A droite, les cou­teaux sont ti­rés

Les dé­pu­tés LR nou­vel­le­ment élus sont in­vi­tés à choi­sir leur pré­sident de groupe ce mer­cre­di.

Les Echos - - FRANCE - Isa­belle Fi­cek ifi­cek@le­se­chos.fr

Ils n’ont plus vrai­ment en­vie de vivre en­semble. Mais au­cun ne veut por­ter la res­pon­sa­bi­li­té du di­vorce. Peut-être même se­ront-ils contraints ou vont-ils ten­ter de res­ter un temps sous le même toit, sans pour au­tant croire un ra­bi­bo­chage pos­sible. Pour les dé­pu­tés LR élus ou ré­élus di­manche, les len­de­mains de lé­gis­la­tives sont dif­fi­ciles. Ils sont plus nom­breux qu’ils ne le pen­saient (113), mais conscients que, face à la « lourde dé­faite » su­bie et aux di­vi­sions in­ternes, « tout est à re­cons­truire, du sol au pla­fond » .

Le vi­sage du groupe élu di­manche va évi­dem­ment jouer un rôle dans cette re­cons­truc­tion. L’As­sem­blée va être le pre­mier ter­rain d’af­fron­te­ment entre ceux, der­rière Thier­ry So­lère et Franck Ries­ter, prêts à vo­ter la confiance au gou­ver­ne­ment, les « construc­tifs », et les autres, par­ti­sans soit d’une op­po­si­tion « construc­tive mais vi­gi­lante », dixit Da­mien Abad, qui pour­rait bri­guer la pré­si­dence du groupe, soit d’une op­po­si­tion plus fron­tale, der­rière Ch­ris­tian Ja­cob. Les pre­miers se réunis­saient lun­di soir pour en­vi­sa­ger la suite : au me­nu, créa­tion ou pas d’un groupe au­to­nome et re­vue des forces en pré­sence, quand, sou­ligne l’un d’eux, « beau­coup ne sont pas en­core sor­tis du bois mais sont sur notre ligne ».

Sauf que les « construc­tifs » – dont le so­bri­quet à droite est « La France sou­mise » [sous-en­ten­du à En marche, NDLR] – sont at­ten­dus au tour­nant par une par­tie du groupe. Même le se­cré­taire gé­né­ral de LR, Ber­nard Ac­coyer, a lâ­ché di­manche que, sans l’en­trée au gou­ver­ne­ment de trois mi­nistres de droite, « il y au­rait eu cer­tai­ne­ment plu­sieurs di­zaines de dé­pu­tés LR et UDI sup­plé­men­taires » … Ré­élu dans les Alpes-Ma­ri­times, Eric Ciot­ti a poin­té dans les « construc­tifs » des

« Je vais vou­loir vo­ter toutes les bonnes ré­formes. Je ne vais ja­mais mê­ler ma voix à celle de Mé­len­chon. »

THIER­RY SO­LÈRE Dé­pu­té LR Pho­to AFP

dé­pu­tés « qui n’ont pas été élus à la loyale », a-t-il at­ta­qué sur France In­ter, pro­té­gés car sans can­di­dat LREM en face d’eux. « Ils ont un lien de dé­pen­dance qu’ils doivent cla­ri­fier », a-t-il mar­te­lé. Une ma­nière de les pous­ser de­hors et mon­trer aus­si qu’ils sont mi­no­ri­taires.

Les choses de­vraient se cla­ri­fier ce mar­di et plus en­core mer­cre­di avec l’élec­tion à la pré­si­dence du groupe. Le vote de la confiance – mais aus­si la vo­lon­té des plus durs de dé­po­ser une mo­tion de cen­sure – se­ra une autre étape. « Les “construc­tifs” peuvent vite de­ve­nir les des­truc­tifs », a iro­ni­sé Brice Hor­te­feux au su­jet du vote de la confiance. Le re­ma­nie­ment est aus­si guet­té pour voir si d’autres per­son­na­li­tés de droite font leur en­trée au gou­ver­ne­ment. Au­tant de risques de nouvelles frac­tures. Dans un blog pu­blié lun­di, Alain Jup­pé liste les dé­fis de la droite et du centre, re­le­vant no­tam­ment ce­lui « de la ligne po­li­tique et de la vi­sion qu’une droite hu­ma­niste ré­gé­né­rée pour­ra pro­po­ser », conseillant :« Sa­chons prendre du temps ». Jean-Pierre Raf­fa­rin, fa­vo­rable à droite à une con­fé­dé­ra­tion, a twee­té :« Est-ce que la droite ré­pu­bli­caine est dé­ci­dée à aban­don­ner dé­fi­ni­ti­ve­ment ses élec­teurs qui ont vo­té Ma­cron ? Que faire pour la deuxième droite ? »A l’évi­dence, la ré­ponse n’est pas una­nime.

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