Quand les com­mer­çants se trans­forment en dis­tri­bu­teurs d’argent

● Une di­rec­tive eu­ro­péenne va au­to­ri­ser les com­mer­çants à four­nir des es­pèces à leurs clients. ● Reste à fixer les mo­da­li­tés de ce nou­veau ser­vice.

Les Echos - - LA UNE - Ni­non Re­naud @Ni­nonRe­naud

PAIE­MENT Alors que le paie­ment mo­bile oc­cupe le de­vant de la scène mé­dia­tique, le cash pour­rait trou­ver un nou­vel al­lié avec la nou­velle di­rec­tive eu­ro­péenne sur les paie­ments. Ce texte, qui en­tre­ra en vi­gueur le 13 jan­vier 2018, va en ef­fet don­ner la pos­si­bi­li­té aux com­mer­çants de dé­li­vrer des es­pèces aux clients qui en fe­raient la de­mande lors d’un paie­ment en caisse. Les mo­da­li­tés de ce ser­vice plus com­mu­né­ment ap­pe­lé « cash-back » font ac­tuel­le­ment l’ob­jet d’une né­go­cia­tion entre le Tré­sor et l’en­semble des pro­fes­sion­nels du paie­ment. Si les com­mer­çants l’ac­cueillent fa­vo­ra­ble­ment, les banques se montrent peu amènes quant à un ser­vice qui risque de do­per le re­cours au cash dont la ges­tion leur coûte 3 mil­liards d’eu­ros par an. Dé­jà très ré­pan­du dans plu­sieurs pays eu­ro­péens, dont l’Al­le­magne, le cash-back pour­rait néan­moins com­pen­ser les fer­me­tures d’agences et de dis­tri­bu­teurs au­to­ma­tiques dans les zones ru­rales.

Alors que le paie­ment mo­bile tient le de­vant de la scène mé­dia­tique, la nou­velle di­rec­tive eu­ro­péenne sur les ser­vices de paie­ment (DSP2) pour­rait bien re­mettre le bon vieux cash à l’hon­neur. Ce texte, qui en­tre­ra en vi­gueur le 13 jan­vier 2018 en France, in­tro­duit en ef­fet la pos­si­bi­li­té pour les com­mer­çants d’of­frir à leurs clients un nou­veau ser­vice : lors d’un paie­ment par carte, ils pour­ront aus­si de­man­der des es­pèces à l’hô­tesse de caisse, qui fe­ra ain­si of­fice de dis­tri­bu­teur de billets ma­nuel.

Ce ser­vice, plus com­mu­né­ment ap­pe­lé « ca­sh­back », ne de­vrait tou­te­fois pas être opé­ra­tion­nel dès le dé­but de l’an­née pro­chaine, car ses mo­da­li­tés doivent en­core être pré­ci­sées. Le Tré­sor a, dans cette op­tique, ou­vert en sep­tembre une consul­ta­tion avec les dif­fé­rents ac­teurs de l’in­dus­trie des paie­ments et la di­ver­gence de vues entre les com­mer­çants et les banques pro­met d’in­tenses dé­bats. Pour les pre­miers, « nous ac­cueillons cette ré­forme fa­vo­ra­ble­ment. Elle cor­res­pond à une de­mande for­mu­lée de­puis long­temps par les pro­fes­sion­nels pour sa­tis­faire les be­soins de cer­tains de nos clients », ex­plique Phi­lippe Jo­guet, di­rec­teur en charge des ques­tions fi­nan­cières à la Fé­dé­ra­tion du com­merce et de la dis­tri­bu­tion (FCD). Les com­mer­çants, dont le cash re­pré­sente en­core près de 30 % de leurs en­cais­se­ments, voient aus­si l’oc­ca­sion d’en fa­ci­li­ter la ges­tion et d’en ré­duire le coût.

In­quié­tude des banques

En dis­tri­buant leurs es­pèces aux clients, ils pour­raient de fait li­mi­ter les pas­sages de trans­por­teurs de fonds et ré­duire les risques d’at­taques. Une pers­pec­tive qui n’in­quiète pas le pa­tron de la Brink’s : « Le ca­sh­back est une bonne chose, car il donne un ac­cès plus large aux es­pèces. Alors que les banques ferment des agences et des dis­tri­bu­teurs, c’est un re­lais ef­fi­cace pour un ac­cès libre au cash, qui ne de­vrait pas trou­bler l’équi­libre éco­no­mique des dis­tri­bu­teurs de billets », es­time Pa­trick La­garde, PDG du trans­por­teur de fonds.

De fait, le mon­tant maxi­mum que les par­ti­cu­liers pour­raient ob­te­nir en caisse se­rait li­mi­té à 60 eu­ros. Mais les éta­blis­se­ments ban­caires fran­çais, qui dé­tiennent un parc de près de 56.000 dis­tri­bu­teurs de billets, s’in­quiètent de leur ren­ta­bi­li­té. Un au­to­mate coûte en ef­fet plu­sieurs di­zaines de mil­liers d’eu­ros et son amor­tis­se­ment s’étend sur une di­zaine d’an­nées. Sans comp­ter que la mise en place du ca­sh­back en­traî­ne­ra des in­ves­tis­se­ments in­for­ma­tiques pour sé­pa­rer l’achat du client de sa de­mande de cash, que le Tré­sor vou­dra tra­cer. Ce coût, ni les banques ni les com­mer­çants ne veulent en en­tendre par­ler au­jourd’hui.

A plus long terme, les banques n’ont de cesse de ré­duire le re­cours au cash, dont la ges­tion leur coû­te­rait 3 mil­liards d’eu­ros par an. Se­lon elles, le ca­sh­back est en contra­dic­tion avec la stra­té­gie na­tio­nale ini­tiée lors des As­sises des paie­ments en 2015 en fa­veur du dé­ve­lop­pe­ment des moyens de paie­ments élec­tro­niques.

« Ce­la ne doit pas in­ci­ter les par­ti­cu­liers à avoir plus re­cours aux es­pèces alors même que le paie­ment sans con­tact entre dans leurs ha­bi­tudes », sou­ligne Jé­rôme Ra­gué­nès, di­rec­teur du dé­par­te­ment nu­mé­rique, sys­tèmes et moyens de paie­ment de la Fé­dé­ra­tion ban­caire fran­çaise (FBF). In­tro­duire ce nou­veau ser­vice sans bou­le­ver­ser les équi­libres ac­tuels, c’est tout l’en­jeu des né­go­cia­tions des pro­chaines se­maines. ■

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.