LES INFIRMIERS VONT FAIRE PLUS DE TÂCHES MÉDICALES

● Les Hô­pi­taux de Pa­ris veulent fa­ci­li­ter les trans­ferts de tâches médicales aux infirmiers et les ré­mu­né­rer. ● Le gou­ver­ne­ment est plu­tôt fa­vo­rable, mais le su­jet fait dé­bat.

Les Echos - - LA UNE - Sol­veig Go­de­luck @sol­wii

Les Hô­pi­taux de Pa­ris veulent fa­ci­li­ter le trans­fert des tâches médicales aux infirmiers et les ré­mu­né­rer. Le gou­ver­ne­ment y est plu­tôt fa­vo­rable.

On manque de mé­de­cins en France. Ne pour­rait-on pas se tour­ner vers les 600.000 infirmiers et in­fir­mières qui exercent dans l’Hexa­gone ? C’est ce que font dé­jà de nom­breux pays. Le par­tage de com­pé­tences entre pro­fes­sion­nels de san­té est l’une des pistes que le gou­ver­ne­ment d’Edouard Phi­lippe sou­haite ex­plo­rer pour ré­duire les dé­serts mé­di­caux.

L’As­sis­tance pu­blique Hô­pi­taux de Pa­ris (AP-HP) a dé­jà pris les de­vants. Elle s’est fixé un ob­jec­tif am­bi­tieux : « Pas­ser de 45 soi­gnants im­pli­qués dans des pro­to­coles de co­opé­ra­tion et de pra­tique avan­cée à 500 puis 1.000 d’ici à fin 2019 ». C’est la dixième pro­po­si­tion du « pro­ces­sus Oï­keio­sis », un pro­jet de trans­for­ma­tion éla­bo­ré au pre­mier se­mestre entre la di­rec­tion et les mé­de­cins du pre­mier groupe hos­pi­ta­lier de France.

Cadre lé­gis­la­tif as­sou­pli

Pour ce­la, la di­rec­tion de l’AP-HP cherche à ob­te­nir un as­sou­plis­se­ment lé­gis­la­tif. Elle a écrit à la mi­nistre de la San­té, Agnès Bu­zyn, pour faire va­loir ses de­mandes. Un in­fir- mier peut dé­jà mo­di­fier à la marge des pres­crip­tions mé­di­ca­men­teuses, dans le sui­vi des pa­tients chro­niques en dia­bé­to­lo­gie ou en can­cé­ro­lo­gie. Cette pos­si­bi­li­té a été ou­verte par la loi Ba­che­lot. Mais la pro­cé­dure dure quatre ans, car il faut l’au­to­ri­sa­tion de l’Agence ré­gio­nale de san­té et de la Haute Au­to­ri­té de san­té. L’AP-HP sou­haite ré­duire le dé­lai à six mois. Par ailleurs, elle ré­clame un texte ré­gle­men­taire l’au­to­ri­sant à ré­mu­né­rer les tâches en plus, ce qui est im­pos­sible au­jourd’hui.

La Fé­dé­ra­tion hos­pi­ta­lière de France, qui re­groupe les autres hô­pi­taux pu­blics, veut éga­le­ment

« dé­ver­rouiller le ré­gime des pro­to­coles de co­opé­ra­tion », avec un avis ré­pu­té ac­quis au bout de deux mois en cas de si­lence de l’ad­mi­nis­tra­tion. Une com­mis­sion pa­ra­mé­di­cale di­ri­gée par Cé­cile Ka­nit­zer est en train de re­cen­ser les ex­pé­ri­men­ta­tions en cours, qui ne concernent pas que les infirmiers : « C’est un gros en­jeu fi­nan­cier, ex­plique-t-elle.

Un ma­ni­pu­la­teur ra­dio n’a pas be­soin de deux ans de mas­ter pour faire une écho­gra­phie. »

C’est là que le bât blesse, sou­ligne Thier­ry Amou­roux, pré­sident du Syn­di­cat na­tio­nal des pro­fes­sion­nels infirmiers, lui-même in­fir­mier à l’AP-HP : « Nous sommes très hos­tiles au trans­fert d’actes quand il s’agit d’un simple glis­se­ment de tâches, avec une for­ma­tion théo­rique de 25 heures sans va­li­da­tion. C’est une perte de chances pour le pa­tient. »

Les infirmiers at­tendent plu­tôt les dé­crets d’ap­pli­ca­tion de la loi Tou­raine de jan­vier 2016, qui crée « l’in­fir­mier de pra­tique avan­cée » au ni­veau mas­ter. Sans cur­sus la­bel­li­sé et grille de sa­laires, la cen­taine de per­sonnes dé­jà for­mées ne peuvent exer­cer dans les hô­pi­taux. ■

Pho­to Fre­de­rick Flo­rin/AFP

L’AP-HP s’est fixé un ob­jec­tif am­bi­tieux : pas­ser, d’ici à fin 2019, à 1.000 soi­gnants im­pli­qués dans des pro­to­coles de co­opé­ra­tion et de pra­tique avan­cée.

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