ROCKET IN­TER­NET RETENTE LA VOIE DE LA BOURSE

Le hol­ding al­le­mand va in­tro­duire en Bourse sa fi­liale de li­vrai­son de re­pas. La concur­rence est fé­roce sur ce mar­ché dy­na­mique, qui at­tire aus­si Uber et Ama­zon.

Les Echos - - LA UNE - Thi­baut Ma­de­lin @Thi­bautMa­de­lin — Cor­res­pon­dant à Ber­lin

Le groupe In­ter­net al­le­mand va in­tro­duire en B ourse De­li­ver y He­ro (Foo­do­ra), dont il dé­tient 36 %. Il compte ain­si ob­te­nir des li­qui­di­tés sur un mar­ché hy­per concur­ren­tiel.

C’est le test de l’an­née pour Rocket In­ter­net. Le hol­ding des frères Sam­wer s’ap­prête à pla­cer à la Bourse de Franc­fort le 30 juin sa fi­liale de li­vrai­son de re­pas De­li­ve­ry He­ro, dont il dé­tient en­vi­ron 36 %. L’opé­ra­tion pro­met d’être suivie de près : elle va­lo­rise la so­cié­té, qui opère no­tam­ment sous les marques Foo­do­ra ou Food­pan­da, entre 3,9 et 4,4 mil­liards d’euros. Les 39 mil­lions de titres pla­cés, dont près de la moi­tié se­ront nou­veaux, de­vraient va­loir quelque 927 mil­lions d’euros. La four­chette de prix se si­tue entre 22 et 25,50 euros par ac­tion. A l’is­sue de l’opé­ra­tion, Rocket res­te­ra ac­tion­naire de De­li­ve­ry He­ro (entre 26 et 29 %).

Deux ans après l’an­nu­la­tion de la mise en Bourse de sa fi­liale de li­vrai­son de pro­duits frais Hel­loF­resh, et trois ans après sa propre IPO, qui a été suivie par une chute de son cours de plus de 60 %, Rocket In­ter- net se pré­pare ain­si à un deuxième test avec les mar­chés. « Son ave­nir dé­pend beau­coup de ce pla­ce­ment », juge un bu­si­ness an­gel ber­li­nois. S’il se passe bien, l’em­pire al­le­mand de la tech au­ra dou­blé la va­leur de son in­ves­tis­se­ment de dé­part et pour­rait re­mettre sur les rails la mise en Bourse de Hel­loF­resh. L’opé­ra­tion pour­rait éga­le­ment re­pré­sen­ter un si­gnal fort pour le reste du sec­teur.

Un hol­ding à la ré­pu­ta­tion contro­ver­sée

En cas d’échec, tou­te­fois, le mo­dèle éco­no­mique de Rocket In­ter­net risque de sus­ci­ter des ques­tions après la perte his­to­rique de 741 mil­lions d’euros en 2016. Le géant al­le­mand dé­ve­loppe des jeunes pousses à la vi­tesse grand V pour en faire des lea­ders mon­diaux, quitte à faire de lourdes pertes dans les pre­mières an­nées. Dans le cas de De­li­ver y He­ro, les frères Sam­wer sont mon­tés au ca­pi­tal en 2015 en ache­tant une par­ti­ci­pa­tion de quelque 30 % pour 500 mil­lions d’euros. L’an­née d’après, Rocket In­ter­net cé­dait à De­li­ve­ry He­ro sa part de 50 % dans Food­pan­da pour un mon­tant es­ti­mé à 300 mil­lions.

Signe de la ré­pu­ta­tion contro­ver­sée de Rocket, cri­ti­qué pour son opa­ci­té et sa culture of­fen­sive, De­li­ve­ry He­ro es­saie le plus pos­sible de se dis­tin­guer du hol­ding et met au contraire son in­dé­pen­dance en avant. « Rocket ne joue au­cun rôle opé­ra­tion­nel et ne siège pas au conseil », in­siste une source proche de la so­cié­té. En d’autres temps, la simple pré­sence de l’in­cu­ba­teur au ca­pi­tal au­rait été per­çue comme un gage de sé­rieux.

Créé à Ber­lin en 2011, De­li­ve­ry He­ro livre des re­pas concoc­tés par plus de 150.000 res­tau­rants dans 40 pays en Eu­rope, au MoyenO­rient, en Amé­rique la­tine ou en As ie . La soc ié té comp te 11.000 em­ployés, dont 5.000 li­vreurs connus pour leurs sacs à dos en forme de cube. L’an­née der­nière, elle a en­re­gis­tré un chiffre d’af­faires de 297 mil­lions d’euros, en hausse de près de 80 %, pour une perte avant im­pôt de 202 mil­lions. Elle vise l’équi­libre opé­ra­tion­nel en an­née pleine en 2019.

« Le lan­ce­ment de notre IPO est un pas im­por­tant et ex­ci­tant pour nous, a dé­cla­ré lun­di le sué­dois Nik­las Öst­berg, pa­tron de De­li­ve­ry He­ro. Nous vou­lons croître le plus vite pos­sible et la pro­fi­ta­bi­li­té vient avec la crois­sance. »

De l’ar­gent frais pour fi­nan­cer la crois­sance

De quoi sé­duire cer­tains in­ves­tis­seurs : le mois der­nier, le groupe de mé­dia sud-afri­cain Nas­pers a in­jec­té 387 mil­lions d’euros dans la so­cié­té en échange d’en­vi­ron 10 % du ca­pi­tal. Cet ar­gent frais, et les 450 mil­lions d’euros que doit per­ce­voir la so­cié­té avec l’in­tro­duc­tion en Bourse, doivent fi­nan­cer la crois­sance et rem­bour­ser un cré­dit de 273 mil­lions d’euros ar­ri­vant à échéance en 2018.

Sur ce mar­ché en plein boom, la concur­rence ne chôme pas. L’amé­ri­cain GrubHub, le bri­tan­nique Just Eat et le néer lan­da is Ta­kea­way.com ont ré­cem­ment été in­tro­duits en Bourse. Par ailleurs, de nou­veaux ac­teurs aux poches pleines se lancent, à l’ins­tar des en­tre­prises tech­no­lo­giques amé­ri­caines Uber (UberEATS) et Ama­zon. Pas question pour De­li­ve­ry He­ro de se lais­ser rat­tra­per.

La so­cié­té al­le­mande est el­le­même en adap­ta­tion constante. Après avoir tour­né le dos au mar­ché chi­nois en mars 2016, elle est en train de cé­der sa fi­liale bri­tan­nique Hun­gry­house à son concur­rent lo­cal Just Eat, pour 228 mil­lions d’euros. Après cette opé­ra­tion, sou­mise au feu vert des au­to­ri­tés de la concur­rence, De­li­ve­ry He­ro ne se­ra plus pré­sente au Royaume-Uni. In­ver­se­ment, la so­cié­té étend son ré­seau dans d’autres ré­gions. Elle vient d’an­non­cer l’ac­qui­si­tion de Car­riage au Moyen-Orient et s’est al­liée en Po­logne avec la chaîne de res­tau­rants AmRest.

Pho­to Krisz­tian Boc­si/Bloom­berg

De­li­ve­ry He­ro opère no­tam­ment sous les marques Foo­do­ra ou Food­pan­da.

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