Les bonnes stra­té­gies de pla­ce­ment

Nou­velle fis­ca­li­té, ren­de­ment en­core en baisse… L’as­su­rance-vie n’est plus le havre de tran­quilli­té des an­nées 1990. Com­ment s’adap­ter ? Quelles sont les dé­ci­sions à prendre ?

Les Echos - - LA UNE - Ma­rie-Chris­tine Son­kin @mc­son­kin

Le mi­nistre de l’Eco­no­mie l’a en­core af­fir­mé le 12 sep­tembre aux « Echos », « la fis­ca­li­té de l’as­su­rance-vie se­ra pré­ser­vée jus­qu’à 150.000 eu­ros d’en­cours net, tous contrats confon­dus, pour une per­sonne seule et 300.000 eu­ros pour un couple. Pour les re­ve­nus pro­duits par les ver­se­ments an­té­rieurs à la ré­forme, quel que soit leur mon­tant ».

• QUELLE SE­RA LA NOU­VELLE FIS­CA­LI­TÉ ?

Il a confir­mé qu’un pré­lè­ve­ment for­fai­taire unique (PFU) s’ap­pli­que­ra aux re­ve­nus pro­duits par la frac­tion des en­cours su­pé­rieure à ces seuils. Ils se­ront sou­mis à une nou­velle « flat tax » de 30 %. Ce qui n’est pas une bonne af­faire, car, avec les règles pré­cé­dentes, les pro­duits des contrats de plus de huit ans pou­vaient bé­né­fi­cier d’un pré­lè­ve­ment li­bé­ra­toire de 7,5 %, plus 15,5 % de CSG, soit un im­pôt de 23 %, contre 30 % dans la nou­velle confi­gu­ra­tion (voir ta­bleau). Les as­su­reurs se sont mo­bi­li­sés pour évi­ter une hausse de la taxa­tion trop bru­tale.

Dans l’une des hy­po­thèses évo­quées, les contrats com­po­sés d’au moins 30 % d’uni­tés de compte en ac­tions eu­ro­péennes (avec des règles d’éli­gi­bi­li­té iden­tiques à celles du PEA) res­te­raient sou­mis à l’an­cienne fis­ca­li­té. Mais rien ne prouve que cette pro­po­si­tion se­ra re­te­nue. Dans ces condi­tions, que faut-il faire ?

• EF­FEC­TUER DE NOU­VEAUX VER­SE­MENTS

« Je conseille aux épar­gnants de ver­ser au­jourd’hui, car la fis­ca­li­té de de­main se­ra de toute fa­çon moins avan­ta­geuse. In­utile d’at­tendre ! » alerte An­toine Dad­vi­sard, pré­sident du di­rec­toire de Ma­ti­gnon Fi­nances. Mais même après l’en­trée en vi­gueur du nou­veau ré­gime fis­cal, l’as­su­rance-vie conser­ve­ra beau­coup d’atouts.

Pour les épar­gnants donc les en­cours se­ront su­pé­rieurs à 150.000 eu­ros (nou­veaux ver­se­ments), le cadre ju­ri­dique et fis­cal de l’as­su­rance-vie se­ra-t-il plus com­pé­ti­tif qu’un compte-titres or­di­naire ? « De­puis cinq ans, les épar­gnants qui ont vu sou­mettre leurs plus-va­lues de va­leurs mo­bi­lières au ba­rème pro­gres­sif se sont rués sur l’as­su­rance-vie, où la taxa­tion est net­te­ment plus douce. Avec une “flat tax” à 30 % sur les flux, le cadre de l’as­su­rance-vie pré­sen­te­ra moins d’avan­tages. Ils res­te­ront néan­moins consé­quents : les ar­bi­trages exo­né­rés, les di­vi­dendes et re­ve­nus des SCPI per­çus en fran­chise d’im­pôt, les ar­bi­trages entre eu­ros et uni­tés de compte pos­sibles à tout mo­ment, les avan­tages suc­ces­so­raux. Sans comp­ter la fa­ci­li­té d’ob­ten­tion d’une avance. C’est une sou­plesse ex­trê­me­ment ap­pré­ciable », es­time An­toine Dad­vi­sard.

• PURGER LES PLUS-VA­LUES

Autre astuce pour li­mi­ter le poids de la fis­ca­li­té : « Purger ses plus-va­lues sur les contrats de plus de 8 ans », conseille Oli­vier Sen­tis, di­rec­teur gé­né­ral de la MIF. Dans ce cas, les in­té­rêts sont to­ta­le­ment exo­né­rés à hau­teur de 4.600 eu­ros par ans (9.200 eu­ros pour un couple. Un couple peut donc ra­che­ter en fran­chise d’im­pôts jus­qu’à en­vi­ron 30.000 eu­ros chaque an­née). »

« En outre, sou­ligne Fran­çois Le­ne­veu, pré­sident d’Al­ta­pro­fits, en agis­sant avant la fin de l’an­née, les ra­chats se­ront ef­fec­tués alors que le taux des pré­lè­ve­ments so­ciaux n’est que de 15,5 %, contre 17,2 % pré­vus en 2018. On peut en­suite ré­in­ves­tir dans le même contrat d’as­su­rance-vie – à condi­tion qu’il ne com­porte pas de droits d’en­trée –, mais aus­si pro­fi­ter de l’oc­ca­sion pour tro­quer un vieux contrat peu per­for­mant contre un autre plus mo­derne et plus at­trac­tif », sug­gère-t-il. Astuce sup­plé­men­taire : « Ne de­man­dez pas un ra­chat to­tal de votre contrat. Dans le cas d’un ra­chat par­tiel, la pro­cé­dure se­ra beau­coup plus ra­pide », confie Fran­çois Le­ne­veu.

• UN REN­DE­MENT EN­CORE EN BAISSE POUR LES FONDS EN EU­ROS

La baisse de ren­de­ment se pour­suit de­puis plu­sieurs an­nées et la hausse de la CSG de 1,7 %, por­tant le to­tal des pré­lè­ve­ments so­ciaux à 17,2 % contre 15,5 % ac­tuel­le­ment, im­pac­te­ra en­core les taux.

« En 2017, les ren­de­ments nets de frais de ges­tion, mais bruts de pré­lè­ve­ments so­ciaux, de­vraient s’éta­ler entre 1,40 % et 2,20 %, es­time An­toine Dad­vi­sard. Sur les nou­veaux contrats, cer­taines com­pa­gnies pro­posent dé­jà une ga­ran­tie en ca­pi­tal sur les fonds eu­ros brute de frais de ges­tion, ex­plique-t-il. Ain­si, si dans le fu­tur les ren­de­ments des fonds ve­naient à être in­fé­rieurs aux frais de ges­tion du contrat, le ca­pi­tal de l’épargnant pour­rait alors être en­ta­mé. »

Pour Oli­vier Sen­tis, en 2017, « la baisse de ren­de­ment de­vrait être de l’ordre de 10 à 15 cen­times par rap­port aux ren­de­ments 2016. Par ailleurs, avec le sup­plé­ment de CSG por­tant les pré­lè­ve­ments so­ciaux à 17,2 %, il faut en­core sous­traire 3 à 4 cen­times du ren­de­ment net de frais de ges­tion ».

• QUELLES AL­TER­NA­TIVES ?

Pour une meilleure ré­mu­né­ra­tion, il faut ac­cep­ter une cer­taine dose de risque en sous­cri­vant pour par­tie des uni­tés de compte. « Pour les pro­fils pru­dents, nous pro­po­sons des fonds obli­ga­taires, qui certes ne sont pas sans risques, mais dont la vo­la­ti­li­té est net­te­ment in­fé­rieure à celle des fonds ac­tions. » Ma­ti­gnon Fi­nances sug­gère éga­le­ment la sous­crip­tion de fonds pa­tri­mo­niaux : Echi­quier Pa­tri­moine, Echi­quier Ar­ty, Eu­rose, Sy­co­more Al­lo­ca­tion Pa­tri­moine… « Il est per­ti­nent de les mixer pour lis­ser les risques et ob­te­nir des per­for­mances plus ré­gu­lières », conseille An­toine Dad­vi­sard.

Autres pos­si­bi­li­tés pour gon­fler la per­for­mance sans prendre de risques ex­ces­sifs ; les fonds al­ter­na­tifs et par­fois des parts de SCPI lorsque les contrats d’as­su­rance en pro­posent. « At­ten­tion, tem­père tou­te­fois Oli­vier Sen­tis. Une al­lo­ca­tion d’ac­tifs avec 50 % en eu­ros et 50 % en UC est dé­jà as­sez ris­quée. Je suis tou­jours convain­cu de la so­li­di­té d’un pla­ce­ment en fonds eu­ros. » ■

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