Si­nistre « Ce­ne­ren­to­la » à l’Opé­ra de Pa­ris

Les Echos - - IDEES & DEBATS - Phi­lippe Ven­tu­ri­ni

En l’ab­sence de toute ve­dette à l’af­fiche, c’est bien le Ros­si­ni « de » Guillaume Gal­lienne que l’on vient voir et, ac­ces­soi­re­ment, écou­ter au pa­laisGar­nier. On veut sa­voir comment le cé­lèbre ac­teur aborde son pre­mier spec­tacle ly­rique. Ré­ponse : avec une naï­ve­té dé­con­cer­tante et une ti­mi­di­té qui confine bien vite à l’en­nui. Ins­tal­ler cette « Ce­ne­ren­to­la » dé­ri­vée de « Cen­drillon » (la ma­râtre, la ci­trouille et la fa­meuse pan­toufle en moins) à Naples, donc à proxi­mi­té d’un vol­can prêt à se ré­veiller à tout mo­ment, se jus­ti­fie bien mal. Des di­zaines de li­vrets pour­raient alors faire le voyage en Cam­pa­nie. Et on n’ose pas ima­gi­ner un (im)pro­bable rap­pro­che­ment entre cette Cen­drillon, ap­pe­lée An­ge­li­na, et la cendre vol­ca­nique. Aus­si le dé­cor d’Eric Ruf, qu’on a connu plus ins­pi­ré, tout de rouge et de gris com­po­sé, pa­raît sans im­pli­ca­tion théâ­trale. Mais après tout, qu’im­porte, la géo­gra­phie ne dé­cide pas de la réus­site d’une mise en scène.

Or, la­dite mise en scène, in­digne d’un ar­tiste qu’on sait ta­len­tueux et in­tel­li­gent, laisse une triste im­pres­sion de su­per­fi­cia­li­té. Comme si Guillaume Gal­lienne n’avait pas su trans­mettre une concep­tion claire de cet opé­ra, pri­vant le pla­teau d’une di­rec­tion et d’une éner­gie in­dis­pen­sables. Aus­si les scènes se suc­cèdent-elles sans né­ces­si­té dra­ma­tique et sans en­train. « La Ce­ne­ren­to­la » n’est certes pas qu’une farce ou un opé­ra-bouffe, mais le li­vret fonc­tionne sur le qui­pro­quo (le prince se fait pas­ser pour un va­let) et la ca­ri­ca­ture (la belle-fa­mille d’An­ge­li­na). A vou­loir ab­so­lu­ment ex­pli­quer que le sort de Ce­ne­ren­to­la était ter­rible, Guillaume Gal­lienne a si­gné un spec­tacle si­nistre, sans res­sort, ni charme.

Mo­ro­si­té am­biante

Il est hé­las bien se­con­dé par Ot­ta­vio Dan­tone, in­ca­pable de faire sou­rire un or­chestre de l’Opé­ra de Pa­ris qui semble s’ac­quit­ter d’une cor­vée en traî­nant les pieds. La même mo­ro­si­té dé­teint sur un pla­teau vo­cal sans éclat qui, plus mo­ti­vé, au­rait sans doute pu don­ner da­van­tage. On ad­mire la no­blesse de la basse Ro­ber­to Ta­glia­vi­ni en Ali­do­ro, le phi­lo­sophe de cette his­toire où triomphe la bon­té. Ex­cel­lentes chan­teuses, Isa­belle Druet et Chia­ra Ske­rath (les de­mi-soeurs) au­raient mé­ri­té des per­son­nages plus tra­vaillés. Le té­nor amé­ri­cain Juan Jo­sé De Léon (le prince) a une voix gra­cile mais fra­gile. Mau­ri­zio Mu­ra­ro (Don Ma­gni­fi­co, le beau-père sans scru­pule) ca­bo­tine, et Te­re­sa Ier­vo­li­no, mez­zo-so­pra­no ita­lienne, pour­tant fa­mi­lière de Ros­si­ni, ap­pa­raît à l’image du spec­tacle : triste et sans sub­stance.

Pho­to Vincent Pon­tet / Opé­ra na­tio­nal de Pa­ri

La mise en scène de Guillaume Gal­lienne est in­digne d’un ar­tiste que l’on sait ta­len­tueux et in­tel­li­gent, et laisse une triste im­pres­sion de su­per­fi­cia­li­té.

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