ri­chard Fer­rand était de­ve­nu un poids po­li­tique pour Em­ma­nuel Ma­cron, qui a bâ­ti sa can­di­da­ture à la pré­si­den­tielle sur le re­nou­vel­le­ment et la fin de cer­taines pra­tiques dé­criées. Mais le dé­pu­té du Fi­nis- tère, ré­élu lar­ge­ment di­manche der­nier, n’est pas pla­car­di­sé. Loin de là. A la tête du groupe par­le­men­taire le plus im­por­tant à l’As­sem­blée, il se­ra un rouage es­sen­tiel de la mise en oeuvre des ré­formes en­clen­chées par l’exé­cu­tif, à com­men­cer par celle de la ré­forme du droit du tra­vail. Il de­vra as­su­rer la co­hé­sion d’un groupe très lar­ge­ment com­po­sé de nou­veaux dé­pu­tés.

Ce­la de­vait être un re­ma­nie­ment tech­nique, pro­cé­dure clas­sique après des lé­gis­la­tives. Il se­ra fi­na­le­ment beau­coup plus po­li­tique. Nom­mé il y a un mois mi­nistre de la Co­hé­sion des ter­ri­toires, Ri­chard Fer­rand va quit­ter son poste pour prendre la pré­si­dence du groupe La Ré­pu­blique En marche (LREM) à l’As­sem­blée. « Em­ma­nuel Ma­cron a de­man­dé à Ri­chard Fer­rand de quit­ter le gou­ver­ne­ment pour bri­guer la pré­si­dence du groupe LREM » , a in­di­qué l’en­tou­rage du chef de l’Etat. Une sanc­tion-pro­mo­tion pour ce com­pa­gnon de la pre­mière heure du chef de l’Etat.

Mis en cause peu après sa no­mi­na­tion suite à des in­for­ma­tions du « Ca­nard en­chaî­né » re­la­tives à une opé­ra­tion im­mo­bi­lière réa­li­sée au pro­fit de sa com­pagne lors­qu’il était di­rec­teur gé­né­ral des Mu­tuelles de Bre­tagne, Ri­chard Fer­rand était sous le feu des cri­tiques. La jus­tice a ou­vert une en­quête pré­li­mi­naire, fra­gi­li­sant en­core plus sa po­si­tion. Il in­car­nait des pra­tiques que les Fran­çais re­jettent. Dans la fou­lée, avait sur­gi l’af­faire des em­plois d’as­sis­tants par­le­men­taires du Modem payés par le Par­le­ment eu­ro­péen. Fon­dé sur le re­nou­vel­le­ment et l’in­té­gri­té en po­li­tique, le pre­mier gou­ver­ne­ment d’Em­ma­nuel Ma­cron a dé­bu­té sur une fausse note que le pro­jet de loi de mo­ra­li­sa­tion de la vie pu­blique, pré­sen­té mer­cre­di en Conseil des mi­nistres, n’a pas réus­si à faire taire.

Pour au­tant, Ri­chard Fer­rand hé­rite d’un poste ô com­bien stra­té­gique. Il de­vra veiller à la co­hé­sion et à l’ef­fi­ca­ci­té d’un groupe plé­tho­rique, fort de 308 membres, et très ma­jo­ri­tai­re­ment com­po­sé de nou- velles têtes. Elu dé­pu­té en 2012 sous l’éti­quette so­cia­liste, il connaît les ar­canes du Pa­lais-Bour­bon, no­tam­ment pour avoir été rap­por­teur de la loi Ma­cron en 2015. Proche par­mi les proches d’Em­ma­nuel Ma­cron, qui s’était au dé­but re­fu­sé à le li­mo­ger pour ne pas cé­der à la pres­sion, il a la confiance ab­so­lue du pré­sident après avoir été un rouage clef de sa cam­pagne pré­si­den­tielle.

Une question sen­sible

La no­mi­na­tion de Ri­chard Fer­rand à la tête du groupe devrait être ava­li­sée ce week-end lors du sé­mi­naire des dé­pu­tés LREM. Elle per­met au lo­ca­taire de l’Ely­sée de régler une question sen­sible, alors que plu­sieurs noms cir­cu­laient pour la fonc­tion sans qu’au­cun n’émerge réel­le­ment. Jean-Luc Mé­len­chon en­tend, lui, me­ner un com­bat fron­tal contre la ré­forme du droit du tra­vail. « J’in­forme le nou­veau pou­voir que pas un mètre du ter­rain du droit so­cial ne lui se­ra cé­dé sans lutte », a dé­cla­ré au soir de son élec­tion le lea­der de La France in­sou­mise et nou­veau dé­pu­té de Mar­seille. Le pré­sident de l’As­sem­blée na­tio­nale se­ra élu le 27 juin, lors de la séance inau­gu­rale de la XVe lé­gis­la­ture.

Edouard Phi­lippe doit pré­sen­ter la dé­mis­sion de son gou­ver­ne­ment, comme le veut l’usage. Il s’est ren­du lun­di soir à l’Ely­sée pour com­po­ser avec Em­ma­nuel Ma­cron un nou­veau gou­ver­ne­ment. Le Pre­mier mi­nistre va s’at­ta­quer dans la fou­lée au chan­tier budgétaire. La mise en oeuvre du pro­gramme fis­cal d’Em­ma­nuel Ma­cron s’an­nonce en ef­fet dé­li­cate. Alors que la Cour des comptes doit rendre son au­dit fin juin, Edouard Phi­lippe pré­pare dé­jà les es­prits à un éta­le­ment dans le temps des me­sures pro­mises lors de la cam­pagne pré­si­den­tielle. « Je ne peux pas me pro­non­cer sur ce que nous al­lons faire en ma­tière fis­cale dans les deux à trois mois qui viennent, avant de dis­po­ser d’une vi­sion pré­cise de nos fi­nances pu­bliques », dé­clare -t-il dans un en­tre­tien à « L’Ex­press » à pa­raître ce mar­di. « Si nous nous si­tuons plu­tôt au­des­sus du dé­fi­cit an­non­cé, ce­la chan­ge­ra né­ces­sai­re­ment cer­taines choses. » Or, il est presque ac­quis que la Cour des comptes aler­te­ra sur un dé­ra­page du dé­fi­cit au-de­là de l’en­ga­ge­ment de 3 % pris au­près de nos par­te­naires eu­ro­péens. Si Edouard Phi­lippe as­sume la prio­ri­té, qui est la baisse de co­ti­sa­tions sa­la­riales fi­nan­cée par la hausse de 1,7 point de la CSG, il se montre beau­coup plus pru­dent concer­nant la mise en oeuvre des autres me­sures (ré­forme de l’ISF, fis­ca­li­té du ca­pi­tal, CICE, exo­né­ra­tion des heures sup­plé­men­taires, taxe d’ha­bi­ta­tion…). —

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