La dé­pen­dance doit être une prio­ri­té pour l’Etat

Les Echos - - IDÉES & DÉBATS - De Ma­rie-Chris­tine Gros-Fa­vrot Ma­rie-Chris­tine Gros-Fa­vrot est porte-pa­role de l’As­so­cia­tion France Dé­pen­dance.

Il y a un an, la Cour des comptes émet­tait des re­com­man­da­tions. Au dé­but de l’été, des soi­gnants dé­non­çaient leurs condi­tions de tra­vail et le trai­te­ment des per­sonnes âgées en Eh­pad, en écho aux mes­sages des as­so­cia­tions de pa­tients et d’ai­dants qui pri­vi­lé­gient le main­tien à do­mi­cile par rap­port à l’hé­ber­ge­ment col­lec­tif ; la dis­po­ni­bi­li­té de l’en­tou­rage et les res­sources fa­mi­liales ne le per­mettent, hé­las, pas tou­jours.

Au­jourd’hui, les res­pon­sables d’éta­blis­se­ment pu­blic contestent la ré­forme ta­ri­faire. Les em­plois ai­dés ne peuvent pas être sup­pri­més bru­ta­le­ment dans le sec­teur mé­di­co-so­cial sans ou­ver­ture d’une concer­ta­tion pour trou­ver des so­lu­tions du­rables. Des me­sures ur­gentes sont né­ces­saires pour ga­ran­tir une prise en charge digne et pé­renne des per­sonnes âgées en perte d’au­to­no­mie, en par­ti­cu­lier les plus dé­mu­nies, pour les­quelles la dé­pen­dance conclut sou­vent un par­cours de vie dif­fi­cile. Elle touche 8 % des se­niors et 4 mil­lions de proches, bé­né­voles ou pro­fes­sion­nels qui les ac­com­pagnent au quo­ti­dien à do­mi­cile ou en éta­blis­se­ment. Nous serons tous concer­nés, car nous vi­vrons plus long­temps avec plus de ma­la­dies chro­niques ; près de 2 mil­lions de per­sonnes âgées se­ront dé­pen­dantes en 2040.

Au mo­ment où le gou­ver­ne­ment pré­pare le pro­jet de loi de fi­nan­ce­ment de la Sé­cu­ri­té so­ciale, le fi­nan­ce­ment de la dé­pen­dance ne peut pas être pas­sé sous si­lence. L’es­sen­tiel de la solidarité en fa­veur des per­sonnes âgées dé­pen­dantes re­lève de la sphère fa­mi­liale, avec une charge fi­nan­cière qui pro­gresse et des fi­nan­ce­ments pu­blics qui at­teignent leurs li­mites.

Le coût moyen men­suel d’une prise en charge est es­ti­mé à 2.200 eu­ros à do­mi­cile et 2.500 eu­ros en éta­blis­se­ment pour une re­traite com­plé­tée par l’al­lo­ca­tion per­son­na­li­sée d’au­to­no­mie de 1.800 eu­ros. La prise en charge de la perte d’au­to­no­mie doit être sol­va­bi­li­sée en ren­dant obli­ga­toire l’as­su­rance de ce cin­quième risque et en ren­for­çant les aides fi­nan­cières pour les plus dé­mu­nis.

Près de 2 mil­lions de per­sonnes âgées se­ront dé­pen­dantes en 2040.

Des me­sures ur­gentes sont né­ces­saires pour leur ga­ran­tir une prise en charge digne et pé­renne.

Mal­gré les ef­forts consen­tis par les dé­par­te­ments, les mai­sons dé­par­te­men­tales de per­sonnes han­di­ca­pées sont sur­char­gées de tra­vail. Moins de 50 % des dos­siers sont trai­tés dans les quatre mois sui­vant leur dé­pôt, en par­ti­cu­lier pour l’ob­ten­tion de l’al­lo­ca­tion per­son­na­li­sée d’au­to­no­mie, qui per­met de cou­vrir une par­tie des frais d’aide à do­mi­cile à la charge du pa­tient ou de sa fa­mille.

L’éva­lua­tion du de­gré de dé­pen­dance de la per­sonne, in­dis­pen­sable pour l’ou­ver­ture des droits, doit être confiée au mé­de­cin ré­fé­rent ou au gé­riatre, avec une ré­mu­né­ra­tion de cette ac­ti­vi­té ; ceux-ci sont consul­tés dès le dé­but de la pa­tho­lo­gie, pour éta­blir le cer­ti­fi­cat mé­di­cal in­dis­pen­sable à la pro­cé­dure. Les ser­vices dé­par­te­men­taux, dont les dif­fi­cul­tés hu­maines et fi­nan­cières ne peuvent que s’ag­gra­ver, consa­cre­ront, ain­si, leurs moyens aux in­dis­pen­sables contrôles a pos­te­rio­ri ain­si qu’à l’aide aux fa­milles qui cherchent à or­ga­ni­ser une prise en charge à do­mi­cile ou en éta­blis­se­ment. Une conver­gence fi­nan­cière des aides al­louées et de leurs condi­tions d’at­tri­bu­tion, quels que soient l’âge de la per­sonne à au­to­no­mie res­treinte et l’ori­gine de son dé­fi­cit, doit aus­si être mise en place. Elle fa­ci­li­te­ra la co­or­di­na­tion entre les ser­vices de la Sé­cu­ri­té so­ciale et du dé­par­te­ment et gé­né­re­ra des éco­no­mies par le rap­pro­che­ment des or­ga­nismes ges­tion­naires.

Fi­na­le­ment, les moyens al­loués à cette cause doivent être plus im­por­tants. Un vé­ri­table plan de for­ma­tion aux mé­tiers de l’aide aux per­sonnes, in­cluant la re­con­nais­sance des ac­quis pour les ai­dants fa­mi­liaux et la créa­tion de sta­tuts pour ces per­son­nels, doit être mis en place. C’est aus­si une ré­ponse au sous-em­ploi.

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