Ce à quoi pour­rait res­sem­bler la ré­forme de la li­cence

Un rap­port du think tank Ter­ra No­va fait une sé­rie de pro­po­si­tions sur me­sure pour re­voir la li­cence.

Les Echos - - FRANCE - M.-C. C.

Ce n’est, à pre­mière vue, que le rap­port d’un think tank, au titre ano­din – « Etudes su­pé­rieures : rythmes su­bis, rythmes choi­sis ». Mais les conclu­sions de Ter­ra No­va sont si proches de la philosophie du gou­ver­ne­ment qu’elles pour­raient ins­pi­rer la ré­forme de la li­cence, pro­mise d’ici à la fin de l’an­née.

Fa­vo­rable aux pré­re­quis à l’en­trée en li­cence – leit­mo­tiv du gou­ver­ne­ment –, le think tank aborde le su­jet sous un angle sup­po­sé sé­duire les or­ga­ni­sa­tions étu­diantes : ce­lui des rythmes uni­ver­si­taires. « L’or­ga­ni­sa­tion des études est con­çue pour des étu­diants à plein temps n’ayant au­cune ac­ti­vi­té pro­fes­sion­nelle […], in­dique le rap­port. Les autres sont condam­nés à s’adap­ter. »

De là, dé­coulent des pro­po­si­tions pour une li­cence « mo­du­laire » va­lo­ri­sant les par­cours in­di­vi­dua­li­sés : les bons étu­diants pour­raient pro­gres­ser « à un rythme ac­cé­lé­ré » et d’autres, être étu­diants « à temps par­tiel ». Par­mi les pre­mières pistes du gou­ver­ne­ment fi­gure jus­te­ment l’idée d’une li­cence qui se fe­rait en deux, trois ou quatre ans.

Cette pro­po­si­tion sup­pose de « s’af­fran­chir » de la norme ac­tuelle des 30 uni­tés d’en­sei­gne­ment à va­li­der par se­mestre et d’as­sou­plir l’éva­lua­tion grâce au contrôle conti­nu in­té­gral, plaide Ter­ra No­va. Il n’y au­rait d’ailleurs plus d’uni­tés d’en­sei­gne­ment par an­née d’étude (L1, L2, L3) mais un en­semble d’uni­tés à va­li­der, avec des pré­re­quis pour cha­cune.

Tel étu­diant de­vrait, par exemple, avoir va­li­dé l’uni­té d’en­sei­gne­ment A ou B et avoir eu au moins 7 sur 20 à l’uni­té C pour « pro­gres­ser d’uni­té d’en­sei­gne­ment en uni­té d’en­sei­gne­ment dans une ma­tière ». Dans ce cur­sus mo­du­laire, le par­cours de li­cence pour­rait s’or­ga­ni­ser au­tour d’une « ma­jeure » et d’une « mi­neure ». Ces mots sont aus­si ceux de la mi­nistre.

Ad­mis­sion condi­tion­née

Se­lon les cur­sus, cer­taines uni­tés d’en­sei­gne­ment se­raient obli­ga­toires ou op­tion­nelles. Les uni­ver­si­tés conti­nue­raient d’être « lar­ge­ment ou­vertes » à tous les ba­che­liers, mais leur ad­mis­sion se­rait « condi­tion­née » au res­pect d’un contrat pé­da­go­gique com­por­tant ces uni­tés de re­mise à ni­veau. « C’est aux équipes en­sei­gnantes de se sai­sir de ce­la, on ne veut pas d’un grand plan na­tio­nal, pré­cise Laurent Dau­det, l’un des au­teurs du rap­port. De fait, une li­cence dans une uni­ver­si­té ne se­ra pas la même que dans une autre. » C’est « l’au­to­no­mie pé­da­go­gique » que ré­clame la Confé­rence des pré­si­dents d’uni­ver­si­té (CPU). Et qui fait peur à un syn­di­cat étu­diant comme l’Unef par exemple.

Un autre point de blo­cage risque de sur­gir avec les or­ga­ni­sa­tions étu­diantes : avec la li­cence mo­du­laire, l’ac­tuelle « com­pen­sa­tion semestrielle » des notes de­vient « im­pos­sible », re­lève Laurent Dau­det. Quant à la norme des 1.500 heures de cours « en pré­sen­tiel » elle « fige » trop les par­cours pour être com­pa­tible avec la li­cence mo­du­laire. Le think tank vou­drait ré­duire le nombre de ces cours et ren­for­cer le sui­vi in­di­vi­duel des étu­diants qui se­rait as­su­ré en par­tie par des doc­to­rants ou des va­ca­taires. Toutes ces pro­po­si­tions n’iront pas sans cris­per cer­tains syn­di­cats. Ter­ra No­va le sait qui, pour adou­cir ses pro­po­si­tions, sug­gère de créer 50.000 em­plois étu­diants. Un plan chif­fré à 330 mil­lions d’eu­ros, soit le mon­tant de la coupe bud­gé­taire de juillet der­nier, re­lève avec ma­lice le think tank : c’est la seule pique à l’adresse du gou­ver­ne­ment. Pour le reste, Ter­ra No­va en­tend « ai­der » à la ré­forme. —

Pho­to AFP

Le think tank vou­drait ren­for­cer le sui­vi in­di­vi­duel des étu­diants.

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