Deux hy­po­thèses pour une pré­si­dence

Les Echos - - IDÉES & DÉBATS - Par Jean-Marc Vit­to­ri

La France semble en­fin avan­cer. La pre­mière grande ré­forme du quin­quen­nat Ma­cron est dé­jà sur le point d’abou­tir, moins de

100 jours après la for­ma­tion d’une nou­velle ma­jo­ri­té par­le­men­taire.

La re­fonte du Code du tra­vail a été non seule­ment an­non­cée pen­dant la cam­pagne élec­to­rale mais aus­si pen­sée dans un cadre glo­bal, ce qui consti­tue une vraie nou­veau­té dans un pays où l’ac­tion po­li­tique se ré­sume sou­vent à une li­ta­nie de me­sures prises dans l’ur­gence et l’in­co­hé­rence. D’autres pro­jets am­bi­tieux pointent à l’ho­ri­zon, sur la for­ma­tion, la re­traite, l’as­su­rance-chô­mage, là aus­si avec une vraie co­hé­rence d’en­semble. Non seule­ment la France avance, mais elle avance dans la bonne di­rec­tion. C’est ce qui res­sort du diag­nos­tic por­té par l’OCDE. Un diag­nos­tic d’au­tant plus in­té­res­sant que ce cercle de ré­flexion éco­no­mique des pays avan­cés, long­temps soup­çon­né à rai­son de pro­pa­ger une doxa li­bé­rale naïve, est de­ve­nu un or­ga­nisme prag­ma­tique et ou­vert qui peut re­com­man­der un meilleur fonc­tion­ne­ment du mar­ché des ser­vices mais aus­si pré­co­ni­ser une taxa­tion plus pro­gres­sive des re­ve­nus, ré­cla­mer un meilleur ac­cès des moins ai­sés au lo­ge­ment so­cial ou or­ches­trer la lutte contre l’op­ti­mi­sa­tion fis­cale des grands groupes. Nombre de re­com­man­da­tions de l’OCDE pour­raient avoir été ti­rées du pro­gramme du nou­veau pré­sident. Le mi­nistre de l’Eco­no­mie, Bru­no Le Maire, en tire une évi­dente sa­tis­fac­tion. Mais, en réa­li­té, l’OCDE va beau­coup plus loin sur toute une sé­rie de dos­siers. Sur les re­traites par exemple, elle pres­crit d’abord une ré­forme sys­té­mique, mais en­suite un re­cul de l’âge de la re­traite en fonc­tion de l’al­lon­ge­ment de l’es­pé­rance de vie. Au fond, Em­ma­nuel Ma­cron au­ra-t-il as­sez d’am­bi­tion, as­sez de force po­li­tique pour em­me­ner le pays sur la voie du re­nou­veau, de l’adap­ta­tion au monde qui vient, de l’épa­nouis­se­ment de ses atouts ? Cette der­nière dé­cen­nie, la France est de­ve­nue la cham­pionne de l’en­fu­mage en ma­tière bud­gé­taire. Elle a sans cesse pro­mis sans ja­mais agir. Faire croire que tout change pour que rien ne change… Et si la loi tra­vail n’était qu’une ex­ten­sion du do­maine de cette lutte étrange ? Elle sus­cite bien sûr une op­po­si­tion li­mi­tée parce qu’elle a bien été pré­pa­rée, mais aus­si peut-être parce qu’elle ne chan­ge­ra fi­na­le­ment pas grand-chose au fond. Plus en­core que Ni­co­las Sar­ko­zy, Em­ma­nuel Ma­cron avait pro­mis la rup­ture. S’il ne dé­ploie pas toute son in­tel­li­gence, son éner­gie, sa ca­pa­ci­té de convic­tion, il risque de faire à peine deux ou trois fois plus que Fran­çois Hol­lande, c’est-à-dire pas grand-chose : quelques pe­tits pas dans la bonne di­rec­tion. Il est en­core temps d’évi­ter ce risque.

Non seule­ment la France avance, mais elle avance dans la bonne di­rec­tion.

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