Meilleure ré­pré­sen­ta­tion

Les Echos - - IDEES & DEBATS - Par Do­mi­nique Seux

La lo­gique schum­pé­té­rienne, ha­bi­tuelle et bien connue en éco­no­mie, s’est ap­pli­quée avec une vio­lence in­édite ce 18 juin à la po­li­tique fran­çaise. Les par­tis les plus an­ciens ap­pa­rais­sant in­ca­pables de pro­duire des idées nouvelles et de re­nou­ve­ler les têtes, les élec­teurs ont lan­cé le pro­ces­sus de « des­truc­tion créa­trice » théo­ri­sé par l’éco­no­miste au­tri­chien du dé­but du XXe siècle. En mai, ils avaient don­né sa chance à un nou­veau pré­sident sur­gi de nulle part et in­con­nu de l’opi­nion il y a trois ans. En juin, ils ont rem­pla­cé la grande ma­jo­ri­té des élus de l’As­sem­blée na­tio­nale. Le mode de scru­tin et la ré­forme de 2002, en ver­tu de la­quelle les lé­gis­la­tives suivent im­mé­dia­te­ment la pré­si­den­tielle, ont am­pli­fié le mou­ve­ment. Ce grand cham­bar­de­ment pro­duit sans doute des ef­fets étranges et trou­blants, quand, par exemple, des par­tis ayant ob­te­nu 20 % des voix au pre­mier tour de la pré­si­den­tielle se re­trouvent avec une poi­gnée d’élus. Mais il a au moins deux ver­tus. La pre­mière est que la pro­por­tion de femmes fait un grand pas en avant, même s’il est en­core in­suf­fi­sant. En marche n’a pas hé­ri­té du pas­sé et du choix des ré­in­ves­ti­tures, et y a ga­gné de la li­ber­té. La se­conde est que l’As­sem­blée ac­cueille da­van­tage de per­son­na­li­tés is­sues, se­lon le mot consa­cré quoique abs­cond, de la « so­cié­té ci­vile » – par op­po­si­tion à la so­cié­té mi­li­taire ? La pré­sence de da­van­tage de re­pré­sen­tants connais­sant le sec­teur pri­vé et les en­tre­prises est une bonne chose, qu’il s’agisse de cadres, de chefs d’en­tre­prise ou de pro­fes­sion­nels li­bé­raux – en re­vanche, la re­pré­sen­ta­tion ouvrière ou du monde des em­ployés est clai­re­ment in­suf­fi­sante. Non pas que l’Etat se gère comme une en­tre­prise ou que les élus le soient pour dé­fendre leurs in­té­rêts, mais une connais­sance concrète de la ma­jo­ri­té des em­plois de ce pays n’est pas inu­tile. Dans la pré­cé­dente lé­gis­la­ture, le sec­teur pu­blic do­mi­nait lar­ge­ment, et un élu sur dix était un an­cien per­ma­nent po­li­tique…

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