Le nu­mé­ro un de la for­ma­tion pro­fes­sion­nelle creuse ses pertes

La tré­so­re­rie était dans le rouge de 30 mil­lions d’eu­ros à fin juin. Le pro­chain con­seil d’ad­mi­nis­tra­tion fin sep­tembre se­ra dé­ci­sif.

Les Echos - - ENTREPRISES & MARCHÉS - Alain Ruel­lo @AlainRuel­lo

Neuf mois après son chan­ge­ment de sta­tut his­to­rique, l’Agence na­tio­nale pour la for­ma­tion pro­fes­sion­nelle des adultes, plus connue sous son acro­nyme d’Af­pa, reste sur le fil du ra­soir. Vic­time de la concur­rence de cer­tains or­ga­nismes de for­ma­tion, de re­mises en cause de contrats avec cer­taines ré­gions et de sa struc­ture de coût trop éle­vée, le nu­mé­ro un du sec­teur connaît une dé­gra­da­tion très in­quié­tante de ses comptes, dans un contexte de souf­france et d’in­cer­ti­tude des 8.000 sa­la­riés, s’alarment les syn­di­cats. « L’Af­pa connaît des grosses dif­fi­cul­tés de tré­so­re­rie », confirme Na­tha­lie Ton­do­lo, se­cré­taire gé­né­rale de la sec­tion fé­dé­rale na­tio­nale FO de la for­ma­tion pro­fes­sion­nelles des adultes, qui craint que la ques­tion du paie­ment des sa­laires ne vienne à se po­ser d’ici à la fin de l’an­née. A fin juin, le « trou » était de 30 mil­lions d’eu­ros, et s’ap­proche de­puis dan­ge­reu­se­ment de la li­mite fixée par les banques, se­lon nos in­for­ma­tions. Mer­cre­di, les élus du CCE, qui ont dé­clen­ché un droit d’alerte, es­pé­raient dis­po­ser de chiffres à jour, sans suc­cès. Con­tac­tée, la di­rec­tion n’a pas sou­hai­té com­men­ter.

Frei­ner l’hé­mor­ra­gie

Née dans l’im­mé­diat après-guerre pour ai­der à la re­cons­truc­tion du pays, l’Af­pa a vé­cu tran­quille­ment jus­qu’à ce que l’ou­ver­ture du mar­ché à la concur­rence dans les an­nées 2000 ne lui porte un coup sé­vère. Les comptes virent au rouge en 2009, obli­geant l’Etat à ve­nir à sa res­cousse trois ans après sous la forme d’un prêt de 200 mil­lions. En 2015, la loi dite « Reb­sa­men » en­clenche la trans­for­ma­tion d’as­so­cia­tion en Eta­blis­se­ment pu­blic à ca­rac­tère in­dus­triel et com­mer­cial (Epic). En­tré en vi­gueur le 1er jan­vier der­nier, ce chan­ge­ment de sta­tut s’ac­com­pagne de la créa­tion de deux fi­liales com­mer­ciales, l’une pour les mar­chés pri­vés, l’autre pour les mar­chés pu­blics. Las, sou­li­gnait la Cour des comptes fin mai, « la trans­for­ma­tion de l’Af­pa en Epic n’est pas de na­ture à ré­soudre les dif­fi­cul­tés fi­nan­cières aux­quelles cet or­ga­nisme est confron­té de­puis plu­sieurs an­nées à dé­faut d’une vé­ri­table ré­flexion sur son mo­dèle éco­no­mique ». La cri­tique est cin­glante, mais les chiffres semblent don­ner rai­son aux sages de la rue Cam­bon. L’ob­jec­tif d’un chiffre d’af­faires de 750 mil­lions d’eu­ros avec un ex­cé­dent brut d’ex­ploi­ta­tion po­si­tif cette an­née n’est plus d’ac­tua­li­té… Pré­vu le 26 sep­tembre, le pro­chain con­seil d’ad­mi­nis­tra­tion s’avère donc dé­ci­sif puis­qu’il doit en­té­ri­ner un nou­veau mo­dèle éco­no­mique, du­rable mais sur­tout ren­table.

En at­ten­dant, la di­rec­tion n’a d’autre choix que de frei­ner l’hé­mor­ra­gie de tré­so­re­rie par tous les moyens à sa dis­po­si­tion : en­cais­se­ment ac­cé­lé­ré des fac­tures clients, non rem­pla­ce­ment des dé­parts na­tu­rels (de l’ordre de 300 cette an­née), de­mande à Ber­cy d’une avance sur la sub­ven­tion 2018 pour mis­sion de ser­vices pu­blic… En pa­ral­lèle, de nou­velles offres à des­ti­na­tion des en­tre­prises com­mencent à payer. Le très im­por­tant parc im­mo­bi­lier in­té­resse des par­te­naires po­ten­tiels. Sur­tout, l’Af­pa dis­cute ac­ti­ve­ment avec l’Etat pour bé­né­fi­cier d’une par­tie du plan de 15 mil­liards d’eu­ros qu’Em­ma­nuel Ma­cron a pro­mis pour la for­ma­tion des chô­meurs. ■

Pho­to Da­mien Meyer/AFP

Un nou­veau mo­dèle éco­no­mique, du­rable mais sur­tout ren­table est à trou­ver pour l’Af­pa.

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