IPO : LE GÉANT DU PÉ­TROLE ARAMCO PREND DU RE­TARD

L’in­tro­duc­tion du géant pé­tro­lier Sau­di Aramco pour­rait n’in­ter­ve­nir qu’en 2019. Plu­sieurs étapes es­sen­tielles res­tent à fran­chir.

Les Echos - - LA UNE - Guillaume Be­noit @gb_e­co

L’in­tro­duc­tion en Bourse du géant pé­tro­lier saou­dien Aramco doit en­core fran­chir plu­sieurs étapes. Elle pour­rait n’in­ter­ve­nir qu’en 2019.

C’est l’opé­ra­tion la plus at­ten­due par la com­mu­nau­té fi­nan­cière. Mais celle-ci de­vra sans doute pa­tien­ter jus­qu’en 2019. Le chan­tier pour l’in­tro­duc­tion en Bourse de Sau­di Aramco, le joyau pé­tro­lier d’Ara­bie saou­dite, semble avoir peu avan­cé. Se­lon Bloom­berg, Riyad se­rait en train de re­voir ses plans alors que la co­ta­tion est of­fi­ciel­le­ment pré­vue au deuxième se­mestre de l’an­née pro­chaine, comme a te­nu à le rap­pe­ler un re­pré­sen­tant du royaume.

L’en­jeu est énorme : la mise en Bourse de la plus grosse so­cié­té pé­tro­lière au monde est la pierre an­gu­laire du plan de trans­for­ma­tion du pays vou­lu par le prince Ben Sal­mane, dans un contexte de chute des cours de l’or noir.

La tâche est her­cu­léenne. « Il pa­raît dif­fi­cile de réus­sir en moins de 12 à 18 mois », af­firme un spé­cia­liste bour­sier. Sau­di Aramco est en ef­fet

un mas­to­donte qui in­ter­vient dans toutes les ac­ti­vi­tés du sec­teur pé­tro­lier, de l’ex­plo­ra­tion au raf­fi­nage, en pas­sant par le trans­port.

Ré­duc­tion du pé­ri­mètre

Le plus gros contri­bu­teur aux re­cettes du royaume in­ter­vient aus­si dans les hô­pi­taux, les uni­ver­si­tés ou les routes. Une or­ga­ni­sa­tion ten­ta­cu­laire qui est dif­fi­cile à vendre aux in­ves­tis­seurs. Et qui né­ces­si­te­ra donc de ré­duire le pé­ri­mètre de l’ac­ti­vi­té à co­ter.

Autre dif­fi­cul­té : la va­lo­ri­sa­tion du groupe. Se­lon l’es­ti­ma­tion qui cir­cule, Sau­di Aramco vau­drait 2.000 mil­liards de dol­lars, et les 5 % cé­dés aux in­ves­tis­seurs re­pré­sen­te­raient 100 mil­liards de dol­lars. Soit quatre fois plus que les fonds le­vés lors de l’in­tro­duc­tion du chi­nois Ali­ba­ba, qui dé­tient pour l’ins­tant le re­cord. D’où son sur­nom d’« in­tro­duc­tion en Bourse du siècle ».

Sauf que ce mon­tant est de plus en plus contes­té. Se­lon Reu­ters, les ré­serves de pé­trole de Sau­di Aramco, avec une hy­po­thèse de 7 à 8 dol­lars par ba­ril en ré­serve, sont en ligne avec un tel mon­tant. Mais ce ne sont pas les seules don­nées prises en compte par les in­ves­tis­seurs.

Si l’on re­garde les ra­tios de va­lo­ri­sa­tion des prin­ci­paux groupes pé­tro­liers co­tés, il fau­drait, pour at­teindre 2.000 mil­liards de dol­lars, qu’Aramco af­fiche un ré­sul­tat opé­ra­tion­nel (Ebit­da) de 130 mil­liards de dol­lars. Soit très au-des­sus des ni­veaux consta­tés chez ses concur­rents, comme Exxon, la plus grosse com­pa­gnie pé­tro­lière en Bourse. Et qua­si in­at­tei­gnable avec un ba­ril pas­sé de 100 dol­lars à 50. L’es­ti­ma­tion ne se­ra pos­sible que lorsque le géant pé­tro­lier pu­blie­ra ses ré­sul­tats fi­nan­ciers.

Choi­sir la place de co­ta­tion in­ter­na­tio­nale idéale

Un autre obs­tacle de taille reste à le­ver. Riyad n’a tou­jours pas sé­lec­tion­né la Bourse où co­ter Aramco, en plus du Ta­da­wul, le mar­ché lo­cal saou­dien. New York et Londres tiennent la corde, la City ayant même dé­ci­dé de re­voir ses règles de co­ta­tion. Or le choix du lieu d’in­tro­duc­tion est dé­ter­mi­nant dans la du­rée du pro­ces­sus. « Une fois le pro­jet de pros­pec­tus bour­sier éta­bli, il fau­dra pro­ba­ble­ment entre 2 et 4 mois d’échanges avec le ré­gu­la­teur avant de lan­cer of­fi­ciel­le­ment l’opé­ra­tion. Voire da­van­tage en rai­son de la com­plexi­té du dos­sier », ex­plique un spé­cia­liste. La place de co­ta­tion est im­por­tante aus­si en termes de règles de gou­ver­nance et de trans­pa­rence.

En­fin, signe du faible état d’avan­ce­ment du pro­jet, l’équipe qui ac­com­pa­gne­ra Aramco sur les mar­chés n’est pas en­core consti­tuée. Les banques JP­Mor­gan Chase, Mor­gan Stan­ley, HSBC Bank Plc, Moe­lis et Ever­core Part­ners tra­vaillent ac­tuel­le­ment avec le royaume, mais les rôles pré­cis de co­or­di­na­teurs ou de te­neurs de livre n’ont tou­jours pas été at­tri­bués. La route est donc en­core longue. ■

Pho­to Fayez Nu­rel­dine/AFP

L’in­tro­duc­tion de la plus grosse so­cié­té pé­tro­lière au monde est la pierre an­gu­laire du plan de trans­for­ma­tion du pays vou­lu par le prince Ben Sal­mane.

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