Ma­cron, le chas­seur de cli­vages

Pour cas­ser la lec­ture gauche-droite qui est faite de sa po­li­tique, le pré­sident met en avant la né­ces­si­té de re­créer du mou­ve­ment pour dé­blo­quer le pays.

Les Echos - - FRANCE - Cé­cile Cor­nu­det ccor­nu­det@le­se­chos.fr

On peut avoir la­mi­né les par­tis sans être ve­nu à bout des cli­vages. Em­ma­nuel Ma­cron pour­suit donc son com­bat, et s’ef­force de bri­ser les cases dans les­quelles op­po­sants et com­men­ta­teurs mettent sys­té­ma­ti­que­ment ses dé­ci­sions. Les cases gau­che­droite, bien sûr, mais aus­si leurs cou­sines au­tre­ment plus per­ni­cieuses : po­li­tique pour les riches ver­sus po­li­tique pour les faibles. La ré­forme de l’ISF ne peut se dis­so­cier de celle de la taxe d’ha­bi­ta­tion, in­siste ain­si Gé­rald Dar­ma­nin en cette ren­trée bud­gé­taire. « Bru­no Le Maire fait la flat tax tout en ré­glant le pro­blème de STX »,

dit un proche du pré­sident. Avec les or­don­nances, on gagne en « flexi­bi­li­té », avec l’as­su­rance-chô­mage et la for­ma­tion on au­ra la « sé­cu­ri­té », as­sure Mu­riel Pé­ni­caud. Au terme d’« in­jus­tice » que l’op­po­si­tion tente de col­ler à la po­li­tique me­née, l’Ely­sée op­pose avec force ce­lui d’« équi­libre ».

Chaque mi­nistre mène une po­li­tique « et de gauche et de droite », ex­plique-t-on, et chaque dé­ci­sion doit être vue dans un en­semble plus vaste, ce­lui de la « trans­for­ma­tion »

à l’oeuvre pour le pays. Puisque les an­ciennes grilles de lec­tures sont in­opé­rantes pour com­prendre ce qui se passe, l’Ely­sée donne les sous­titres : « nous vou­lons li­bé­rer les éner­gies, sans que per­sonne ne soit lais­sé sur le cô­té ». Qu’im­porte donc que la ré­forme de l’ISF ali­mente le pro­cès en in­jus­tice, Ma­cron « as­sume » parce qu’il en­tend faire re­ve­nir en France de l’ar­gent qui se­ra in­ves­ti dans la ma­chine éco­no­mique. La ré­forme concerne d’ailleurs les ac­tifs mo­bi­liers et non les biens im­mo­bi­liers. Dé­blo­quer, re­lan­cer, li­bé­rer, bou­ger, faire : le vo­ca­bu­laire ma­cro­nien puise au re­gistre de l’ac­tion. Le mou­ve­ment avant toute chose, le mou­ve­ment comme an­ti­dote aux cli­vages… quitte à ce que ce­la en sus­cite d’autres.

Les ac­tions plu­tôt que la pierre (ISF, APL), les pe­tites en­tre­prises plu­tôt que les grandes (code du tra­vail), les jeunes plu­tôt que les re­trai­tés (CSG) : pour re­mettre le pays en marche, Ma­cron donne des le­viers à ceux qui sont en po­si­tion de faire bou­ger les choses, et met à contri­bu­tion ceux qui ne le sont pas. Ce­la ne re­coupe pas for­cé­ment le cli­vage qu’il ré­cuse « France qui va bien » vs « France qui va mal ». Mais ce­la des­sine une autre cou­pure, for­cé­ment contraire à l’idée de ras­sem­ble­ment : la France qui bouge, prête à le suivre, contre la France im­mo­bile. A moins que ce ne soient les pro­duc­tifs contre les in­utiles ou… « les fai­néants ».

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