La gra­tui­té des trans­ports en com­mun, un su­jet qui di­vise

Le ré­seau de bus de Niort est gra­tuit de­puis le dé­but du mois. Une ini­tia­tive dif­fi­ci­le­ment trans­po­sable.

Les Echos - - INDUSTRIE & SERVICES - — L. L.

Alors que les pou­voirs pu­blics veulent pro­mou­voir l’usage des trans­ports en com­mun (c’est l’ob­jet d’une jour­née de sen­si­bi­li­sa­tion na­tio­nale ce sa­me­di), les élus de l’ag­glo­mé­ra­tion nior­taise pensent avoir trou­vé la so­lu­tion : de­puis le 1er­sep­tembre, les 120.000 ha­bi­tants n’ont plus be­soin d’un ti­cket ou d’un abon­ne­ment pour uti­li­ser le ré­seau de bus lo­cal.

Niort re­joint la tren­taine de ré­seaux qui ont choi­si une gra­tui­té to­tale, comme Com­piègne, Au­bagne ou Châ­teau­roux, pre­mière ag­glo­mé­ra­tion à l’ins­tau­rer en 2001. Avec cette me­sure, la ville am­bi­tionne de fa­vo­ri­ser l’ac­cès aux trans­ports pu­blics à des ca­té­go­ries de la po­pu­la­tion ayant un pou­voir d’achat li­mi­té, et d’ac­cé­lé­rer la tran­si­tion éner­gé­tique.

La hausse de la fré­quen­ta­tion de­vrait être au ren­dez­vous. Se­lon le di­rec­teur de la com­mu­ni­ca­tion de la mai­rie de Cha­teau­roux, Alexis Rous­seau Jou­hen­net, « la fré­quen­ta­tion a tri­plé entre 2001 et 2016, en pas­sant de 21 voyages par an et par ha­bi­tant à 62. Les usa­gers sont fi­dèles puisque 78 % uti­lisent le ré­seau tous les jours. » L’ag­glo­mé­ra­tion de Niort compte quant à elle aug­men­ter sa fré­quen­ta­tion de 30 % d’ici 2019.

L’ini­tia­tive n’est tou­te­fois guère trans­po­sable. En France, les res­sources pour les trans­ports pu­blics pro­viennent de trois sources, qui ap­portent cha- cune en moyenne un tiers du fi­nan­ce­ment : les re­cettes de billet­te­rie, les col­lec­ti­vi­tés lo­cales et ce qu’on ap­pelle le « ver­se­ment trans­port », une taxe sur la masse sa­la­riale des em­ployeurs. Jé­rôme Ba­loge, maire de Niort, re­con­naît que son pro­jet est « per­mis par le dy­na­misme éco­no­mique de l’ag­glo­mé­ra­tion », qui se tra­duit par un ver­se­ment trans­port consé­quent, alors sur la billet­te­rie ne rap­por­tait que 10 % des coûts. Mais dans la plu­part des ag­glo­mé­ra­tions, le ver­se­ment trans­port n’a plus de marge de pro­gres­sion et les fi­nances mu­ni­ci­pales sont à la diète.

Se­lon Claude Fau­cher, le dé­lé­gué gé­né­ral de l’Union des Trans­ports Pu­blics (UTP), l’or­ga­ni­sa­tion pa­tro­nale réunis­sant les opé­ra­teurs, « la gra­tui­té n’existe pas. C’est le contri­buable qui paie in fine, qu’il s’agisse du ci­toyen ou des en­tre­prises. Il est juste que le bé­né­fi­ciaire d’un ser­vice s’ac­quitte d’une par­tie de son coût même s’il est lé­gi­time que l’im­pôt en fi­nance aus­si une part ».

Ta­ri­fi­ca­tion « so­li­daire »

L’UTP ne nie pas les pro­blèmes de pou­voir d’achat mais dé­fend une « ta­ri­fi­ca­tion so­li­daire », avec un prix d’ac­cès dé­pen­dant des re­ve­nus. Plu­sieurs villes, comme Gre­noble et Strag­bourg, ont mis cette ta­ri­fi­ca­tion en place. « Le prix d’un abon­ne­ment pour un mois va­rie entre 3,40 eu­ros et 50,80 eu­ros en fonc­tion du quo­tient fa­mi­lial, illustre Ro­land Ries, maire de la ci­té al­sa­cienne. Ce fonc­tion­ne­ment a même per­mis une aug­men­ta­tion de nos re­cettes de billet­te­rie de 200.000,00 eu­ros puisque la fraude a di­mi­nué de 5 %. Chaque ci­toyen, même aux re­ve­nus très faibles, peut donc ac­cé­der lé­ga­le­ment aux trans­ports en com­mun. »

Pho­to Mi­chel Garde/Ci­ti­zen­side/AFP

Bus à Niort, où les trans­ports sont d’ores et dé­jà gra­tuits.

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