La po­lé­mique enfle au­tour des vins es­pa­gnols au Sa­lon Vi­nex­po

Les im­por­ta­tions de vins es­pa­gnols sus­citent l’exas­pé­ra­tion de cer­tains vi­ti­cul­teurs.

Les Echos - - ENTREPRISES & MARCHES - Frank Nie­der­corn — Cor­res­pon­dant à Bor­deaux

C’est un choix qui a fait grin­cer des dents. L’Es­pagne est le « pays d’hon­neur » du Sa­lon Vi­nex­po, qui s’est of­fi­ciel­le­ment ou­vert di­manche à Bor­deaux. Avec une soi­rée consa­crée aux plus grands crus et aux stars de la gas­tro­no­mie hispanique. Une in­vi­ta­tion pour­tant ju­gée comme une « pro­vo­ca­tion » par les vi­ti­cul­teurs du Lan­gue­doc-Rous­sillon confron­tés aux im­por­ta­tions à bas prix de vins es­pa­gnols et à une baisse des cours après plu­sieurs an­nées d’em­bel­lie. « Il n’est pas nor­mal de faire de l’Es­pagne un in­vi­té de marque, alors que nous sommes vic­times d’une concur­rence faus­sée en rai­son de ré­gle­men­ta­tions fis­cale, en­vi­ron­ne­men­tale et so­ciale plus avan­ta­geuses », s’énerve Xa­vier Fabre, porte-pa­role du syn­di­cat des vi­gne­rons gar­dois.

Si mal­gré quelques craintes le Sa­lon n’a pas vu l’ombre d’un trac­teur ou d’un vi­ti­cul­teur en co­lère, leur voix s’est fait en­tendre et le su­jet s’est re­trou­vé au centre de la vi­site du mi­nistre de l’Agri­cul­ture, Jacques Mé­zard, lors de son inau­gu­ra­tion. « J’en­tends l’exas­pé­ra­tion qui peut exis­ter dans un cer­tain nombre de fi­lières, mais on ne fait pas avan­cer les dos­siers avec de la vio­lence », a ex­pli­qué le mi­nistre à l’AFP, fai­sant al­lu­sion à une sé­rie d’ac­tions me­nées contre la grande dis­tri­bu­tion ou le né­goce ac­cu­sés d’im­por­ter du vin es­pa­gnol à bas prix. No­tam­ment par le Co­mi­té ré­gio­nal d’ac­tion vi­ti­cole (CRAV), bras ar­mé sou­vent violent d’une par­tie du monde vi­ti­cole lan­gue­do­cien.

Ren­contre le 25 juillet à Pa­ris

Le pro­blème est par­ti­cu­liè­re­ment sen­sible de­puis plu­sieurs mois no­tam­ment sur les vins pre­miers prix ven­dus en Bag-in-Box. « De grandes en­seignes de la dis­tri­bu­tion et les plus gros né­go­ciants s’ali­mentent en vin es­pa­gnol pour des marques au nom fran­çais qui se four­nis­saient jus­qu’à pré­sent chez nous. L’ori­gine es­pa­gnole est sim­ple­ment no­tée au dos du pa­cka­ging et en tout pe­tit. Les consé­quences sont in­dis­cu­tables. L’an der­nier nous avons perdu 25 % de ventes en vo­lumes et les ex­por­ta­tions de­puis l’Es­pagne ont aug­men­té de 25 % », af­firme Xa­vier Fabre. Un phé­no­mène qui n’est pour­tant pas nou­veau, puisque, si l’Es­pagne est le pre­mier ex­por­ta­teur mon­dial de vin en vrac, la France est de­puis des an­nées son pre­mier client.

Le vin est pro­duit sur les 300.000 hec­tares de La Man­cha, im­mense vi­gnoble du sud de la pé­nin­sule, ali­men­tant de grosses ins­tal­la­tions in­dus­trielles. « Si ce vin ne coûte pas cher à pro­duire, c’est d’abord qu’il est payé une mi­sère aux agri­cul­teurs. C’est une honte pour l’Es­pagne et le signe d’un pays qui s’ap­pau­vrit. L’idéal se­rait d’ar­ra­cher une moi­tié de ce vi­gnoble de La Man­cha et d’y pro­duire autre chose », ex­plique Pe­dro Bal­les­te­ros, membre du pres­ti­gieux Ins­ti­tute of Mas­ters of Wine, en marge d’une confé­rence sur « Les vins es­pa­gnols à l’ex­port » sur le Sa­lon.

Jacques Mé­zard, qui a re­con­nu « des dif­fé­rences de prix » entre vins fran­çais et es­pa­gnols, doit ren­con­trer son ho­mo­logue es­pa­gnol, Isa­bel Gar­cia Te­je­ri­na, le 25 juillet à Pa­ris, pour dis­cu­ter du pro­blème.

Pho­to Ni­co­las Tu­cat/AFP

La soi­rée consa­crée aux plus grands crus et aux stars de la gas­tro­no­mie hispanique est ju­gée comme une « pro­vo­ca­tion » par les vi­ti­cul­teurs du Lan­gue­doc-Rous­sillon.

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