La suc­ces­sion de Gat­taz au Me­def, un che­min se­mé d’em­bûches pour le pa­tron de Mi­che­lin

Jean-Do­mi­nique Se­nard au­ra at­teint la li­mite d’âge pour pou­voir suc­cé­der l’an pro­chain à Pierre Gat­taz. Ce der­nier ne compte pas mo­di­fier les sta­tuts, ni avan­cer le ca­len­drier des élec­tions.

Les Echos - - FRANCE - Ma­rie Bel­lan @mbel­lan1

Tout le monde en rêve ou presque au Me­def. Mais il n’est plus du tout cer­tain que le rêve de­vienne réa­li­té. Le pa­tron de Mi­che­lin, Jean-Do­mi­nique Se­nard, a beau être pré­sen­té comme le can­di­dat idéal pour suc­cé­der à Pierre Gat­taz l’an pro­chain, plu­sieurs obs­tacles se dressent sur sa route. Lui-même se garde bien de se pré­sen­ter comme can­di­dat, même s’il n’a pas re­chi­gné à ve­nir dis­cou­rir de­vant un aréo­page de chefs d’en­tre­prise ve­nus tout spé­cia­le­ment pour l’écou­ter en sep­tembre der­nier pour un dé­jeu­ner or­ga­ni­sé par l’as­so­cia­tion Ethic.

Pre­mier obs­tacle : son âge. Il au­ra soixante-cinq ans en juillet pro­chain, date à la­quelle se ter­mine le man­dat de l’ac­tuel pré­sident du Me­def. Or, les sta­tuts de l’or­ga­ni­sa­tion pa­tro­nale sti­pulent que « les can­di­dats à la pré­si­dence ne doivent pas être âgés de plus de 65 ans au jour de l’élec­tion ». Une ré­dac­tion am­bi­guë, que cer­tains, au Me­def, aime- raient in­ter­pré­ter d’une ma­nière souple. A sa­voir : ne pas avoir 66 ans au mo­ment de l’élec­tion.

In­ter­pré­ta­tion souple

Les ju­ristes ne sont tou­te­fois pas aus­si cou­lants avec l’in­ter­pré­ta­tion des textes. Et même si Pierre Gat­taz dé­ment avoir re­çu un rap­port sur le su­jet, comme l’af­firme « Le Ca­nard en­chaî­né » cette se­maine, plu­sieurs ju­ristes ont bel et bien été consul­tés sur le point pré­cis des sta­tuts. Leur conclu­sion ? Une in­ter­pré­ta­tion souple des textes est tou­jours pos­sible, no­tam­ment si le con­seil exé­cu­tif du Me­def en dé­cide ain­si le 11 dé­cembre pro­chain. Mais, si l’élec­tion fait l’ob­jet d’un re­cours en jus­tice, la ju­ris­pru­dence est claire « pas plus de 65 ans », c’est 64 ans ! Pierre Gat­taz n’a, par ailleurs, pas l’in­ten­tion de chan­ger les sta­tuts pour ré­gler le cas Se­nard. « Je ne le fe­rai pas. Qu’on le fasse cal­me­ment, après l’élec­tion, pour­quoi pas ? Mais on ne change pas les sta­tuts en fin de man­dat », a-t-il pré­ve­nu jeu­di de­vant les jour­na­listes de l’Ajef.

Il n’est pas ques­tion non plus d’avan­cer les élec­tions, ce qui vou­drait dire une dé­mis­sion de Pierre Gat­taz. « Je n’ai pas du tout en­vie de dé­mis­sion­ner. Et or­ga­ni­ser une élec­tion, c’est long. Il faut faire ça cor­rec­te­ment, pro­pre­ment, on ne va pas avan­cer la date », a-t-il aver­ti. Et pour bien mon­trer qu’il n’a pas de can­di­dat fa­vo­ri, le pré­sident du Me­def a in­di­qué : « On doit avoir un choix pour vo­ter. Il faut plu­sieurs can­di­dats, pas seule­ment un ou deux. »

Pour Jean-Do­mi­nique Se­nard, un deuxième obs­tacle, et non des moindres, se dresse de­vant lui : le plan de ré­or­ga­ni­sa­tion qu’il doit mettre en place chez Mi­che­lin. Conçu par ses soins, por­té par sa vi­sion de l’en­tre­prise, ce plan doit être son grand oeuvre, et les sa­la­riés ne com­pren­draient pas, fait-on sa­voir en in­terne, qu’il ne prenne pas en charge lui-même sa concré­ti­sa­tion.

Etre ju­gé « trop vieux » n’est pas donc le seul han­di­cap du pa­tron de Mi­che­lin, il est aus­si ma­ni­fes­te­ment trop ap­pré­cié par ses troupes pour les quit­ter trop vite. ■

« On doit avoir un choix pour vo­ter. Il faut plu­sieurs can­di­dats, pas seule­ment un ou deux. »

PIERRE GAT­TAZ

Pré­sident du Me­def

Pho­to Jeff Pa­choud/AFP

Jean-Do­mi­nique Se­nard doit éga­le­ment mettre en place un plan de ré­or­ga­ni­sa­tion chez Mi­che­lin.

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