« Une grosse ac­qui­si­tion ne ré­sout pas la ques­tion de la crois­sance »

● Ar­ri­vé en jan­vier, le nou­veau pa­tron de Lilly dé­taille ses am­bi­tions. ● La ré­cente re­struc­tu­ra­tion n’au­ra pas d’im­pact sur le site al­sa­cien du groupe.

Les Echos - - INDUSTRIE & SERVICES - Pro­pos recueillis par Da­vid Bar­roux, Em­ma­nuel Gras­land et Ca­the­rine Du­cruet

Lilly n’est pas le la­bo­ra­toire le plus connu en France, mais il dis­pose en Al­sace d’une grosse uni­té de pro­duc­tion d’in­su­line de 1.500 per­sonnes. Outre l’in­su­line, il est ac­tif dans le dia­bète, l’on­co­lo­gie, les ma­la­dies au­toim­munes, neu­ro­dé­gé­né­ra­tives et la lutte contre la dou­leur. Il est à tra­vers Elan­co le nu­mé­ro deux mon­dial en san­té ani­male après le ra­chat des ac­ti­vi­tés de No­var­tis dans ce do­maine. L’an der­nier, le groupe a réa­li­sé un chiffre d’af­faires de 21 mil­liards de dol­lars. Après plu­sieurs échecs d’es­sais cli­niques, il s’ap­prête à sup­pri­mer 3.500 postes dans le monde.

Nom­breux sont ceux qui disent que la France n’est pas très ac­cueillante pour l’in­dus­trie. Et pour­tant Lilly y in­ves­tit… Nous sommes pré­sents en France de­puis plus de cin­quante ans et nous avons même à Fe­ger­sheim, en Al­sace, un de nos plus grands sites in­dus­triels. C’est un ou­til dans le­quel nous avons in­ves­ti parce que des ta­lents hu­mains se sont en­ga­gés sur la du­rée à nos cô­tés. D’autres fac­teurs ont aus­si joué. Des hauts res­pon­sables de notre groupe, dont un an­cien PDG, avaient tra­vaillé en France et connais­saient bien ce pays.

Est-ce que vous al­lez con­ti­nuer à in­ves­tir en France ?

Il y a quatre ans, nous avons dé­ci­dé d’in­ves­tir dans une nou­velle ligne de pro­duc­tion de sty­los à in­su­line. Ce sont des tech­niques de pro­duc­tion de pointe car l’en­vi­ron­ne­ment est l’équi­valent de ce­lui d’une­salle blanche.

Vous ve­nez d’an­non­cer un plan de ré­duc­tion de vos ef­fec­tifs. La France va-t-elle être tou­chée ?

C’est un plan avant tout amé­ri­cain et qui n’au­ra pas d’im­pact sur notre site in­dus­triel fran­çais. Mais ce­la ne veut pas dire que nos sites fran­çais ne doivent pas, comme l’en­semble du groupe, s’adap­ter en per­ma­nence pour amé­lio­rer leur pro­duc­ti­vi­té.

Com­ment ap­pré­hen­dez-vous la ques­tion du prix des mé­di­ca­ments ?

Le prix est une ques­tion qui n’a pas fi­ni d’être dé­bat­tue. Le nombre de nou­veaux mé­di­ca­ments a beau­coup aug­men­té ces der­nières an­nées. Il y a plus d’in­no­va­tion dans la phar­ma­cie que dans les autres do­maines de la san­té et ce­la met la pres­sion sur les payeurs. Cer­tains de ces pro­duits traitent des ma­la­dies chro­niques mais d’autres per­mettent de gué­rir, avec un coût im­mé­diat pour le sys­tème de san­té pour un bé­né­fice ul­té­rieur. Plu­tôt que de se fo­ca­li­ser sur le mé­di­ca­ment, il faut voir l’im­pact glo­bal. Il fau­drait que les par­ties pre­nantes dis­cutent du prix en fonc­tion de la créa­tion de va­leur pour le sys­tème au fil du temps. Avec le di­gi­tal et le Big Da­ta, on dis­pose des in­for­ma­tions né­ces­saires.

Le dia­bète est un axe thé­ra­peu­tique im­por­tant pour vous. Com­ment voyez-vous évo­luer le mar­ché aux Etats-Unis ?

Ce­la fait plus de quatre-vingt-dix ans que nous nous in­té­res­sons au dia­bète. L’in­su­line a trans­for­mé notre en­tre­prise dans les an­nées 1920-1930. Nous sommes donc très im­pli­qués avec une part de mar­ché de 30 %. Mais nous n’avons pas de pro­duit do­mi­nant. Nous of­frons une gamme large qui couvre l’en­semble des stades de la ma­la­die. La pres­sion sur les prix ne concerne pas tous les seg­ments du mar­ché. Aus­si notre chiffre d’af­faires reste stable.

Vous avez en­re­gis­tré un échec dans le dé­ve­lop­pe­ment d’un mé­di­ca­ment contre la ma­la­die d’Alzheimer. Y a-t-il mal­gré tout un es­poir dans ce do­maine ?

On a fait beau­coup de pro­grès dans la com­pré­hen­sion de la ma­la­die. Chez Lilly, ce­la fait près de trente ans que nous y tra­vaillons et nous avons six pro­duits en cours de dé­ve­lop­pe­ment, dont deux en phase III. Nous avons des ac­tifs, des ou­tils et des cher­cheurs qui fi­gurent par­mi les meilleurs au monde, nous de­vons es­sayer d’en faire quelque chose sans dé­pen­ser de fa­çon aveugle.

Vous dé­ve­lop­pez des mé­di­ca­ments contre la dou­leur. Aux Etats-Unis, l’ad­dic­tion aux opia­cés est de­ve­nue un pro­blème de san­té pu­blique. Quel re­gard por­tez-vous là-des­sus ?

« Il y a plus d’in­no­va­tion dans la phar­ma­cie que dans les autres do­maines de la san­té et ce­la met la pres­sion sur les payeurs. »

« Nous tra­vaillons sur deux pro­duits pour le trai­te­ment de la mi­graine. »

Pour trai­ter la dou­leur, il n’y a que trois fa­milles de mé­di­ca­ments : les an­ti-in­flam­ma­toires, les opia­cés et des mo­lé­cules dé­ve­lop­pées à d’autres fins, qui ont une ac­tion anal­gé­sique. Les opia­cés ont été pres­crits trop lar­ge­ment. Comme ils pro­curent un bien-être, les gens ont ten­dance à les uti­li­ser trop long­temps. Pour notre part, nous tra­vaillons sur deux pro­duits pour le trai­te­ment de la mi­graine – qui n’est pas un simple mal de tête – et sur un pro­duit qui s’adresse aux dou­leurs os­téo-ar­ti­cu­laires et aux dou­leurs lom­baires. Toutes ces mo­lé­cules s’ap­puient sur des pro­grès dans la com­pré­hen­sion bio­lo­gique de la dou­leur.

Vous vous êtes te­nus à l’écart des mou­ve­ments de conso­li­da­tion. Pour­quoi ?

Nous ne pen­sons pas que faire une grosse opé­ra­tion per­mette de ré­soudre de fa­çon sa­tis­fai­sante la ques­tion de la crois­sance. On peut ga­gner quelques an­nées à coups de re­struc­tu­ra­tions et de ré­duc­tions d’ef­fec­tifs mais l’ef­fet s’épuise vite, et la seule op­tion est alors de re­com­men­cer.

Pour croître, il faut dé­ve­lop­per de nou­veaux mé­di­ca­ments. Ce­la ne veut pas dire que nous ne sommes pas prêts à ra­che­ter des ac­tifs pour étof­fer cer­taines de nos aires thé­ra­peu­tiques mais il ne s’agi­ra que d’ac­qui­si­tions ci­blées. ■

Pho­to Lill­ly

Da­vid A Ricks.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.