LES BANQUES VEULENT MONÉTISER LEURS DON­NÉES

● Banques et fin­tech veulent co­opé­rer via des in­ter­faces de pro­gram­ma­tion. ● Mais elles ne sont pas d’ac­cord sur le par­tage de va­leur.

Les Echos - - LA UNE - Edouard Le­de­rer @EdouardLe­de­rer

Les banques ac­ceptent peu à peu de don­ner aux fin­tech un ac­cès li­mi­té à leurs don­nées clients. Mais le par­tage de va­leur ne fait pas en­core consen­sus.

Bon gré mal gré, les banques se mettent à l’heure de l’« open ban­king ». Sous la pres­sion des start-up de la finance ou des géants de l’In­ter­net – qui ha­bi­tuent les clients à de nou­veaux usages mo­biles et des par­cours « sans couture » –, les grandes banques ont com­pris leur in­té­rêt à co­opé­rer tou­jours da­van­tage avec les fin­tech : il peut s’agir d’hé­ber­ger ou d’in­ves­tir dans de jeunes pousses et, de fa­çon plus étroite, d’au­to­ri­ser de fa­çon ca­drée l’ac­cès à cer­taines don­nées clients, afin de créer de nou­veaux ser­vices via des in­ter­faces de pro­gram­ma­tion dé­diées, les API (lire ci-des­sous). « Après une phase de haus­se­ments d’épaules, puis par­fois d’an­ta­go­nisme, banques et fin­tech sont par­ve­nues à une étape de co­opé­ra­tion » , es­time Sta­nis­las de Roys, « se­nior vice-pre­sident » en charge des ser­vices fi­nan­ciers chez Cap­ge­mi­ni Con­sul­ting.

L’évo­lu­tion cultu­relle a eu lieu. L’en­jeu est net­te­ment plus pro­saïque : comment ga­gner de l’ar­gent grâce à ces nouvelles API ? Leurs ré­ponses se re­coupent, mais di­vergent sur cer­tains points, ré­vèle une étude pu­bliée lun­di par Cap­ge­mi­ni (« World Re­tail Ban­king Re­port » 2017), qui a in­ter­ro­gé 126 banques et fin­tech dans le monde. Ain­si, du point de vue des banques, la meilleure fa­çon de monétiser les API se­rait le par­tage de re­ve­nus (pour 48 % des banques in­ter­ro­gées)… Une idée bien moins en­thou­sias­mante pour les fin­tech, qui ne sont que 27 % à croire en ce mo­dèle.

Des chiffres à in­ter­pré­ter avec pru­dence, mais qui peuvent illus­trer une di­ver­gence d’approche : la banque es­time que, grâce à l’ac­cès aux don­nées, la fin­tech a créé un ser­vice et qu’il est juste qu’elle ré­cu­père une part de ce « gâ­teau ».

Vi­sion in­verse pour la start-up, qui a in­ven­té un bu­si­ness et ne veut pas gra­ver dans le marbre le par­tage de re­ve­nus. Du coup, sans sur­prise, le sys­tème du péage (« tran­sac­tion fees ») fait plu­tôt consen­sus : une ta­ri­fi­ca­tion di­recte est ap­pli­quée chaque fois qu’une tran­sac­tion a eu lieu au tra­vers de l’API. Cette op­tion convainc les start-up à 54,3 %, et 43,5 % des banques.

Chef d’or­chestre 2.0

Equi­libre presque par­fait, éga­le­ment (avec près de 30 %), pour un mo­dèle dit de « API call fees » : cette fois la ta­ri­fi­ca­tion est ap­pli­quée à chaque fois qu’une tierce par­tie se sert de l’API, qu’il y ait ou non tran­sac­tion. D’autres mo­dèles, plus pré­cur­seurs, in­té­ressent pour l’heure moins les fin­tech et les banques : ils sup­posent que la banque dé­ve­loppe une ac­ti­vi­té

dé­diée aux API, avec de nouvelles fonc­tion­na­li­tés de conseil ou de sup­port tech­nique ap­por­té aux par­te­naires. « On peut très bien ima­gi­ner que la banque de­vienne un édi­teur d’API, qui per­mette à une fin­tech de se bran­cher sur un cer­tain type de don­nées – par exemple, le cré­dit im­mo­bi­lier pour toutes les banques qui par­ta­ge­raient un même stan­dard tech­nique » , ex­plique Sta­nis­las de Roys. Dans ce scé­na­rio, outre son rôle de prê­teur, la banque évo­lue­rait vers une fonc­tion de chef d’or­chestre 2.0 de la don­née clients.

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