L’Otan in­quiète des exer­cices mi­li­taires russes

La Rus­sie montre ses muscles aux fron­tières de l’Otan.

Les Echos - - IDÉES & DÉBATS - Ben­ja­min Qué­nelle — Cor­res­pon­dant à Mos­cou

Vente d'armes à la Tur­quie et vastes exer­cices mi­li­taires en Bié­lo­rus­sie : la Rus­sie de Vla­di­mir Pou­tine est sur tous les fronts en bor­dure de l'Eu­rope. Du coup, à l'Otan, de vieilles in­quié­tudes res­sur­gissent. D'au­tant plus que, pa­ral­lè­le­ment, Mos­cou mul­ti­plie les ma­noeuvres po­li­tiques en Mol­da­vie. An­non­cé de­puis long­temps, le contrat de la Tur­quie pour ache­ter les sys­tèmes de dé­fense an­ti-aé­rienne S400 russes vient d'être confir­mé : An­ka­ra as­sure avoir ver­sé un pre­mier acompte, Mos­cou af­firme se pré­pa­rer aux li­vrai­sons. Pour ces deux pays, c'est un moyen de mettre en scène leur rap­pro­che­ment et d'ou­blier leur grave crise di­plo­ma­tique, deux ans après que la chasse turque a abat­tu un bom­bar­dier russe. Ce contrat, dont le mon­tant n'a pas été ré­vé­lé, a vite sus­ci­té l'in­quié­tude des tra­di­tion­nels al­liés oc­ci­den­taux de la Tur­quie au sein de l'Otan. Si Wa­shing­ton n’a pas réel­le­ment ap­pré­cié, Pa­ris s'est mon­tré mo­dé­ré.

En re­vanche, la France, comme l'Al­le­magne, la Po­logne et les pays Baltes n'ont pas ca­ché leurs in­quié­tudes à la veille des vastes exer­cices mi­li­taires de la Rus­sie dans ses ré­gions ouest et en Bié­lo­rus­sie. La mi­nistre fran­çaise de la Dé­fense Flo­rence Par­ly a dé­non­cé une « stra­té­gie d'in­ti­mi­da­tion » de la part de Mos­cou. « Za­pad-2017 », ces exer­cices pré­vus du 14 au 20 sep­tembre, sont a prio­ri une rou­tine pour vé­ri­fier, gran­deur na­ture, les avan­cées du pro­gramme de mo­der­ni­sa­tion de l'ar­mée russe.

Lan­cé par le Krem­lin après la guerre en Géor­gie en 2008, ce pro­gramme doit s'ache­ver en 2020. « Ces exer­cices mi­li­taires sont ré­gu­liers. Mais, bien sûr, il y a une am­bi­tion po­li­tique : mon­trer à l'Ouest que l'ar­mée russe est prête et peut ré­pondre, re­con­naît à Mos­cou An­dreï Kor­tou­nov, di­rec­teur du Rus­sian Coun­cil, think tank in­ter­na­tio­nal russe proche des au­to­ri­tés. En temps nor­mal, "Za­pad-2017" pas­se­rait presque in­aper­çu. Mais, sans vrai échange entre Rus­sie et Otan, dans un cli­mat de mé­fiance, cha­cun peut in­ter­pré­ter comme il veut ce que fait l'autre et l'ac­cu­ser du scé­na­rio du pire. » « Nous al­lons sur­veiller ces ac­ti­vi­tés de très près », a pré­ve­nu Jens Stol­ten­berg, le se­cré­taire gé­né­ral de l'Otan, as­su­rant tou­te­fois ne pas voir de « me­nace im­mi­nente contre un al­lié ». Le mi­nis­tère russe an­nonce la mo­bi­li­sa­tion de 13.000 hommes. Ber­lin et les Etats baltes parlent de 100.000 hommes. « Lors de si­mi­laires exer­cices l'an pas­sé, dans le sud, l'ar­mée avait par­lé aus­si de 13.000 hommes. Mais, si­tôt l'opé­ra­tion fi­nie, le chef d'état-ma­jor avait re­con­nu qu'il y avait en fait eu 120.000 hommes », rap­pelle à Mos­cou Pa­vel Fel­gen­hauer, ex­pert mi­li­taire in­dé­pen­dant. ■

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