Une an­nonce qui porte un nou­veau coup au sec­teur

Les in­dus­triels jugent qu’une sor­tie du nu­cléaire pè­se­rait sur la fi­lière. Mais ils at­tendent la concré­ti­sa­tion des an­nonces.

Les Echos - - INDUSTRIE & SERVICES - Vé­ro­nique Le Billon @VLeBillon

Le mois der­nier, Kep­co E&C avait re­çu ins­truc­tion de ge­ler, le temps de la cam­pagne pré­si­den­tielle, les tra­vaux de concep­tion sur les deux ré­ac­teurs nu­cléaires APR 1400 pré­vus sur le site co­réen de Shin Ha­nul sur la côte est, où deux tranches sont dé­jà en construc­tion. Les an­nonces du pré­sident co­réen, qui vient de confir­mer son en­ga­ge­ment pour une sor­tie pro­gres­sive du nu­cléaire du cin­quième pro­duc­teur mon­dial (avec 25 ré­ac­teurs en ex­ploi­ta­tion fin 2016), ouvrent une pé­riode d’in­cer­ti­tudes, no­tam­ment sur la pré­sence co­réenne sur les mar­chés in­ter­na­tio­naux. Kep­co avait en ef­fet rem­por­té en 2009 un contrat à 20 mil­liards de dol­lars pour construire 4 ré­ac­teurs aux Emi­rats arabes unis, dont le pre­mier exem­plaire pour­rait en­trer en ser­vice l’an pro­chain. « Ils iront évi­dem­ment au bout de ce pro­gramme, mais vont-ils vou­loir conti­nuer à l’in­ter­na­tio­nal ? C’est com­pli­qué de vendre du nu­cléaire à l’étran­ger quand on dit qu’on n’en veut plus chez soi » , note une source in­dus­trielle fran­çaise. Et dans une conjonc­ture dé­gra­dée pour le nu­cléaire mon­dial, la dis­pa­ri­tion d’un concur­rent n’est pas for­cé­ment bé­né­fique. « S’il y a une at­tri­tion du nu­cléaire dans le monde, ce n’est pas bon pour nous » , pour­suit cette source fran­çaise.

Si EDF et Are­va en­tre­tiennent peu de liens com­mer­ciaux avec la Co­rée du Sud, l’amé­ri­cain Wes­tin­ghouse, du fait des liens his­to­riques entre la Co­rée du Sud et les EtatsU­nis, a été lar­ge­ment as­so­cié au pro­gramme émi­ra­ti. Et Kep­co avait fait part au prin­temps de son in­té­rêt pour re­prendre la part de To­shi­ba (l’ac­tion­naire de Wes­tin­ghouse en lourdes dif­fi­cul­tés fi­nan­cières) dans NuGen, l’un des pro­jets de construc­tion de ré­ac­teurs au Royaume-Uni.

Les in­dus­triels estiment tou­te­fois que l’his­toire n’est pas écrite. « La ci­né­tique est très longue. Nos col­lègues co­réens pensent que les choses peuvent beau­coup chan­ger dans le temps. C’est em­bê­tant mais pas su­per-alar­mant » , es­time une autre source in­dus­trielle. Un op­ti­misme qu’est loin de par­ta­ger Mycle Sch­nei­der, un ex­pert qui a tra­vaillé avec la mai­rie de Séoul sur un pro­gramme d’ef­fi­ca­ci­té éner­gé­tique, bap­ti­sé « One Less Nu­clear Po­wer

Dans une conjonc­ture dé­gra­dée, la dis­pa­ri­tion d’un concur­rent n’est pas for­cé­ment bé­né­fique.

Plant ». « C’est un ali­gne­ment entre la po­li­tique de la ville de Séoul et celle du pays. Et ce qu’a an­non­cé le pré­sident Moon, c’est une sor­tie or­ga­nique du nu­cléaire, ce qui est au­jourd’hui la dy­na­mique mon­diale » , ex­plique-t-il.

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