LE RISQUE DE BREXIT SANS AC­CORD SE REN­FORCE

Le cin­quième cycle de né­go­cia­tions n’a per­mis au­cune per­cée. Mi­chel Bar­nier évoque ou­ver­te­ment une « im­passe ».

Les Echos - - LA UNE - Ga­briel Gré­sillon @Ggre­sillon — Bu­reau de Bruxelles

Le cin­quième cycle de né­go­cia­tions entre Londres et Bruxelles n’a per­mis au­cune per­cée. Mi­chel Bar­nier évoque ou­ver­te­ment une « im­passe ».

Im­per­cep­ti­ble­ment, le vent est en train de tour­ner dans les né­go­cia­tions sur le Brexit. Dans ses grandes lignes, la confé­rence de presse qu’ont don­née Da­vid Da­vis et Mi­chel Bar­nier, les deux prin­ci­paux né­go­cia­teurs, jeu­di à Bruxelles, a res­sem­blé aux pré­cé­dentes : deux hommes, de­bout côte à côte, al­ter­nant signes de cor­dia­li­té et preuves de fer­me­té, poin­tant de pe­tites avan­cées tech­niques sans mas­quer que les né­go­cia­tions res­tent blo­quées sur l’es­sen­tiel.

Mais peu à peu, une forme de gra­vi­té s’ins­talle. Plus le temps passe, plus l’hy­po­thèse d’une sor­tie du Royaume-Uni de l’Union eu­ro­péenne sans ac­cord gagne en cré­di­bi­li­té. Mi­chel Bar­nier, d’ailleurs, en évo­quant une « im­passe pré­oc­cu­pante », a pro­vo­qué jeu­di un dé­cro­chage de la livre sur le mar­ché des changes, qui a tou­ché son plus bas point en un mois.

Pro­gres­si­ve­ment, la réa­li­té du bras de fer qui se joue ap­pa­raît au grand jour. Da­vid Da­vis, en ef­fec­tuant un long dé­ve­lop­pe­ment sur les droits fu­turs des expatriés, ma­nie une arme mé­dia­tique – celle du pays qui, avant tout, se sou­cie de la di­men­sion hu­maine du Brexit. Sans pour au­tant ap­por­ter de ré­ponse claire à la de­mande cen­trale de l’Union, consis­tant à as­su­rer, à long terme, la ju­ri­dic­tion de la Cour de jus­tice de l’Union eu­ro­péenne (CJUE) sur ces ci­toyens. C’est, pour Bruxelles, le seul moyen de se pré­mu­nir d’une éven­tuelle dé­té­rio­ra­tion, à l’ave­nir, des condi­tions ga­ran­ties par le droit bri­tan­nique. Face à ce­la, Mi­chel Bar­nier n’a plus fait de mys­tère au su­jet de ce qui consti­tue le nerf de la guerre et le prin­ci­pal ci­ment des Vingt-Sept dans cette né­go­cia­tion : le rè­gle­ment fi­nan­cier. C’est sur ce point qu’il a évo­qué une « im­passe pré­oc­cu­pante ».

Si Londres a ef­fec­tué un geste en se di­sant prête à payer ses obli­ga­tions fi­nan­cières pour les an­nées 2019 et 2020, le mon­tant d’en­vi­ron 20 mil­liards d’eu­ros que ce­la re­pré­sente est très loin de ce­lui que les Eu­ro­péens s’es­timent en droit de ré­cla­mer à Londres, éva­lué entre 60 et 80 mil­liards.

Sau­ver la face

Or, sur ce point, la marge de ma­noeuvre po­li­tique de Londres est ex­trê­me­ment étroite. « Per­sonne n’a pré­pa­ré l’opi­nion bri­tan­nique au fait qu’il va fal­loir payer », ana­lyse un di­plo­mate eu­ro­péen pour qui « le risque prin­ci­pal dans cette né­go­cia­tion est la dy­na­mique po­li­tique au Royaume-Uni ». Dès lors, les Vingt-Sept s’in­ter­rogent pour éven­tuel­le­ment re­don­ner un peu d’es­pace aux Bri­tan­niques en élar­gis­sant le man­dat de Mi­chel Bar­nier, lors du pro­chain Con­seil eu­ro­péen des 19 et 20 oc­tobre. L’idée se­rait d’ou­vrir la dis­cus­sion au su­jet de la fu­ture pé­riode de tran­si­tion. Une telle tran­si­tion, qui res­sem­ble­rait à une pro­lon­ga­tion d’en­vi­ron deux ans de l’ap­par­te­nance du Royaume-Uni à l’Union – sans droit de vote – per­met­trait de lis­ser dans le temps les paie­ments bri­tan­niques. Et ai­de­rait The­re­sa May à sau­ver la face. ■

Pho­to Bloom­berg

Da­vid Da­vis et Mi­chel Bar­nier, les deux prin­ci­paux né­go­cia­teurs, jeu­di à Bruxelles.

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