L’OCDE ex­horte la France à ap­pro­fon­dir les ré­formes

Pour l’or­ga­ni­sa­tion in­ter­na­tio­nale, les gains de pro­duc­ti­vi­té sont trop faibles pour main­te­nir la pro­tec­tion so­ciale. La dé­pense pu­blique fran­çaise est au plus haut.

Les Echos - - LA UNE - Guillaume de Ca­li­gnon @gca­li­gnon

En ren­dant jeu­di son rap­port sur la France à Bru­no Le Maire, le mi­nistre de l’Eco­no­mie et des Fi­nances, les ex­perts de l’Or­ga­ni­sa­tion de co­opé­ra­tion et de dé­ve­lop­pe­ment éco­no­miques (OCDE) ont dis­tri­bué les bons et mau­vais points à l’Hexa­gone. La ré­forme du Code du tra­vail et les plans pour l’in­ves­tis­se­ment et la crois­sance pré­sen­tés par le Pre­mier mi­nistre en dé­but de se­maine vont dans le bon sens, mais « il reste des dé­fis à re­le­ver », a in­sis­té An­gel Gur­ria, le se­cré­taire gé­né­ral de l’OCDE. Avec une dé­pense pu­blique qui re­pré­sen­tait 56,4 % du PIB l’an pas­sé, soit 12 points de plus qu’en Al­le­magne, la France est dé­sor­mais cham­pionne en la ma­tière par­mi les 35 pays de l’OCDE. L’Or­ga­ni­sa­tion met aus­si en avant la dif­fi­cul­té pour les tra­vailleurs en CDD à ob­te­nir un CDI, ain­si que les ef­forts né­ces­saires dans la for­ma­tion. Le gou­ver­ne­ment doit trans­mettre ce ven­dre­di les hy­po­thèses ma­croé­co­no­miques du bud­get au Haut Con­seil des fi­nances pu­bliques. La pré­vi­sion de crois­sance reste fixée à 1,7 % pour 2018.

« Tri­mestre sa­tis­fai­sant, la di­rec­tion est la bonne, conti­nuez vos ef­forts. »

C’est un peu le ré­su­mé du rap­port de l’Or­ga­ni­sa­tion de co­opé­ra­tion et de dé­ve­lop­pe­ment éco­no­miques (OCDE) ren­du jeu­di au mi­nistre de l’Eco­no­mie, Bru­no Le Maire. L’ins­ti­tu­tion a re­vu à la hausse sa pré­vi­sion de crois­sance cette an­née à 1,7 % pour la France, le ni­veau le plus éle­vé de­puis 2011.

« Les ré­formes dé­jà en­ga­gées comme la ré­duc­tion de l’im­pôt sur le tra­vail [le cré­dit d’im­pôt pour la com­pé­ti­ti­vi­té et l’em­ploi, NDLR] com­mence à por­ter leurs fruits », a sou­li­gné An­gel Gur­ria, le se­cré­taire gé­né­ral de l’OCDE. « Le plan pour l’in­ves­tis­se­ment et la crois­sance pré­sen­té en dé­but de se­maine de­vrait ai­der à re­don­ner du souffle à la crois­sance », tan­dis que « la ré­forme du Code du tra­vail de­vrait ai­der à re­tour­ver un équi­libre entre un mar­ché du tra­vail plus in­clu­sif tout en étant suf­fi­sam­ment flexible ».

Voi­là pour les bons points.

Il est vrai que la lec­ture des 163 pages du rap­port de l’OCDE montre de nom­breuses si­mi­li­tudes avec le pro­gramme d’Em­ma­nuel Ma­cron. Tou­te­fois, « il reste des dé­fis à re­le­ver », a es­ti­mé An­gel Gur­ria, dans un doux eu­phé­misme.

La France est dé­sor­mais la cham­pionne de la dé­pense pu­blique par­mi les 35 pays de l’OCDE. Celle-ci re­pré­sen­tait 56,4 % du PIB l’an pas­sé, soit 12 points de plus qu’en Al­le­magne. « Une mé­daille que l’on pré­fè­re­rait ne pas for­cé­ment avoir », a glis­sé avec ma­lice le se­cré­taire gé­né­ral de l’OCDE au mi­nistre de Ber­cy.

Ré­haus­ser la crois­sance

D’au­tant que, comme l’a ex­pli­qué Pe­ter Jar­rett, éco­no­miste à l’OCDE, lors d’une table ronde, « la crois­sance po­ten­tielle de la France se si­tue aux alen­tours de 1,25 % par an et a re­cu­lé de 0,3 point de PIB de­puis la crise de 2008 ». Pour l’éco­no­miste, il faut donc tout faire pour ré­haus­ser cette crois­sance. « Les gains de pro­duc­ti­vi­té sont trop faibles pour main­te­nir à l’ave­nir le ni­veau ac­tuel de pro­tec­tion so­ciale », a-t-il mis en garde. En clair, le mo­dèle so­cial fran­çais est en dan­ger.

« La fai­blesse des taux d’in­té­rêt a per­mis de ra­len­tir la pro­gres­sion de la dette pu­blique ces der­nières an­nées », a-t-il rap­pe­lé. Se­lon les cal­culs de l’or­ga­ni­sa­tion, en cas de hausse des taux d’in­té­rêt de 1,5 point, alors la dette pu­blique at­tein­drait 120 % de la ri­chesse na­tio­nale en 2020. En re­vanche, en me­nant des ré­formes per­met­tant d’aug­men­ter la crois­sance po­ten­tielle de 0,5 point de PIB, l’OCDE es­time que la dette pu­blique bais­se­rait à 90 % du PIB à cette date, contre 97 % en­vi­ron en 2016.

L’autre su­jet est évi­dem­ment le mar­ché du tra­vail où, là en­core, la per­for­mance de l’Hexa­gone laisse à dé­si­rer. « Beau­coup de per­sonnes en­chaînent des CDD sans pou­voir pas­ser en CDI », a sou­li­gné Ni­co­la Brandt, éco­no­miste à l’OCDE. A peine 10 % des Fran­çais qui dis­po­saient d’un CDD l’an­née pré­cé­dente avaient si­gné un CDI l’an­née de l’étude. Au sein de l’OCDE, seule l’Es­pagne fait moins bien. Les prud’hommes sont aus­si l’ob­jet de tous les griefs. « Dans l’OCDE, seule la France et le Mexique uti­lisent des juges non pro­fes­sion­nels pour ap­pli­quer le droit du tra­vail », pointe Ni­co­la Brandt. En­fin, l’éco­no­miste juge que des ef­forts sont né­ces­saires en ma­tière de for­ma­tion. « Plus de 20 % des per­sonnes âgées de 16 à 65 ans peuvent à peine com­prendre un texte simple en fran­çais ». C’est plus qu’en Po­logne ou en Ré­pu­blique tchèque. ■

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.