Le po­pu­liste Beppe Grillo amorce un vi­rage sé­cu­ri­taire

Dé­fait aux mu­ni­ci­pales, le Mou­ve­ment 5 étoiles vise les mi­grants pour se re­lan­cer.

Les Echos - - IDEES & DEBATS - Oli­vier Tos­se­ri — Cor­res­pon­dant à Rome

La meilleure dé­fense est l ’a t t a q u e . Le Mou­ve­ment 5 étoiles l’a bien com­pris. De­puis sa dé­faite aux élec­tions mu­ni­ci­pales et sa ges­tion contes­tée de Rome, le par­ti de Beppe Grillo est sur la dé­fen­sive. Il est pas­sé du coup à l ’o f f e n s i v e contre… les mi­grants. Vir­gi­nia Rag­gi, la maire de la ca­pi­tale, de­mande ain­si au pré­fet d’ob­te­nir au­près du mi­nis­tère de l’In­té­rieur un « mo­ra­toire sur les nouvelles ar­ri­vées » qua­li­fiées d’ « in­con­trô­lées » . De­puis le mois de jan­vier, 65.000 mi­grants sont ar­ri­vés en Ita­lie (+ 17,3 % par rap­port à la même pé­riode de 2016) et le gou­ver­ne­ment s ’a t t e n d au dé­bar­que­ment d’en­vi­ron 140.000 mi­grants d’ici à la fin 2017.

Sur sa page Fa­ce­book, l’édile se plaint de la pres­sion mi­gra­toire in­sou­te­nable qui pèse sur sa ville et es­time « im­pos­sible, voire ris­qué, de per­mettre la créa­tion de nouvelles struc­tures d’ac­cueil ». Le mi­nis­tère de l’In­té­rieur lui a ré­pon­du sè­che­ment : « Rome doit prendre sa part et ac­cueillir 2.000 mi­grants sup­plé­men­taires. » Il a lan­cé en août der­nier un plan de ré­par­ti­tion équi­li­brée sur le ter­ri­toire, avec 2,5 mi­grants pour 1.000 ha­bi­tants en moyenne. Pour l’ins­tant, seules 2.800 com­munes sur 8.000 y ont adhé­ré. Rome, qui devrait prendre en charge 7.250 per­sonnes, n’en ac­cueille que 4.694 in­tra- mu­ros. Elles sont 5.500 à Mi­lan, deux fois moins peu­plée que la ca­pi­tale. Mais comme le fait no­ter l’équipe de Rag­gi, 9.000 mi­grants en­vi­ron sont d is­per­sés dans près de 80 struc­tures à Rome et dans sa ré­gion. Le plus sou­vent non re­cen­sés et vi­vant dans des condi­tions pré­caires.

Pour­tant, la mu­ni­ci­pa­li­té a bé­né­fi­cié du « bo­nus re­con­nais­sance » oc­troyé par le gou­ver­ne­ment pour gé­rer ce flux mi­gra­toire : 2,3 mil­lions d’euros entre la fin 2016 et le dé­bu t 20 17 à ra ison de 500 euros par mi­grant. Ils sont do­ré­na­vant in­dé­si­rables mais ne sont pas les seuls. La plainte de Vir­gi­nia Rag­gi s’est dou­blée de la me­nace de Beppe Grillo. Sur son blog, le chef du M5S aver­tit : « Main­te­nant à Rome on change de mu­sique. » Il sou­haite la fer­me­ture des camps roms et in­dique que « ceux qui se dé­clarent sans re­ve­nus et roulent dans des voi­tures de luxe se­ront chas­sés tout comme ceux qui men­dient dans le mé­tro avec des en­fants ». Un vi­rage an­tiim­mi­grés qui est plus lié à des cal­culs po­li­ti­ciens qu’à des convic­tions idéo­lo­giques. Ce dis­cours iden­tique à ce­lui de la Ligue du Nord ne pour­ra que plaire à cette der­nière. Qui se res­semble s’as­semble et c’est jus­te­ment ce que pour­raient faire les deux mou­ve­ments po­pu­listes lors des pro­chaines élec­tions où le mode de scru­tin pro­por­tion­nel ren­dra in­dis­pen­sable des al­liances pour for­mer un gou­ver­ne­ment.

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