La Co­rée du Sud en­gage sa sor­tie du nu­cléaire

La part de l’atome va pas­ser de 30 % à 20 % du mix élec­trique d’ici à 2030.

Les Echos - - LA UNE - Yann Rous­seau le­se­chos­ja­pan@gmail.com

ÉNER­GIE Cin­quième pro­duc­teur mon­dial d’élec­tri­ci­té d’ori­gine nu­cléaire, la Co­rée du Sud ne pro­lon­ge­ra pas la du­rée d’ex­ploi­ta­tion de ses cen­trales, a an­non­cé le nou­veau pré­sident Moon Jae-in. Il va aus­si re­fu­ser la construc­tion de nouvelles tranches. Une an­nonce qui pour­rait por­ter un nou­veau coup au sec­teur.

En juin 1977, lors de l’al­lu­mage du ré­ac­teur 1 de la centrale de Ko­ri, si­tuée près de Bu­san, l’exé­cu­tif sud­co­réen avait sa­lué, avec cette pre­mière centrale, l’en­trée du pays dans l’ère du nu­cléaire. Qua­rante ans plus tard, le nou­veau pré­sident sud-co­réen s’est aus­si mis en scène au pied de la tranche 1 du site. Mais, en­tou­ré de jeunes en­fants, il a, cette fois, ap­puyé sur un buz­zer en­clen­chant sym­bo­li­que­ment l’ar­rêt dé­fi­ni­tif de Ko­ri 1 et la sor­tie pro­gres­sive de la Co­rée du Sud du nu­cléaire. « J’ai pro­mis de construire une Ré­pu­blique de Co­rée sûre. Nous al­lons donc abo­lir notre po­li­tique éner­gé­tique cen­trée sur le nu­cléaire et pro­gres­ser vers une ère sans nu­cléaire », a lan­cé le chef de l’Etat.

Is­su du centre-gauche, Moon Jae-in avait pro­mis au fil de sa cam­pagne de bou­le­ver­ser la po­li­tique éner­gé­tique du pays, qui s’ est im­po­sé comme l’ une des plus grandes puis­sances de l’éner­gie nu­cléaire ci­vile. L’an der­nier, la Co­rée du Sud gé­né­rait en­core près de 30 % de son élec­tri­ci­té grâce à 25 ré­ac­teurs. Si le pré­sident re­con- naît que l’atome a pro­fi­té au dé­ve­lop­pe­ment de la pé­nin­sule en lui of­frant une éner­gie plus sûre et moins pol­luante que le char­bon ou le pé­trole, qu’elle doit im­por­ter en qua­si-to­ta­li­té, il es­time que cette lé­gi­ti­mi­té a perdu de sa force. « Jus­qu’à pré­sent, la po­li­tique éner­gé­tique du pays était cen­trée sur l’ef­fi­ca­ci­té et les bas coûts. Mais ce­la doit chan­ger main­te­nant que notre prio­ri­té est axée sur la sé­cu­ri­té et l’en­vi­ron­ne­ment », a-t-il jus­ti­fié.

Vi­rage stra­té­gique

Le gou­ver­ne­ment es­time que la confiance de l’opi­nion pu­blique dans le nu­cléaire a été mise à mal par la ca­tas­trophe deFu­kus hi ma au Ja­pon, en 2011, puis par la ré­vé­la­tion, un an plus tard, de plu­sieurs scan­dales de mal­ver­sa­tion dans la construc­tion de plu­sieurs cen­trales co­réennes. Les vio­lents séismes de l’au­tomne, au sud de la pé­nin­sule, ont en­core ali­men­té les doutes d’une par­tie de la po­pu­la­tion sur la sé­cu­ri­té des sites nu­cléaires, et de graves épi­sodes de pol­lu­tion à Séoul ont re­lan­cé le dé­bat sur le faible poids des éner­gies re­nou­ve­lables dans le mix éner­gé­tique.

Convain­cu que le pays est mûr pour un vi­rage stra­té­gique, Moon Jae-in a in­di­qué qu’il al­lait pro­gres­si­ve­ment éteindre la to­ta­li­té des ré­ac­teurs, au fur et à me­sure qu’ils at­tein­dront leur fin de cycle, et qu’il al­lait, pa­ral­lè­le­ment, re­fu­ser la construc­tion de nouvelles tranches. Deux d’entre elles doivent être mises en ser­vice en 2022.

Avec un tel plan, Séoul es­time que le nu­cléaire ne re­pré­sen­te­ra que 20 % de son mix éner­gé­tique à l’ho­ri­zon 2030. Ayant éga­le­ment pro­gram­mé la fer­me­ture de toutes les cen­trales ther­miques au char­bon de plus de trente ans, l’exé­cu­tif es­time que ce com­bus­tible ne pè­se­ra que 21,8 % dans la pro­duc­tion d’élec­tri­ci­té dans quinze ans, contre 40 % au­jourd’hui. Pour com­pen­ser ces fer­me­tures, le pays de­vra construire de nouvelles cen­trales au gaz pour qu’elles gé­nèrent au moins 37 % du cou­rant. Sur la sé­quence, le poids des éner­gies re­nou­ve­lables de­vra pas­ser de 4,7 % à 20 % en 2030.

S’ils disent com­prendre la lo­gique du chef de l’Etat, les experts et les élec­tri­ciens du pays l’ont mis en garde contre une pro­bable hausse des ta­rifs de l’élec­tri­ci­té et contre l’im­pact po­ten­tiel de cette re­con­ver­sion sur la ré­pu­ta­tion des grands groupes éner­gé­tiques co­réens à l’in­ter­na­tio­nal. Un ar­rêt du sou­tien pu­blic au nu­cléaire ris­quant de dé­rou­ter les ca­pi­tales sus­cep­tibles d’ache­ter les ré­ac­teurs du géant Kep­co.

« Jus­qu’à pré­sent, la po­li­tique éner­gé­tique du pays était cen­trée sur l’ef­fi­ca­ci­té et les bas coûts. Mais ce­la doit chan­ger main­te­nant que notre prio­ri­té est axée sur la sé­cu­ri­té et l’en­vi­ron­ne­ment. » MOON JAE-IN Pré­sident de la Ré­pu­blique de Co­rée

Pho­to AFP

Le nou­veau pré­sident sud-co­réen, Moon Jae-in, lors de la cé­ré­mo­nie pour l’ar­rêt du ré­ac­teur Ko­ri-1.

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