Eu­rope : le bon bi­lan de la Com­mis­sion Jun­cker

Les Echos - - IDÉES & DÉBATS - D’Oli­vier Mar­ty Oli­vier Mar­ty en­seigne les ins­ti­tu­tions et l’éco­no­mie eu­ro­péennes à Sciences Po et à HEC.

Alors que Jean-Claude Jun­cker vient de pro­non­cer son troi­sième dis­cours sur l’état de l’Union de­vant le Par­le­ment eu­ro­péen, il est temps de dres­ser un pre­mier bi­lan de la Com­mis­sion qu’il pré­side. Une telle prise de re­cul pa­raît d’au­tant plus utile que, à mi-man­dat, la mul­ti­pli­ci­té des crises ayant tou­ché notre conti­nent a obs­cur­ci ses réa­li­sa­tions, tan­dis que la ré­pu­ta­tion de Jean-Claude Jun­cker in­vite en­core, sou­vent, à des ju­ge­ments hâ­tifs.

Il est d’abord juste de rap­pe­ler que cet exé­cu­tif dis­pose d’une lé­gi­ti­mi­té forte. En ver­tu du trai­té de Lis­bonne, les Etats ont dé­si­gné en 2014 un homme mo­dé­ré, dis­po­sant d’une so­lide ex­pé­rience des ar­canes com­mu­nau­taires, des di­ri­geants et des dos­siers. Elu en­suite par le Par­le­ment eu­ro­péen, il a consti­tué, avec l’aide des ca­pi­tales, une équipe trans­par­ti­sane, com­pé­tente et réunie au sein d’un col­lège re­ma­nié au­tour de prio­ri­tés res­ser­rées et in­tel­li­gibles pour tous.

Té­moi­gnant d’un réel sens de l’ou­ver­ture, Jean-Claude Jun­cker a aus­si, dès sa prise de fonc­tions, as­so­cié les Etats et le Par­le­ment à l’éla­bo­ra­tion du pro­gramme de tra­vail li­mi­té de sa Com­mis­sion dans la pers­pec­tive de voir l’Union dé­lais­ser les pe­tits su­jets et s’at­te­ler aux en­jeux les plus im­por­tants.

Poin­tant les la­cunes eu­ro­péennes, il a ai­dé les Etats à prendre leurs res­pon­sa­bi­li­tés en leur sou­met­tant des so­lu­tions ou­vertes, équi­tables et de long terme afin de ré­soudre la crise des ré­fu­giés, de conso­li­der la zone eu­ro ou, plus ré­cem­ment, de ré­for­mer le bud­get eu­ro­péen.

Et la Com­mis­sion a eu rai­son de prendre les de­vants ! Le dis­po­si­tif de ré­par­ti­tion des ré­fu­giés est non seule­ment lé­gal, comme l’a confir­mé la Cour de jus­tice de l’Union, mais bien une so­lu­tion équi­li­brée. Alors que les Etats n’ont que peu mis en oeuvre les re­com­man­da­tions faites par les ins­ti­tu­tions pour par­ache­ver la zone eu­ro, la Com­mis­sion veille uti­le­ment à main­te­nir leur im­pli­ca­tion.

En­fin, les né­go­cia­tions sur le cadre bud­gé­taire plu­ri­an­nuel qui se pro­filent dans le contexte du Brexit rendent im­pé­ra­tives de nou­velles res­sources plus au­to­nomes des Etats et des dé­penses mieux al­louées.

Jean-Claude Jun­cker a ai­dé les Etats en leur sou­met­tant des so­lu­tions de long terme pour ré­soudre la crise des ré­fu­giés, conso­li­der la zone eu­ro...

Sur le plan tech­nique, la Com­mis­sion Jun­cker a per­mis de faire avan­cer des dos­siers d’in­té­rêt par­ta­gé. Le plan de re­lance de l’in­ves­tis­se­ment, si cri­ti­qué à ses dé­buts, ap­porte des ré­sul­tats très nets et se­ra pro­chai­ne­ment dou­blé et pro­lon­gé. Les deux nou­velles Unions, de l’éner­gie et du nu­mé­rique, sont dé­ployées en sou­tien à des sec­teurs por­teurs, qui ren­forcent l’in­dé­pen­dance et l’at­trac­ti­vi­té eu­ro­péennes. En­fin, l’exé­cu­tif au­ra mis en mu­sique des pans im­por­tants de l’Union ban­caire, qui doit néan­moins être me­née à terme.

Ces ac­tions ne sont pas étran­gères à l’éclair­cis­se­ment éco­no­mique dont nous pro­fi­tons au­jourd’hui. Les Etats sont te­nus de confor­ter ce mou­ve­ment, en sé­lec­tion­nant, après les élec­tions al­le­mandes, les ré­formes de la zone eu­ro pou­vant faire consen­sus. Plu­sieurs su­jets tech­niques (Union ban­caire, re­struc­tu­ra­tion des dettes) pour­raient être avan­cés de pair avec une ré­flexion sur les ré­formes ins­ti­tu­tion­nelles.

Certes, Jean-Claude Jun­cker a fait l’ob­jet de cri­tiques, en par­ti­cu­lier lors de la grave af­faire LuxLeaks. Mais la ra­pi­di­té avec la­quelle il en a as­su­mé la res­pon­sa­bi­li­té po­li­tique et a confié à Pierre Mos­co­vi­ci la mise en oeuvre d’un agen­da de lutte contre l’op­ti­mi­sa­tion fis­cale n’est-elle pas bien plus im­por­tante ?

De la même fa­çon, si l’ac­tion de cette Com­mis­sion a pu être ter­nie par les crises (mi­gra­toire, sé­cu­ri­taire, éco­no­mique, du Brexit), il faut re­con­naître qu’elle ne peut guère en être te­nue res­pon­sable… et qu’elle cherche, pré­ci­sé­ment, à leur ap­por­ter des so­lu­tions.

L’ac­tion re­mar­quable de Mi­chel Bar­nier dans la con­duite des né­go­cia­tions du Brexit avec le Royaume-Uni en at­teste. Vou­loir sol­der le di­vorce avant de par­ler de nos re­la­tions com­mer­ciales fu­tures est une ap­proche per­ti­nente. Dé­fendre l’uni­ci­té du mar­ché in­té­rieur et des quatre li­ber­tés qui l’ac­com­pagnent est es­sen­tiel. Main­te­nir l’uni­té des 27 Etats, dont les opi­nions ma­ni­festent d’ailleurs un re­gain d’at­ta­che­ment à l’Union, est une franche réus­site.

Au to­tal, le mé­rite prin­ci­pal de la Com­mis­sion Jun­cker est sans doute d’avoir po­sé les bases d’une re­lance po­li­tique de l’Union.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.