Le re­tour des agi­ta­teurs dans l’hé­mi­cycle

Aus­si bien Ma­rine Le Pen que Jean-Luc Mé­len­chon sont des ha­bi­tués des coups d’éclat. Mais ce der­nier re­garde dé­jà vers la rue.

Les Echos - - FRANCE - Re­naud Ho­no­ré @r_­ho­nore

Ce n’est pas en­core le re­tour de l’élo­quence de Gam­bet­ta ou Cle­men­ceau, mais à tout le moins d’un peu d’ani­ma­tion. Avec l’élec­tion de Jean-Luc Mé­len­chon et Ma­rine Le Pen, l’As­sem­blée na­tio­nale va voir dé­bar­quer des per­son­na­li­tés po­li­tiques ha­bi­tuées aux coups d’éclat de tri­bune. « L’hé­mi­cycle était de­ve­nu un théâtre as­sez se­con­daire pour le dé­bat pu­blic aux yeux de l’opi­nion. Sur le der­nier quin­quen­nat, à part ce­lui de Ma­nuel Valls en jan­vier 2015 ou ceux de Ch­ris­tiane Tau­bi­ra, on a du mal à se sou­ve­nir de dis­cours mar­quants » , note Ch­loé Mo­rin, di­rec­trice de l’Ob­ser­va­toire de l’opi­nion à la Fon­da­tion Jean-Jau­rès. De fait, à part lors du théâtre par­fois grand­gui­gno­lesque des ques­tions au gou­ver­ne­ment, c’est sur­tout une langue tech­no qui se fait en­tendre de­puis long­temps dé­jà à l’As­sem­blée.

« Dé­pu­té re­por­ter »

Les nou­veaux ve­nus de­vraient dé­ton­ner dans cette am­biance. Loué pour ses qua­li­tés d’ora­teur, Jean-Luc Mé­len­chon a don­né di­manche un avant-goût de ce qu’il ré­serve aux pe­tits nou­veaux de La Ré­pu­blique En marche avec un dis­cours en­flam­mé pré­ve­nant que « pas un seul mètre de ter­rain du droit so­cial ne s e ra cé­dé sans lutte » . En 2015, Ma­rine Le Pen avait pro­fi­té de la tri­bune du Par­le­ment eu­ro­péen pour mo­quer Fran­çois Hol­lande en « vi­ce­chan­ce­lier d’Al­le­magne » . Quant à Fran­çois Ruf­fin, il a dé­jà pré­ve­nu qu’il se­rait un « dé­pu­té re­por­ter » . Il y a quinze ans, lors de ses études au Centre de for­ma­tion des jour­na­lis- tes, il avait rem­pli en se­cret ses car­nets de pro­pos en­ten­dus dans les cou­loirs pour dé­zin­guer la sco­la­ri­té de l’école dans un livre pa­ru après l’ob­ten­tion de son di­plôme. Ses col­lègues dé­pu­tés sont pré­ve­nus…

Au-de­là des coups d’éclat, il n’est pas dit que ces nou­veaux ve­nus puissent pe­ser sur la fa­brique lé­gis­la­tive. « Ce n’est pas un groupe d’une ving­taine de dé­pu­tés, même fort d’un tri­bun, qui peut chan­ger les choses face à la ma­jo­ri­té de Ma­cron », es­time Ch­loé Mo­rin. Par ailleurs, aus­si bien Ma­rine Le Pen que JeanLuc Mé­len­chon ne se sont pas ca­rac­té­ri­sés par une grande ac­ti­vi­té au Par­le­ment eu­ro­péen. De fait, le lea­der de La France in­sou­mise re­garde dé­jà du cô­té de la rue et a ex­pli­qué que sa tâche consis­te­ra no­tam­ment à « ar­ti­cu­ler le groupe [par­le­men­taire] avec la lutte so­ciale » . Même to­na­li­té chez Fran­çois Ruf­fin, qui a pré­ve­nu lun­di sur RTL que, « si on se re­trouve face à un bloc mo­no­li­thique, ce se­ra à l’ex­té­rieur de l’As­sem­blée que ce­la va se pas­ser ».

Ni Ma­rine Le Pen ni Jean-Luc Mé­len­chon ne se sont ca­rac­té­ri­sés par une grande ac­ti­vi­té au Par­le­ment eu­ro­péen.

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