Le sec­teur pri­vé gagne du ter­rain sur les bancs de l’As­sem­blée

Près de la moi­tié des dé­pu­tés viennent du pri­vé, tan­dis que le nombre d’agri­cul­teurs a for­te­ment bais­sé.

Les Echos - - FRANCE - Hé­lène Gul­ly @Gul­ly­len Alexandre Rous­set @Alex_Rous­set

C’est un pro­fond re­nou­vel­le­ment qu’a connu l’As­sem­blée na­tio­nale à l’is­sue du se­cond tour des élec­tions lé­gis­la­tives de di­manche. L’âge moyen des dé­pu­tés est pas­sé à 49 ans, soit cinq ans de moins qu’au dé­but de la pré­cé­dente lé­gis­la­ture. Un ra­jeu­nis­se­ment qui s’ajoute à une forte fé­mi­ni­sa­tion : l’hé­mi­cycle ac­cueille main­te­nant 38,6 % de dé­pu­tées, près de 10 points de plus qu’en 2012. En­fin, trois quarts de ces par­le­men­taires, soit 432 dé­pu­tés, ne sont pas des dé­pu­tés sor­tants.

Cette XVe lé­gis­la­ture est aus­si mar­quée par la nette pro­gres­sion du sec­teur pri­vé sur les bancs de l’hé­mi­cycle. Si les fonc­tion­naires re­pré­sentent en­core un quart des dé­pu­tés, avec 144 re­pré­sen­tants, c’est 10 points de moins que lors de la pré­cé­dente lé­gis­la­ture, du­rant la­quelle ils étaient 211, soit 36,5 %.

Moins de fonc­tion­naires

Dans le dé­tail, la nou­velle re­pré­sen­ta­tion na­tio­nale compte 58 fonc­tion­naires des ca­té­go­rie sA,B, C, ain­si que 7 membres des grands corps d’Etat (Cour des comptes, Ins­pec­tion gé­né­rale des fi­nances, etc.). S’y ajoute un contin­gent d’une soixan­taine de pro­fes­seurs, qu’ils en­seignent à la fa­cul­té (25 %), dans le se­con­daire (42 %) ou en­core dans le pre­mier de­gré (12 %). Une quin­zaine de cadres ont aus­si tra­vaillé dans des en­tre­prises pu­bliques. En re­vanche, on ne dé­nombre que quatre em­ployés is­sus du ser­vice pu­blic.

En pas­sant de 235 à 279, le nombre de dé­pu­tés is­sus du sec­teur pri­vé pro­gresse de 8 points et re­pré­sente presque la moi­tié de l’hé­mi­cycle (48 %). Par­mi eux, on trouve 41 chefs d’en­tre­prise, dont 31 sont is­sus de l’alliance entre La Ré­pu­blique En marche et le Modem. Ces pa­trons di­rigent en ma­jo­ri­té des pe­tites en­tre­prises, bien loin des fleu­rons du CAC 40. Si la pa­ri­té n’est pas at­teinte, on compte tout de même une quin­zaine de femmes par­mi ces di­ri­geants d’en­tre­prise. Lors de la pré­cé­dente lé­gis­la­ture, on re­cen­sait 19 pa­trons, dont… au­cune femme.

Le nombre de cadres aug­mente éga­le­ment, pas­sant de 134 (23 % des dé­pu­tés) à 180, soit près d’un tiers de la re­pré­sen­ta­tion na­tio­nale. Ce qui en fait une ca­té­go­rie so­cio­pro­fes­sion­nelle sur­re­pré­sen­tée au Pa­laisBour­bon, car ils forment 17,7 % de la po­pu­la­tion ac­tive. Les cadres sont par­ti­cu­liè­re­ment ré­vé­la­teurs du pen­chant de l’hé­mi­cycle vers le pri­vé. Lors de la pré­cé­dente lé­gis­la­ture, 60 % des dé­pu­tés ayant le sta­tut de cadre ve­naient du sec­teur pu­blic, contre 40 % du pri­vé. Un rap­port de force qui s’est in­ver­sé avec cette nou­velle As­sem­blée. Par­mi ces dé­pu­tés is­sus du sec­teur pri­vé, on trouve aus­si 14 in­gé­nieurs, 7 com­mer­çants, 5 jour­na­listes, 3 re­pré­sen­tants de com­merce et un ar­ti­san.

Avec le fort re­nou­vel­le­ment des dé­pu­tés, on pour­rait croire que le nombre de « pro­fes­sion­nels de la po­li­tique » a bais­sé. Il n’en est rien, en tout cas a prio­ri. La nou­velle as­sem­blée compte 29 « per­ma­nents po­li­tiques » contre 60 lors de la pré­cé­dente lé­gis­la­ture. Un chiffre trom­peur, car les per­son­na­li­tés po­li­tiques ne se dé­clarent pas de la même fa­çon. Ain­si, si l’ an­cien mi­nistre Eric Woerth (LR) s’est dé­cla­ré comme « per­ma­nent po­li­tique », Ma­rine Le Pen s’est of­fi­ciel­le­ment pré­sen­tée comme avo­cate et Jean-Luc Mé­len­chon n’a dé­cla­ré au­cune pro­fes­sion...

Cer­taines pro­fes­sions sont tou­jours aus­si bien re­pré­sen­tées, no­tam­ment le monde ju­ri­dique, fort de 36 dé­pu­tés, dont 27 avo­cats et 3 ma­gis­trats. Lors de la pré­cé­dente lé­gis­la­ture, ils étaient 38, dont 29 avo­cats. Le sec­teur mé­di­cal aus­si, avec 32 re­pré­sen­tants : 24 mé­de­cins et 8 phar­ma­ciens. En 2012, ils étaient 35.

A l’in­verse, le nombre de re­trai­tés a for­te­ment re­cu­lé. Alors qu’ils étaient 106 lors de la pré­cé­dente lé­gis­la­ture, soit 18 %, ils ne sont plus que 39, soit 7 % des dé­pu­tés. Les re­trai­tés de­viennent ain­si sous­re­pré­sen­tés, eux qui com­posent un peu moins de 20 % de la po­pu­la­tion fran­çaise. D’autres ca­té­go­ries sont qua­si ab­sentes au Pa­lais Bour­bon, comme les étu­diants. La pré­cé­dente lé­gis­la­ture n’en ac­cueillait au­cun et la nou­velle n’en compte qu’une : Ty­pha­nie De­gois, élue sous l’éti­quette LREM en Sa­voie.

En re­vanche, la nou­velle As­sem­blée ne com­porte au­cun ou­vrier, contre quatre dans la pré­cé­dente lé­gis­la­ture. Une ab­sence criante alors que cette ca­té­go­rie so­cio­pro­fes­sion­nelle re­pré­sente 20 % de la po­pu­la­tion ac­tive.

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