Ukraine : Bruxelles pro­longe des sanc­tions contre Mos­cou

Alors que l’Union eu­ro­péenne cri­tique les sanc­tions vo­tées par le Sé­nat amé­ri­cain.

Les Echos - - MONDE - Yves Bour­dillon @yves­bour­dillon

L’Union eu­ro­péenne a pro­lon­gé lun­di pour un an, jus­qu’au 23 juin 2018, des sanc­tions contre la Rus­sie liées à son an­nexion de la Cri­mée en 2014. Alors même que les prin­ci­paux di­ri­geants de l’Union cri­ti­quaient le ren­for­ce­ment des sanc­tions amé­ri­caines contre Mos­cou la se­maine der­nière. Une contra­dic­tion qui n’est qu’ap­pa­rente, car il ne s’agit pas du tout du même type de sanc­tions. Le Conseil des mi­nistres des Af­faires étran­gères de l’Union s’est en ef­fet conten­té lun­di de pro­lon­ger l’in­ter­dic­ti­ton faite aux en­tre­prises eu­ro­péennes d’im­por­ter des biens et ser­vices de Cri­mée, d’y in­ves­tir ou d’y exer­cer des ac­ti­vi­tés tou­ris­tiques. Sus­pendre de telles sanc­tions re­ve­nait à re­con­naître l’an­nexion de la Cri­mée, ce qui est im­pos­sible pour les Eu­ro­péens à la fois sur le plan po­li­tique et ce­lui du droit in­ter­na­tio­nal.

Mais ces sanc­tions, cri­ti­quées par Mos­cou, n’ont pas une grande por­tée éco­no­mique, tout comme celles que l’Union a pro­lon­gées en mars der­nier, jus­qu’au 15 sep­tembre, contre 150 in­di­vi­dus, presque tous russes ou ukrai­niens, et 37 en­tre­prises im­pli­quées dans l’an­nexion de la Cri­mée et le conflit sé­pa­ra­tiste en Ukraine orien­tale.

Ré­sis­tance

Le mor­ceau de ré­sis­tance, au­quel Mos­cou est bien plus at­ten­tif, est ce­lui des sanc­tions contre des sec- teurs éco­no­miques en­tiers de la Rus­sie (fi­nances, éner­gie, dé­fense) dé­ci­dées en 2014, en vi­gueur jus­qu’au 31 juillet et dont la re­con­duc­tion, ou la sus­pen­sion fe­ra l’ob­jet d’un dé­but au Conseil eu­ro­péen d’ici là, ex­plique-t-on à la Com­mis­sion eu­ro­péenne.

Les sanc­tions prises par le Sé­nat des Etats-Unis jeu­di der­nier sont, elles, bien plus im­por­tantes… et af­fec­te­raient des grandes en­tre­prises eu­ro­péennes, ce qui ex­plique la ré­ac­tion cour­rou­cée de Ber­lin, Vienne et Pa­ris, ap­puyée par les autres Etats membres. Ces sanc­tions, en ré­ac­tion à la fois aux me­nées du Krem­lin en Ukraine et dans la cam­pagne élec­to­rale amé­ri­caine, doivent en­core être ap­prou­vées par la Chambre des re­pré­sen­tants et pro­mul­guées par Do­nald Trump. Pour­raient être sanc­tion­nées par des amendes, des re­stric- tions de cré­dits ban­caires et l’ex­clu­sion d’ap­pels d’offres aux EtatsU­nis les en­tre­prises par­ti­ci­pant à la construc­tion de pi­pe­lines russes. Ce qui vise le pro­jet Nord­stream 2 des­ti­né à ali­men­ter l’Eu­rope en gaz. Un pro­jet d’un mon­tant de 9,5 mil­liards d’euros entre Gaz­prom, le qua­si-mo­no­pole pu­blic de gaz russe et des groupes éner­gé­tiques eu­ro­péens, dont les al­le­mands Uni­per et Win­ter­shall (BASF), l’au­tri­chien OMV ou le fran­çais En­gie. Ce

« Le Sé­nat amé­ri­cain a pris une dé­ci­sion bi­zarre. » STEFFEN SEIBERT Porte-pa­role de la chan­ce­lière al­le­mande, An­ge­la Mer­kel

pro­jet était très dé­crié par la Po­logne et di­vers pays de l’Est al­liés de l’Al­le­magne. La chan­ce­lière al­le­mande, An­ge­la Mer­kel (CDU), pour­tant cri­tique sur le pro­jet Nord­stream 2, a ex­pri­mé ven­dre­di sa pré­oc­cu­pa­tion sur le vote du Sé­nat, après que son mi­nistre des Af­faires étran­gères, Sig­mar Ga­briel (SPD), a vi­ve­ment cri­ti­qué ce der­nier. Ber­lin fait va­loir que les sanc­tions contre la Rus­sie ne doivent pas me­na­cer l’approvisionnement en gaz de l’Union.

En outre, l’Al­le­magne re­fuse qu’une trame de sanc­tions prises en ré­ac­tion à la crise ukrai­nienne serve à pu­nir la Rus­sie pour des in­gé­rences sup­po­sées dans l’élec­tion amé­ri­caine, un tout autre su­jet. Pa­ris a pour sa part ap­pe­lé Wa­shing­ton a « res­pec­ter la co­or­di­na­tion avec ses al­liés » en ma­tière de sé­cu­ri­té et de po­li­tique in­dus­trielle.

Pho­to John Thys/AFP

La chan­ce­lière al­le­mande, An­ge­la Mer­kel (CDU), pour­tant cri­tique sur le pro­jet Nord­stream 2, a ex­pri­mé ven­dre­di sa pré­oc­cu­pa­tion sur le vote du Sé­nat.

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